Hellheim T1 : Passage - Par Baradat et Oliveira - Editions Bamboo

31 juillet 2007 0
  • Malaise d'une ado perturbée et rebelle dans une ambiance mystico-gothique sont au menu de cette nouvelle production des éditions Bamboo.

Carol Ann, une jeune américaine, connaît de sérieuses difficultés relationnelles avec ses proches, le contact des autres lui étant quasi-insupportable. De plus, d’étranges cauchemars viennent la hanter régulièrement, font écho à de mystérieuses angoisses ayant pour cadre un monde étrange et inquiétant. Sa vie bascule lorsque sa mère meurt au cours d’un accident de voiture.

Son père, un étrange antiquaire londonien, vient alors la récupérer. Au fond de son magasin Caroll Ann trouvera-t-elle les réponses à ses mystères ? C’est en tout cas par l’intermédiaire d’une statue de « Passage » (titre du premier tome) qu’elle se retrouve dans l‘univers de ses cauchemars : un monde peuplé de zombies décérébrés, abrutis de violence et de haine sous l’emprise d’un tyran sanguinaire, le terrible Hoeder qui ne tardera pas à en faire son jouet sexuel. Elle parvient toutefois à s’échapper de ce monde sombre, absurde et irréel aidé par le mystérieux Blader, mi-homme, mi-monstre envoyé par son père pour la récupérer.

Quelles sont les relations de ce père avec ce monde parallèle et étrange ? Quel est le sens de ces passages entre réalité et folie ? Qui est réellement Carol Ann et à quel monde appartient-elle vraiment ? Autant de questions qui devraient trouver leur réponse dans le second tome de ce cycle prévu en deux albums

Si certaines images sont fortes et renvoient à un esthétisme déjà vu (on pense notamment à cause des couleurs à Nicollet, du Métal Hurlant de la « grande époque »), le dessin demeure inégal en dépit du déploiement d’effets cinématographiques et accrocheurs. Immature, il ne parvient pas à sauver un scénario confus, brouillon dont l’intrigue nous échappe peu à peu. L’histoire mélange fragilité et angoisse adolescente, à un fantastique de pacotille morbide dont les ambitions psychanalytiques (?) séduisent avec difficulté par manque de cohérence. Ce monde parallèle et indéfini nous est dépeint avec une brutalité complaisante et une noirceur malsaine réduite à des mises en scène plutôt stéréotypées.

Régulièrement décryptées par les spécialistes du malaise « ado » la mode gothique et la fascination pour les univers morbides et maléfiques sont des filons exploités par de nombreux artistes en mal de provocation ou d’analyse à bon marché. Est-ce la volonté de surfer sur cette vague qui justifie la démarche de ces auteurs ? Le résultat reste peu convaincant et vire parfois davantage au grand guignol qu’à une véritable démarche créatrice et originale. Certes, l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais espérons que la suite donnera l’occasion d’aller au-delà des portes entrouvertes avec cet album.

(par Patrice Gentilhomme)

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