Histoire pittoresque et caricature de la Sainte Russie - Par Gustave Doré - Editions 2024

11 mars 2014 0 commentaire
  • Gustave Doré est-il l’inventeur de la bande dessinée? Guillaume Dégé dans la postface écrite pour cette réédition le prétend : « Gustave Doré révolutionne ce qui n’existe pas ». Ce livre est un pan d’histoire de la BD, qui se retrouve malgré elle et par les événements ukrainiens, plongée au cœur de l’actualité, conférant à cet ouvrage un statut d'indispensable.

Quel axe privilégier devant un contenu aussi riche ? L’auteur ? Le texte ? Le traitement archi-novateur ? Son sujet et les circonstances historiques avec la guerre de Crimée qui bat son plein pendant sa réalisation ? Chaque point mériterait un article à lui seul. Nous voici contraints de, forcément, survoler chaque point, en espérant malgré tout vous convaincre du fait que ce livre DOIT faire partie de votre bédéthèque.

L’Auteur

Né en 1832 à Strasbourg, Gustave Doré étonne d’abord par sa précocité. À quinze ans seulement, il rencontre Charles Philipon, alors directeur du « Journal pour Rire ». C’est le début d’une grande carrière de caricaturiste.

Dans les sept années qui suivent, il fournit près de 1400 dessins, souvent en Une du journal. Gustave Doré signe par ailleurs quatre albums de récits illustrés, des proto-bandes dessinées : Les Travaux d’hercule (1847), Trois artistes incompris et mécontents (1851), Des-agréments d’un voyage d’agréments (1851) et, le plus célèbre d’entre eux, L’Histoire de la Sainte Russie.

Il abandonne bentôt l’écriture pour se consacrer à l’illustration d’œuvres classiques comme Don Quichotte, L’Enfer, Les Fables de la Fontaine, Gargantua ou encore Le Baron de Munchausen….

À sa mort en 1883, on recense une œuvre riche de presque 10 000 illustrations, 133 toiles et quelques aquarelles

Histoire pittoresque et caricature de la Sainte Russie - Par Gustave Doré - Editions 2024

L’histoire

Le titre complet du livre résume une bonne part de ce récit fleuve de 120 pages et quelques 500 gravures dessinées pendant la guerre de Crimée (1853-1856) qui opposa la Russie à l’Empire Ottoman et ses alliés, dont le Royaume-Uni et la France de Napoléon III. Un conflit qui constitue la véritable première guerre mondiale dont les enjeux, nous le voyons dans l’actualité, se prolongent jusqu’à aujourd’hui. C’est animé d’un élan patriote que le jeune Gustave Doré, alors âgé de 22 ans, se lance dans ce récit volontairement outrancier, pamphlétaire, qui pose un jalon essentiel de l’histoire de la bande dessinée.

Ce livre est d’une richesse incroyable.Le texte est d’abord une passionnante leçon d’histoire, replaçant de manière indispensable les événements actuels en Crimée dans son contexte et remettant en perspective l’ensemble des complexes éléments géopolitiques qui la composent. Pour ceux que cela pourrait justement rebuter (nous les entendons d’ici), sachez que le texte est un pamphlet très drôle, porté par un humour résolument moderne, pleinement réussi de surcroît.

Graphiquement, c’est d’une inventivité qui surprend encore. Le dessin sert réellement le récit, avec son rythme propre. La mise en page de la narration, peu structurée il est vrai, résulte d’une constante recherche, et la lecture s’en trouve parfois un peu plus ardue, mais cette absence de codes pré-formatés suscite précisément de réels moments de génie. Il est souvent difficile de croire que cet album à été réalisé il y a plus de 150 ans.

Dépassant largement la simple curiosité patrimoniale, cette œuvre témoigne surtout d’une liberté et d’une inventivité qui n’a rien à envier aux travaux les plus expérimentaux de la bande dessinées contemporaine. Depuis sa première édition en 1856, aucune réédition n’a pu s’appuyer sur une édition originale complète ; il s’agit ici de la première réédition intégrale de ce chef-d’œuvre.

Pour aller plus loin

En plus de s’inscrire dans l’actualité internationale, ce livre s’inscrit également pleinement dans l’actualité muséale, puisque deux rétrospectives se tiennent actuellement : Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir, au Musée d’Orsay du 18 février au 11 mai. L’exposition revient sur l’ensemble de l’œuvre de Doré, que ce soit Doré illustrateur, peintre ou sculpteur ou son influence dans l’art pictural et cinématographique, de Van Gogh à Terry Gilliam.

La seconde, Doré & Friends, au Musée d’Art Moderne de Strasbourg, du 21 février au 25 mai, revient sur les quatre albums illustrés cités plus haut dans cet article. L’Enfer de Dante ou les Contes de Perrault sont parmi les ouvrages retenus pour interroger l’apport considérable de Doré, jusque dans la conception contemporaine de l’image.

(par Gallien Chanalet-Quercy)

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