Hotel Koral - par Anthony Pastor - Actes Sud/l’AN 2

31 mars 2008 3
  • Deux ans après son premier album, Anthony Pastor revient avec la même inspiration américaine, mais cette fois dans un registre plus sombre. Une sorte de polar loufoque et glacial à la fois. Illustré de façon toujours originale. Mais l'ennui pointe...

Comme dans un film noir de l’âge classique, l’histoire commence avec une femme brune aux lunettes noires, qui s’arrête dans un hôtel. Pourquoi, combien de temps ? Ne cherchez pas à savoir. Au bout de ce récit de plus de 100 pages, on n’en sait d’ailleurs guère plus. L’auteur s’attache autant aux personnages secondaires, tel ce motard asiatique qui ne quitte jamais son casque, qu’au fond de ce qui semble être une enquête menée par la cliente du début.

Anthony Pastor s’affirme en styliste, mais pas en scénariste. Son intrigue nous échappe dès les premières pages. Les têtes de chapitres saupoudrées de phrases sibyllines n’aident pas davantage à la fluidité de l’histoire.

L’auteur narre son polar décalé avec une forme invariable : deux images par page, et un texte qui n’a droit de cité qu’au-dessus ou en dessous. Loustal en a fait une marque de fabrique.
Dommage, car son dessin a encore évolué : Certains paysages urbains évoquent le peintre Hopper et les couleurs font leur apparition, avec une utilisation très intéressante des hachures.

Mais malheureusement, le lecteur manque de repères tout au long de l’album, et les personnages ne suscitent guère l’intérêt.
Son intrigue fait voisiner des personnages ordinaires et ternes avec des figures excentriques (cet insupportable motard vendeur de briquets à la sauvette) et des figures classiques du polar.

Son personnage principal féminin ne déclenche pas suffisamment d’élan romanesque, le sujet de son enquête non plus. Reste l’ambiance, qui peut séduire, mais pas le plus grand nombre.

Hotel Koral - par Anthony Pastor - Actes Sud/l'AN 2

(par David TAUGIS)

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3 Messages :
  • Hotel Koral - par Anthony Pastor - Actes Sud/l’AN 2
    6 avril 2008 09:11, par Marie Z.

    « Il n’y a aucune raison pour qu’une histoire soit comme une maison avec une porte pour entrer, des fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour la fumée ... On peut très bien imaginer une histoire en forme d’éléphant, de champ de blé, ou de flamme d’allumette soufrée ».

    Moebius

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    • Répondu le 6 avril 2008 à  18:37 :

      Effectivement aucune raison. Mais derrière ce poétique postulat, l’ennui s’installe sans complexes.

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    • Répondu par Sergio Salma le 7 avril 2008 à  11:38 :

      Comme Marie Z. le cite, Moebius a raison de dire que les créateurs effectivement devraient sortir des sentiers battus . Que de conventions, de règles, que d’étroitesse dans les chemins empruntés. Une vraie auto-censure créative. Avec parfois l’appui frileux d’éditeurs qui ne savent plus très bien comment vendre leurs productions, beaucoup d’auteurs tombent et retombent dans des schémas, des scénarios, des canevas mille fois vus mille fois lus. Dramatique.

      Changer la forme, changer le fond oui bien entendu. Le mot de Moebius est une belle ouverture, un appel à l’inattendu, une demande d’original, de neuf,un appel à de l’inédit.

      Mais le danger est grand car disposer d’un espace blanc et y ajuster une série d’images ne produit pas forcément une oeuvre de bande dessinée. La différence est immense mais pas au premier coup d’oeil. Il a bon dos Moebius d’avoir dit ça, lui qui avec son métier de narrateur s’est permis des déviations (c’est le mot) subtiles, des recherches incroyables mais en ayant instinctivement cette volonté de raconter( même en une seule image ,il fait de la bande dessinée !)

      Certains auteurs ont beau aligner les compositions les plus savantes, les dessins les plus jolis, les cases les plus belles, cette série d’images juxtaposées restent décoratives mais non narratives ; on reste dans l’exercice de style ; ça ne raconte pas. ça évoque, ça met en scène, mais ça ne raconte pas.

      Et alors ?! me direz-vous. Combien de petites bandes dessinées proprettes, bien ficelées, très narratives mais dont le jus est vain, inintéressant ?
      Vaut-il mieux des recherches obtuses , des réflexions sur le médium exprimées sous la forme apparente de bande dessinée ou bien des histoires niveau zéro ?

      Moebius parle d’histoires en forme d’éléphant. Très joli, un peu fumeux mais joli.
      Je proposerais moi, modestement face à ce monstre sacré, que la maison reste quand même une maison (on peut changer la forme, l’architecture, la taille, le nombre des fenêtres, la grandeur de l’entrée, la décoration intérieure et extérieure, les matériaux, le toit ; ça nous fait déjà une belle palette de possibilités.
      On peut aussi fabriquer des histoires en forme de cabanes, de huttes, de igloos...

      Si certains veulent se risquer dans la construction de hangars ou de garages, ils doivent juste prendre garde à ce que ceux-ci ne deviennent pas hermétiques.

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