Henscher & Tarumbana : " Le Lombard trouvait qu’un personnage vieux, misanthrope, malade, alcoolique et manchot, cela faisait beaucoup"

18 avril 2010 0 commentaire
  • Les créateurs de la série "Le Banni" éditée au Lombard ont publié leur premier tome voilà quelques semaines. Nous avons saisi cette occasion pour les rencontrer. Un entretien d'où se dégagent les nombreuses influences des auteurs et leur vision du chevalier solitaire ayant pour mission de sauver le royaume.

Quel est le rapport entre le dessin et la philosophie ?

Tarumbana : Vers mes treize ou quatorze ans, j’ai découvert Moebius dans Le Garage hermétique. Ce fut une claque magistrale. Pendant les mois et les années qui ont suivi, j’ai été très, et peut-être trop, inspiré par Moebius. Je n’avais pas assez de recul par rapport à lui et par rapport à la bande dessinée. Je n’ai découvert le dessin pratiquement que par la BD. Et Moebius avec son livre d’entretien avec Numa Sadoul. Ce livre où il parle de lui et de son art m’a influencé et fait comprendre qu’il y avait autre chose que l’artisanat dans la BD. C’est pour cela que j’ai pris du champ. J’ai lâché la plume, la ligne claire. Je me suis alors intéressé à l’histoire de l’art et à la philosophie. J’ai fait une année en peinture à la Cambre et une année en philosophie. J’ai ensuite fait un projet de BD qui n’a pas abouti. J’ai arrêté de dessiner vers 2003 pour faire des boulots d’intérim et je me suis remis plus sérieusement au dessin en 2006.

Henscher & Tarumbana : " Le Lombard trouvait qu'un personnage vieux, misanthrope, malade, alcoolique et manchot, cela faisait beaucoup" Comment est née la rencontre avec votre scénariste ?

T. : Grâce au forum Café Salé où il y a une rubrique « scénario ». Il avait posté un pitch d’une vingtaine de lignes du Banni. Cela faisait un an que je m’étais remis au dessin, et ce scénario m’a donné envie de refaire de la BD. J’ai rencontré Henscher en 2007. Quelques mois avant cela, j’avais commencé à travailler le dessin numérique, à l’ordinateur. Je l’ai contacté et j’ai fait des des essais.

Qu’est ce qui vous intéressait dans cette histoire ?

T. : J’ai tout de suite vu des images en lisant son texte. Le Banni s’est incarné devant moi tellement son texte était fort, et de qualité. Je sentais un souffle épique et une énergie qu’il était intéressant de retranscrire. La trame est classique mais il y a vraiment une qualité dans le texte et une subtilité dans les personnages. Ils ont une profondeur, c’est un plaisir de les dessiner. Ils sont déjà très vivants dans la description qu’Henscher m’en a faite.



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Quand on voit les images du Banni, on a du mal à croire que cela a été fait à l’ordinateur, tellement ile trait est naturel.

T. : J’aime bien le côté peinture traditionnelle. J’en ai fait à la Cambre. Cela ma permit de connaître la matière et d’avoir le touché pictural. J’ai essayé, avec mes moyens, de retranscrire cela et de le mettre dans cette série. D’après le retour des professionnels, cela fait plus peinture à l’acrylique, à la gouache que la peinture à l’ordinateur. La plupart des gens sont étonnés quand je leur dit que c’est du numérique.

Etude pour "Le Banni"

Les couleurs sont relativement sombres. Était-ce prévu dès le départ ?

T. : Pas vraiment. Cela s’est imposé. Il y a beaucoup de scène de nuit et dans les tavernes. Des ambiances à la bougie, de clair-obscur. On a joué avec cela pour dramatiser les scènes.

Vous avez dessiné le premier album pendant plusieurs années...

T. : Oui. Je travaillais en intérim à l’époque. Cela m’a pris un an pour faire le dossier. Je ne pouvais pas consacrer plusieurs jours à travailler dessus. Je faisais cela entre les intérims. À partir du moment où l’on a signé le contrat pour la réalisation de l’album, il m’a fallu un an et demi.

Pourquoi le Lombard ?

T. : Lors de l’entretien, le courant est vraiment très bien passé avec notre éditeur Gauthier Van Meerbeeck et le directeur éditorial Pôl Scorteccia. On a été très vite mis en confiance, et puis le Lombard a aussi une belle réputation. On s’est rendu compte, par la suite, que l’on a eu beaucoup de chance.

Il semble que ce sera un récit en trois tomes.

T. : Oui. Je suis au début du deuxième, et le but est de ne pas trop tarder pour publier le deuxième qui devrait sortir d’ici une année.

La fin des trois tomes sera ouvertes ?

T. : Cela dépend du succès ou non de la série. La première histoire se déroulera en trois tomes. Cela dépendra aussi de nos envies respectives.

Vous parliez de Jean Giraud/Moebius. Quels sont vos maîtres à part lui ?

