Jeunesse

Hazerka : des larmes au succès - par Francesca Siveiro et Fabien Fernandez - Éd. Jungle

Par Oussama KARFA le 24 janvier 2023                      Lien  
En se mêlant au 9e art, le chanteur Hazerka fait part avec émotion de l'enfer vécu durant ses années collège, à travers un beau message de sensibilisation. Malgré tout, est-ce que ce récit nous aide grandement à comprendre son ascension ? Les détails (nombreux) de cette oeuvre ont-ils tous leur place ? Ça se discute.

En voyant la couverture de l’album, on s’attendait à un contenu plutôt léger, à l’instar de Super Easy qui met en scène Khaby Lame ou encore Les Parodies Bros : histoires vraies. Mais dès l’instant où l’on commence à feuilleter l’ouvrage, on s’aperçoit que le chanteur ne procède pas à un simple coup de com’. L’aspect préventif prend rapidement le dessus. Il est sûr que si l’on s’attend à un trésor d’intellectualité, nous ne serons pas nécessairement servi. Cependant, pour un adolescent qui souhaite se renseigner sur le harcèlement scolaire (et savoir ce qu’il est bon de faire ou non pour contrer ce problème), cet album nous apporte de bonnes informations. À la fin, l’éditeur a glissé deux doubles-pages expliquant ce qui est considéré comme du harcèlement, les lois et les numéros à appeler en cas de problème.

Hazerka (de son vrai nom Marving) est un chanteur approchant la trentaine. À l’image de la bande dessinée qui lui est adressée, le jeune homme se veut très engagé contre le harcèlement scolaire. Dans l’ouvrage, comme dans son surnom et ses titres, il rend hommage à son meilleur ami Hazerk, décédé alors qu’il était enfant.

« Tout le monde connaît la star qu’il est devenu », écrit l’éditeur en quatrième de couverture. Pour le moment, le garçon fait (au mieux) 2,8 millions de vues sur YouTube et fait parler de lui en grande partie (plus que pour sa musique ? N’exagérons pas !) pour son histoire avec Loukaki, une tiktokeuse ayant dépassé la quarantaine. Il n’est vaguement connu qu’en France. Si on demande aux habitants, ne serait-ce que des pays limitrophes, de qui il s’agit... il n’est pas sûr que grand monde pourra répondre. Retenons simplement les belles morales qu’il souhaite inculquer, ce qui sera largement suffisant.

Avec le scénario choisi, Fabien Fernandez parvient avec brio à nous créer un sentiment de rage, à l’égard des collégiens qui accompagnaient le chanteur. La lâcheté d’un pseudo-ami qui ne veut pas être associé au bouc-émissaire officiel de l’établissement en public, la brutalité du leader populaire, les suiveurs, les enseignants qui réagissent à peine à ce qu’ils voient. Tout y est pour qu’on les haïsse. On se base exclusivement sur le point de vue du chanteur. Comment l’ont vécu ceux qui l’ont persécuté ? Éprouvent-ils des regrets ? Quelles étaient leurs motivations ? Seuls eux le savent. Quoi qu’il en soit, nous avons une vision du harcèlement scolaire dans l’œil de la victime. Ce qui est un excellent point.

Dans l’album, quatre temps distincts sont mélangés : les bons souvenirs avec Hazerk (ici appelé Younès), la fin des années primaire, les (premières) années collège du chanteur et l’enregistrement de son premier tube. On a tendance à y perdre le fil de l’intrigue, les hommages teintés de rose arrivant comme un cheveu sur la soupe. Certes, ils accentuent le sentiment de solitude du chanteur représenté... mais hormis pour cela, on peine à comprendre dans quelle optique ils remplissent les pages. C’est dommage. Il aurait éventuellement mieux valu se concentrer sur la scolarité d’Hazerka, quitte à garder ce traumatisme pour une autre œuvre. Cependant, sa relation complice avec sa mère (et l’abandon par son père) servent à mettre l’histoire en contexte. Au fil des planches, le scénariste parvient à les incorporer sans qu’on ait à se poser la question de leur utilité.

Hazerka : des larmes au succès - par Francesca Siveiro et Fabien Fernandez - Éd. Jungle

Où est la 3e, la dernière année collège d’Hazerka ? Pas dans les planches, en tout cas. C’est regrettable, car (sans vouloir spoiler qui que ce soit) l’album s’achève sur un cliffhanger assez conséquent. C’est assez brutal. Comment a-t-il réussi à se sortir de cet enfer ? Nous aurions aimé voir le pont entre cette étape cruciale de son existence et l’enregistrement de son premier titre, qui est ponctuellement représentée (comme pour affirmer la naissance d’un homme nouveau, celui qui deviendra la « star » tant vantée dans la quatrième de couverture). Peut-être est-ce en réserve pour un autre tome ? Seul l’avenir nous le dira.

Quoi qu’il en soit, le visage triste (et parfois apeuré) du jeune garçon qu’il était occupe bien les planches. Francesca Silveiro a un talent exemplaire pour nous procurer des émotions par le biais de quelques traits. En faisant cohabiter le sadisme des bourreaux, la passivité des témoins, la crainte et la solitude du (futur) chanteur à travers des jeux d’arrière-plan, d’expression et de couleurs, la dessinatrice a visiblement l’art de mettre les bonnes sensations en valeur. Chapeau bas pour la qualité des dessins !

Un autre point nous taraude l’esprit : pourquoi dans les œuvres, dès qu’il s’agit des tables de multiplications, l’opération 8*9 ressort-elle souvent ? Dans Cédric, pour ne citer que lui, on se souvient qu’il y avait eu toute une intrigue sur cette dernière. Un code secret, peut-être ? Mystère et boule de gomme...

(par Oussama KARFA)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782822238731

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