Helter-Skelter – par Kyôko Okazaki – Sakka/Casterman

22 janvier 2008 0 commentaire
  • Une critique sans concession - et sans espoir - de notre civilisation du paraître, à travers le drame vécu par un mannequin japonais que la volonté de durer transforme en criminelle. Sélectionné pour le palmarès du Festival d’Angoulême.

Elle s’appelle Lili. Mannequin, depuis peu actrice et chanteuse, son image est partout : sur les panneaux dans la rue, sur les couvertures des magazines, à la télévision… Les Japonaises s’extasient sur ce visage d’ange, ces grands yeux pétillants, cette silhouette longue et svelte. Elle est de toutes les conversations : on la trouve drôle, à part, chacune rêve de lui ressembler, beaucoup voudraient la serrer dans leurs bras… Il paraît qu’elle sort avec Takao Nanbu, l’héritier des grands magasins Nanbu !

Mais Lili cache un secret : elle n’a pas toujours eu ces grands yeux, ce visage fin, ce corps parfait. Pour devenir qui elle est, elle a dû faire des sacrifices et avoir recours à des médecins peu scrupuleux. Or, comme le disait Gainsbourg, « la laideur est différente de la beauté, dans le sens où elle dure » – et la beauté artificielle dure encore moins que la beauté tout court… Sans compter que le monde de la mode et des médias est volatil, et pourrait bien la remplacer du jour au lendemain par une nouvelle idole.

Helter-Skelter – par Kyôko Okazaki – Sakka/Casterman
Helter-Skelter, par Kyôko Okazaki
(c) Casterman

Pour rester au sommet plus longtemps, Lili va profiter de l’adulation qu’une partie de son entourage lui porte et mettre en œuvre des moyens inavouables. Menace, agression, domination sexuelle… Qu’on ne s’y trompe pas : le dessin esquissé, presque enfantin de Kyôko Okazaki, le style enlevé de ses dialogues laissent rapidement apparaître des personnages et des situations plus profonds et vénéneux les uns que les autres. Préparez-vous à une plongée en enfer aux côtés d’une héroïne menteuse, superficielle et cruelle… dont les angoisses sont de plus en plus répandues dans notre monde fondé sur l’apparence.

(par Arnaud Claes (L’Agence BD))

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