Hervé Bourhis : « Les hauts et les bas des quatre Beatles font partie du mythe »

11 décembre 2010 0 commentaire
  • On lui devait déjà {Le Petit Livre Rock}, Hervé Bourhis récidive au format 45 tours avec {Le Petit Livre Beatles}. Une anthologie dessinée que tout amateur des Fab Four dévorera avec avidité. Et comme l’auteur n’est pas avare de bons mots, il nous a accordé un entretien bien fourni.

Quelle somme de documentation dans votre « Petit Livre Beatles » ! Est-ce que vous l’avez conçu comme un antidote à la morosité que représente le téléchargement des Beatles sur iTunes, sans pochettes, sans paroles, sans artwork ?

Oh non, je ne fais pas de livres en réaction à quoi que ce soit. D’ailleurs, les chansons ont été dispo sur iTunes des mois après que j’ai fini le livre. Je sais que le téléchargement fait disparaître la pochette, mais pas l’image ou l’artwork. Il reste les sites web des artistes, les concerts et les vidéos. L’image ne disparaît pas, elle change de place. Mais c’est vrai que même si je télécharge comme tout le monde, je reste très attaché au disque, principalement au vinyle. Donc pour moi, les "pochettes" restent magiques et j’aime les redessiner. Forcément, avec les Beatles, on est servi, c’est souvent très beau. Je me suis régalé, et c’est pour ça que ce livre en noir et blanc, passe en couleurs dès que je dessine une pochette. La pochette de Sgt Pepper en gris, ç’eut été trop triste…

Hervé Bourhis : « Les hauts et les bas des quatre Beatles font partie du mythe »
"Le Petit Livre Beatles"
© Bourhis - Dargaud

C’est tout à fait vrai : l’image des groupes a bougé. Est-ce que créer l’identité visuelle d’un groupe ou d’un concert vous plairait ? Je pense à la tournée "Escape From Plastic Beach" de Gorillaz, c’est un des magnifiques exemples de ce qu’un directeur artistique inspiré peut créer... J’imagine que c’est quelque chose qui doit chatouiller un dessinateur fondu de musique comme vous ?

Oui, ça me plairait, mais je ne sais pas si j’ai un dessin aussi efficace et moderne que Jamie Hewlett. Tiens, la réponse est dans la question, mais si je créais l’identité visuelle d’un groupe, j’utiliserais sans doute plus ma formation de graphiste que mon dessin obligatoirement.

Vous êtes assez peu d’auteurs à avoir transformé votre passion musicale en bande dessinée. On se souvient du "Playlist" de Charles Berberian ou du "Ad Some Music" de David Scrima. Du coup, est-ce que le succès du "Petit Livre Rock" vous a surpris ?

Oui, bien sûr, je pensais que ça allait concerner mes copains et moi, principalement. Et finalement, c’est traduit dans cinq langues, et bientôt en coréen ! Que vont comprendre les coréens de mes blagues sur Johnny Hallyday ? C’est bien que vous citiez Scrima et Berberian, il y a un vrai cousinage entre nos façons de parler et de dessiner la musique. Et ce sont de chic types.

Les traductions restent un mystère. Que vont comprendre les américains d’un Bienvenue chez les Chti’s version Will Smith ?

Surtout que Will Smith n’y connait rien en maroilles, c’est surtout ça le problème. Du reste, l’import de fromages non pasteurisé est interdit aux USA. C’est donc un projet voué à l’échec, désolé, Will.

Les originaux du livre ont été mis en scène avec goût par l’équipe du festival BD Boum de Blois
© BD Boum Blois

Quelle est la période qui vous a le plus intéressé à représenter dans « Le Petit Livre Beatles » ?

Le but était justement de parler de toutes les périodes, de 1940 à aujourd’hui. Le top des Beatles, entre 64 et 69 était forcément excitant à traiter, mais j’ai aussi aimé les années plus ingrates, à la fin des années 70, les années 80... Le challenge était de trouver des choses intéressantes à dire aussi sur ces années-là. En général, les livres sur le sujet évitent de parler des périodes ingrates, alors qu’au contraire, ces hauts et ces bas font partie du mythe.