 : Pour le moment, cela se ressent je pense dans mon travail, plutôt des maîtres de la peinture directe : Frazetta, Alex Ross et Rosinskii.

Quitter la palette graphique pour la peinture, cela vous plairait ?

T : Pourquoi pas. Il y a plusieurs raisons qui font que j’ai utilisé la palette graphique et le numérique pour Le Banni. Mon atelier n’est pas très grand, et il y a de mauvaises lumières. Cela ne me permet pas de travailler sur de grandes planches. À l’ordinateur, s’il n’y a pas de lumière, ce n’est pas grave. C’est malgré tout plus rapide de dessiner au numérique qu’à la technique traditionnelle. Et puis, c’est agréable de peindre avec le numérique. Dès que j’aurais un atelier plus grand, je me remettrai sûrement à l’acrylique.

Extrait du T1 du Banni.

Henscher, d’où vient votre goût pour le médiéval fantastique ?

 : Principalement de mes lecture. À l’époque où j’ai imaginé Le Banni, je lisais le Trône de Fer de George R. R. Martin. J’aimais beaucoup son approche du genre. Il appliquait les principes des bonnes séries télévisées américaines. Il prenait le genre sérieusement, en pensant qu’il y a des choses à dire à travers une trame classique. En dérivant, le personnage est presque apparu tel quel. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. À la base, il est manchot. Le Lombard trouvait qu’un personnage vieux, misanthrope, malade, alcoolique et manchot, cela faisait beaucoup ! Du coup, on a du lui rendre sa main
Je voulais à la base que son sacrifice soit inscrit dans sa chair. La main coupée, permettait au roi de faire en sorte que l’épée qui l’avait servi ne se retourne jamais contre lui. On a trouvé une autre solution : les bracelets fondus à même la peau qui le rendent reconnaissable par tous et qui l’empêchent notamment de revenir dans le royaume.
Il y a une autre explication au bracelet, que l’on découvrira plus tard.

Finalement, c’est une histoire assez classique…

H. : Oui, au départ. Après, on essaie d’approfondir le principe de la gloire, ce que cela coûte. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Est-ce que le prix à payer vaut le coup ? Et puis, on explore la façon dont on construit une histoire. Derrière toute la réalité qu’elle cache, il la voit. Il vit dans ce rapport. Il a accédé et survécu au mythe légendaire. Il vit avec l’énorme mensonge qui l’encombre. Et derrière, 30 ans plus tard, il revit la même chose. Toute la question est de savoir s’il va accepter de reprendre le combat.

Quels sont vos maître au niveau du scénario ?

H : Dorison et Nury . Je suis extrêmement admiratif de ce qu’il font. Il y a une séquence hallucinante dans le premier tome de West où l’on présente le personnage principal, le chef. Et il y a une triple narration. Il fait ses courses, un gars essaie de le convaincre de travailler pour le gouvernement américain et, au dehors, il y a une bande de types qui veulent lui faire la peau. C’est hallucinant. Comme Long John Silver. Je suis très très influencé aussi par les séries américaines, ce que fais HBO, avec The Wire, Les Sopranos. La façon dont l’histoire est construite à travers les personnages.

La première planche du T2 du Banni
(c) Tarumbana, Henscher & Le Lombard

Au niveau des inspirations télé, j’ai cru voir dans le père du capitaine, le baron Harkonen (Dune) au niveau psychologie…

H : Ah ! C’est marrant. J’ai du lire cela, il y a très longtemps. Je ne sais pas si cela vient de là ou pas. Ce qui est sûr, c’est que le personnage, est un archétype. C’est un marchand, il est extrêmement riche. Il est gros, banquier. Je trouvais l’antagonisme entre le frère et la sœur intéressant. Pour le coup, il y a des références, dont je sais qu’elles s’y retrouvent. Comme par exemple Impitoyable. Il y a d’autres choses que j’ai remarquées par après : la chanson de geste, par exemple. Mais j’ai remarqué cela avec le recul, en ayant le bouquin entre les mains. Je n’en avais pas conscience quand j’ai écrit le scénario.

Quels sont vos projets respectifs ?

H : Je termine le scénario du deuxième tome. Et puis, j’ai d’autres envies. Mais rien de signé pour l’instant. J’ai envie d’aller vers des genres qui sont difficile à caler : le cyberpunk. Mais je sais qu’il ne faut pas prononcer ce mot devant un éditeur (Rires). C’est malheureux, car je suis convaincu qu’il y a un public pour cela pour peu qu’on lui propose de vraies histoires.

T : pour ma part, je me concentre sur le le Banni.

Le mot de la fin ?

H : Vous allez être assez surpris par la tournure de l’histoire. On part sur des archétypes, mais cela peut nous amener vers des directions qui pourront surprendre.

Henscher & Tarumbana
(c) Nicolas Anspach

(par Nicolas Anspach)

(par Nicolas Depraeter)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la chronique du T1 du Banni

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Photos (c) Nicolas Anspach
Illustrations : (c) Tarumbana, Henscher & Le Lombard.

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