"Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres" : une biographie de l’écrivain de Providence

25 février 2018 0 commentaire
  • Cette biographie retrace les douze dernières années de la vie du maître de Providence, de son séjour à New York, jusqu'à sa mort prématurée des suites d'un cancer des intestins en 1937.

Après avoir suivi sa femme Sonia à New York, ville qu’il exècre, Howard Phillips Lovecraft décide de retourner à Providence pour y vivre auprès d’une de ses tantes. S’il est heureux de revoir le lieu de son enfance, qui lui apporte inspiration et réconfort, il souffre de ne plus pouvoir converser avec le groupe d’amis qu’il a quitté. Pour pallier ce manque, il débute une correspondance effrénée avec ses camarades, mais également avec de fervents admirateurs fascinés par ses écrits. Il en résultera un nombre considérable de lettres aujourd’hui conservées en partie dans la John Hay Library de Providence et dont une infime portion nous a été révélée jusqu’alors [1]. C’est notamment sur ces courriers qu’Alex Nikolavitch s’est appuyé pour élaborer son scénario.

"Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres" : une biographie de l'écrivain de Providence
©21g 2018 Nikolavitch, Alex/Gervasio

Projet ambitieux que celui de chercher à cerner Lovecraft, tant l’homme était complexe et bourré de paradoxes. Souvent identifié à ses personnages, il fut longtemps considéré comme fou, asocial et vivant reclus tel un misanthrope farouche. Alex Nikolavitch a le mérite de balayer d’un revers de main certains clichés persistants sur l’écrivain, sans pour autant occulter ses côtés les plus sombres. On découvre alors un Lovecraft social et courtois, non dénué d’humour, passionné par les sciences, ayant un penchant prononcé pour les crèmes glacées, ne rechignant pas à voyager, mais surtout totalement investi dans son art.

La bande dessinée prend le parti d’évoquer sa difficulté à trouver un travail et à s’intégrer dans la société, refusant de se plier aux règles qu’elle impose et de répondre à l’appel de l’argent. Dévoué à l’écriture, il s’y plonge corps et âme et s’y accroche comme à une bouée de sauvetage, encaissant les refus d’éditeurs souvent hermétiques à son style et à son univers. Mais c’est sans compter le soutien de ses amis et du cercle restreint de ses lecteurs qui l’encouragent à poursuivre son œuvre. Ainsi apprend-t-on que Houdini avait projeté d’écrire un ouvrage avec Lovecraft. Une entreprise qui ne vit jamais le jour, malheureusement.

©21g 2018 Nikolavitch, Alex/Gervasio

Quelques évènements issus de son passé sont survolés, comme la maladie de son père et l’internement de sa mère, qui l’ont profondément marqués. Néanmoins, il n’est jamais fait mention de son grand-père, figure pourtant essentielle dans le développement du jeune Lovecraft, puisqu’il lui transmit son amour des livres, des contes et des mythes.

©21g 2018 Nikolavitch, Alex/Gervasio

Son racisme et sa xénophobie sont par contre clairement exposés. Toutefois, s’il n’est pas question de renier cet aspect fâcheux de sa personnalité, il est regrettable de n’avoir pas révélé son évolution à ce sujet. Ses dernières lettres ainsi que son adhésion au New Deal montrent une autre de ses facettes beaucoup plus acceptable de nos jours.

Peu lu de son vivant, Lovecraft meurt dans d’atroces souffrances et ignoré du grand public. Il faudra attendre la période d’après-guerre et les premières traductions en français de Jacques Bergier pour le sortir de l’oubli. Dès lors, son influence ne cessera de grandir, pour se répercuter aussi bien dans les domaines littéraire, cinématographique, musical ou même vidéoludique.

Le style graphique de Gervasio, très expressif quoiqu’un peu statique, rappelle celui des Pulp Magazines, catégorie de revues bien connue de Lovecraft, puisqu’il avait publié quelques-unes de ses histoires dans le fameux Weird Tales. Peut-être aurait-il été préférable d’utiliser cette esthétique uniquement pour les passages illustrant les extraits tirés des nouvelles de Lovecraft. Reste que le tout garde un certain charme assez désuet qui sied bien à l’époque. On appréciera la sobriété et l’efficacité de la mise en page.

Une bande dessinée qui peut constituer un premier pas vers la compréhension de cet écrivain atypique et inciter à la découverte ou la redécouverte de ses écrits.

©21g 2018 Nikolavitch, Alex/Gervasio

(par Tahani Biernat)

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Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres. Par Alex Nikolavitch, Gervasio, Alex Lee et Carlos Aon. Editions 21g. Sortie le 25 janvier 2018. 112 pages. 19€.

Autour de Lovecraft, sur ActuaBD : la série Providence d’Alan Moore : tome 1 et [20038]tome 2

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[1En France, seul un tome de recueil de ses lettres couvrant la période de 1914 à 1926 a été publié aux éditions Bourgois en 1978, contre cinq tomes intitulés "Selected Letters" aux Etats-Unis chez Arkham House.

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