C’est vrai que vous êtes généreux avec les lecteurs : dans votre livre, on a droit à la discographie complète des carrières solo, des foules d’anecdotes,… C’est un vrai digest des multiples bouquins sortis sur les Beatles. Vous continuez à tout lire et tout écouter ? Même les disques solo de Yoko Ono ?

Oui, il y a de bons albums de Yoko. Le tout dernier n’était pas honteux, et « Fly » est un grand disque expérimental. Je me suis effectivement tenu à écouter ou réécouter l’entièreté de la production des Beatles, en groupe ou solo. J’ai eu une période de déprime lorsqu’il a fallu se pencher sur la discographie de Ringo Starr, qui n’est pas toujours transcendante. George Harrison a fait des albums pénibles aussi, et quelques chefs d’oeuvre. Tous ont eu des hauts et des bas, en solo. Je ne suis pas fan de « Double fantasy », le dernier Lennon, par exemple.

Avec les commémorations des trente ans de son assassinat, il n’y en a eu que pour Lennon. Vous, vous confessez préférer McCartney. Pourquoi ?

Je ne préfère ni Lennon, ni McCartney, mais comme Lennon a été déifié depuis sa mort, il me semblait important de remettre les choses à leur place, et de rappeler à quel point McCartney n’est pas ce gentil mélodiste mièvre, mais un pur génie créatif, le moteur qui a propulsé le groupe de 66 à la fin. Et aujourd’hui, il est toujours sur scène en pleine forme, alors que Lennon a abandonné les tournées.

L’exposition "Petit Livre Beatles" lors du festival BD Boum à Blois
© BD Boum Blois

Question de fan : est-ce que vous avez envoyé votre album à Paul et Ringo ?

Non. Ils ne m’ont pas envoyé leur dernier disque.

Le livre s’achève sur l’éternel duel Beatles-Stones. Ça signifie que vous préparez un "Petit Livre Stones" ?

Non. J’adore les Stones, mais pour ce genre de livres, j’aime être obsédé par le sujet que je traite. Or je ne suis pas obsédé par les Stones, je me contente d’être un fan lambda.

J’ai l’habitude de conclure mes interviews par la question rituelle : quelle est la bande dessinée qui vous a donné envie de faire ce métier ? Exceptionnellement, j’ajouterais, quel est le disque qui vous a donné envie de faire un bouquin sur les Beatles ?

Les mythiques entretiens de Numa Sadoul avec André Franquin
un livre qui devrait (enfin) être réédité en 2011

Petit, on ne se dit pas : « Oh cet album est génial, je veux devenir auteur de BD affilié à l’Agessa ». C’est plus global. À 13 ans, on m’a offert l’excellent livre de Numa Sadoul « Et Franquin créa la gaffe ». C’est passionnant, mais je m’en rendais compte déjà à l’époque, Franquin ne semblait pas heureux, dénigrait son travail. Il était dépressif, et je l’avais compris. C’est peut-être pour ça que je me suis lancé assez tard, vers 28 ans, j’ai un peu vécu avant de me lancer, c’est jamais perdu. Ce livre m’a fait prendre conscience assez jeune qu’auteur de BD, c’est passionnant, mais ce n’est pas toujours très épanouissant. Malgré tout, ce sont sûrement ces entretiens qui m’ont donné envie de devenir auteur de BD, mais en connaissance de cause. Sinon, comme livres d’enfance fétiches, je peux citer tout Philémon, L’Affaire Tournesol, La Mauvaise Tête, Les Dalton dans le blizzard, Les Inhumains sont parmi nous, etc.

Aucun disque en particulier ne m’a donné envie d’écrire sur les Beatles, j’en aime trop. Mais un an après « Et Franquin... », on m’a acheté (chez France Loisirs©) un petit livre carré sur les Beatles, écrit par Pierre Merle et Jacques Volcouve. Ma passion pour le parcours des Beatles vient de là, assurément.

(par Morgan Di Salvia)

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Photo en médaillon © Hervé Bourhis Preservation Society

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A propos d’Hervé Bourhis, sur ActuaBD :

> "Ingmar est un prétexte pour parler de problèmes plus contemporains" (entretien en mars 2007)

> Un enterrement de vie de jeune fille

> Hélas

> Ingmar T1, T2, T3, T4

> La Main Verte

> Naguère les étoiles T1

> Le Petit Livre Beatles

> Le Petit Livre Rock

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> Thomas ou le retour du tabou

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