"Horologiom", du fantastique au polar

  • Le monde merveilleux et paradoxal d'Horologiom continue de fasciner avec ce nouveau tome et cette nouvelle énigme. Même si l'atmosphère et les particularités de l'univers prennent cette fois le pas sur l'intrigue...

La collection Terres de Légendes fut un des grands pôles du catalogue des éditions Delcourt avec naguère La Nef des fous, mais également avec Horologiom. Inspiré notamment par Le Roi et l’oiseau, le film de Paul Grimault et Jacques Prévert, Fabrice Lebeault avait développé dès 1994 un splendide univers robotisé et bureaucratisé à outrance, que l’arrivée d’un jeune humain allait conduire progressivement au délitement.

Plus de dix ans après la conclusion de ce beau récit, Lebeault était revenu sur la série qui l’avait fait connaître en proposant un premier one-shot se situant antérieurement au premier cycle : il nous décrivait en détails le Service des Violences Privées (S. V. P. ), qui s’occupait des déviances criminelles qui n’étaient pas liées à la religion ou à la politique. On y découvrait le major Meursy, devant élucider une étrange énigme au plus profond des arcanes du système qui gère la ville.

"Horologiom", du fantastique au polar

Un polar mêlé de fantastique

Trois ans plus tard, Lebeault nous propose un second one-shot, moins dense que les 56 planches précédentes, mais qui revient sur le même Service, avec les mêmes personnages, dans la foulée du précédent Ministère de la Peur. Il n’est pourtant pas nécessaire de posséder ou relire le tome précédent, ni les autres, car les pages de garde résument adroitement ce qu’il faut savoir de l’univers d’Horologiom, tout en revenant sur un élément qui le sous-tend et qui se retrouve au centre de ce second one-shot : le triangle noir.

Les pages de garde contextualisent le récit.

En effet, seules rétributions ayant cours à Horologiom, ces triangles favorisent le fonctionnement méticuleux de la cité. Ils servent de nourriture, régulent les pulsions animales des bureaucrates, mais sont également devenus une donnée monétaire afin d’obtenir certains privilèges. Naturellement, leur gestion ne se fait pas sans surveillance. Mais quand le système révèle des failles : le S. V. P. doit enquêter...

Un univers captivant... pour une intrigue embrouillée

Dans cet univers qui emprunte également au 1984 d’Orwell, l’allusion au Soleil vert, le film de Richard Fleischer avec Charlton Heston (1973) [1] est totalement assumée par Lebeault, même si ce n’est pas le cœur de son sujet. Il préfère s’intéresser aux rouages d’un système bureaucratique, aux dérives du pouvoir exécutif, et à l’application systématique des consignes, quelles qu’elles soient.

Malgré une construction sans faille, Lebeault se fait prendre à son propre jeu. Les technocrates d’Horologiom sont tellement écrasés par la ville et son système, que les personnalités effacées des personnages secondaires ne parviennent pas toujours à happer le lecteur.

Heureusement, il son Service de Violences Privées vaut le détour ! Comme la personnalité du Major Meursy (inspirée de Sherlock Holmes) ne produit plus l’effet de surprise du début, Lebeault s’intéresse à d’autres personnages de son service. Ceux-ci, et le plaisir qu’on ressent à découvrir encore d’autres arcanes de cet univers foisonnant, prennent rapidement le pas sur l’intrigue elle-même. Il faut dire qu’elle se développe sur trois niveaux et que le lecteur perd finalement quelque peu le fil de l’enquête, délaissant la devinette du meurtrier pour mieux profiter des caractéristiques de cette série esthétiquement fascinante.

Comme dans un beau voyage, l’important n’est pas tant la destination, que le chemin emprunté et les personnes rencontrées.

(par Charles-Louis Detournay)

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Horologiom, T7 : Les Couloirs changeants - Par Fabrice Lebeault - Delcourt

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[1Cette vision anticipative très sombre de notre société s’articule autour d’une nourriture, appelée « Soleil Vert », dont l’origine est horrifiante.