Histoire du Manga : deux contributions réussies

4 juillet 2010 0 Actualité par Florian Rubis
  • A l'occasion de Japan Expo 2010, deux livres, {Histoire du manga} (Tallandier) et {Les Chroniques de {Player One} } (Pika) nous en apprennent plus sur la bande dessinée japonaise. L’un lie son étude à celle de la société nippone dans son ensemble. L’autre décrit le processus d'acclimatation du manga, ainsi que celui de l’{anime}, auprès du public francophone, en dressant un parallèle avec le prodigieux développement connu par le jeu vidéo ces vingt dernières années…
Histoire du Manga : deux contributions réussies
« Les Japonais » (couverture)
© Karyn Poupée & Tallandier, 2008

La journaliste française Karyn Poupée, correspondante permanente de l’Agence France-Presse (AFP) à Tôkyô a reçu pour son précédent livre, Les Japonais (Tallandier, 2008), le Prix Shibusawa-Claudel 2009. Cette prestigieuse distinction couronne annuellement un travail de recherche effectué sur le Japon par un Français.

Dans son nouvel ouvrage, Histoire du manga (Tallandier, 2010) elle poursuit sa démarche consistant à nous éclairer plus encore sur son thème de prédilection : la société japonaise.

Un autre moyen de raconter la société japonaise

Elle a choisi de l’imbriquer étroitement à l’histoire du manga, depuis la réouverture du Japon à l’étranger, dans la deuxième partie du XIXe siècle, jusqu’à nos jours. Elle procure ainsi à l’amateur de bandes dessinées nippones, dans le but avoué d’encourager son intérêt pour le pays du Soleil-Levant, de substantielles informations, appuyées sur son enquête journalistique.

Karyn Poupée, installée à Tôkyô depuis 2002, en a expliqué les grandes lignes lors d’une conférence sur le thème de la jeunesse japonaise, donnée à la Maison de la culture du Japon à Paris, le 18 juin 2010. Le fond de son ouvrage profite grandement de son observation sur place de ses sujets d’étude, de sondages et enquêtes (questions-réponses pour confirmer des points), voire de sa lecture de nombreux livres en japonais pour vérifier ses constations personnelles. Il a bénéficié également de sa fréquentation de différentes sphères de la vie sociale et professionnelle nippone, dont les milieux d’affaires, qui font l’objet d’un nombre important des dépêches rédigées journellement pour son agence de presse.

L’ouvrage, par son approche différente et la mine d’informations qu’il procure, viendra compléter avantageusement les études plus illustrées de Brigitte Koyama-Richard, Mille ans de manga (Flammarion, 2007) ou Paul Gravett, Manga, soixante ans de bande dessinée japonaise (Rocher, 2005), par exemple. La masse de références brassées nous faisant prendre davantage la mesure, contrairement à ce que d’aucuns suggèrent, du nombre de titres qui restent inaccessibles au non-locuteur du japonais. Même si une Karyn Poupée très au fait des subtilités de la culture nippone nous rappelle que tous ne seraient pas forcément faciles à adapter à sa compréhension.

une historiographie du manga et de l’anime depuis vingt ans dans le monde d’expression francophone

« Les Chroniques de Player One » (couverture)
© Alain Kahn, Olivier Richard & Pika, 2010

De leur côté, Les Chroniques de Player One d’Alain Kahn et Olivier Richard peuvent être appréhendées comme une lecture complémentaire du livre de Karyn Poupée. Dans la mesure où ses auteurs établissent, par certains aspects, une intéressante historiographie du manga et de l’anime depuis vingt ans dans le monde d’expression francophone, tout en insistant sur les détails de leur émergence, parallèle à celle du jeu vidéo, durant la période traitée.

C’est une vrai bonne idée que d’avoir lié l’évocation de ces éléments devenus importants de la culture de masse ou populaire, semblablement décriés au début, échappant à la stigmatisation des sous-cultures confinées pour réussir à diffuser finalement leurs codes au plus grand nombre. Si le jeu vidéo peut se prévaloir d’être devenu aujourd’hui l’industrie numéro un du monde du divertissement, le manga et l’anime ont pris de leur côté la place que l’on sait dans la bande dessinée et l’animation.

Olivier Richard, ancien collaborateur de Player One et Alain Kahn, éditeur à la tête de Pika, aurait pu tourner exclusivement au panégyrique de sa maison d’édition filiale du groupe Hachette-Lagardère. Globalement, l’écueil est évité même si la part belle est faite à ces entreprises. Dans le sillage de Média Système Édition (MSE), son ancienne société, éditrice de magazines dédiés au jeu vidéo comme Player One et diverses déclinaisons, en 2000, Alain Kahn et Pierre Valls, directeur éditorial de certaines de ses publications, où il a contribué à y diffuser son esprit très orienté BD, repositionnent leur activité. Ils la recentrent sur le manga et créent Pika, se distinguant, entre autres, par une coopération privilégiée avec les dessinatrices japonaises du studio CLAMP. Rachetés en 2007 par Hachette Livre, ils occupaient en 2009 la troisième place des éditeurs de ce secteur, détenant 13 % du marché.

Pierre Valls et Alain Kahn de Pika (à gauche) lors du Salon du Livre de Paris 2010
© Florian Rubis, 2010

L’ouvrage trouve sa couleur dans la description de l’atmosphère de franche camaraderie qui animait les équipes de MSE, palpable lors d’un débat du dernier Salon du livre de Paris. Il célèbre en outre l’esprit pionner qui y régnait. Son intérêt réside aussi dans le fait d’avoir largement donné la parole à de nombreux acteurs des secteurs évoqués, procurant des informations riches d’enseignement. En dépit de la difficulté à déterminer quelle est la contribution de chacun des deux auteurs, leur plume se révèle alerte (contribution rock’n’roll d’Olivier Richard ?). L’esprit critique se manifeste à l’occasion, venant même parfois tempérer la propension visible de certains interviewés à s’attribuer le meilleur rôle possible. Rien que de très humain dans tout cela, ce qui ne nous empêchera pas de guetter les publications par Pika de nouveaux livres au sujet du jeu vidéo et du manga, annoncées dans les pages de l’ouvrage.

(par Florian Rubis)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : couverture de Karyn Poupée © © Karyn Poupée & Tallandier, 2010.

Histoire du manga – Par Karyn Poupée – Tallandier – 400 pages, 23 euros

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Les Chroniques de Player One – Par Alain Kahn et Olivier Richard – 304 pages, 19 euros

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