Hub ("Aslak") : "La série joue beaucoup sur les frustrations"

  • Bienvenue dans l'univers viking avec le tome 2 d'{Aslak}, une série qui marie aventure, Fantasy et comédie. Une nouvelle expérience de travail pour Hub, l'auteur de la série {Okko}, puisqu'il est accompagné au scénario par Fred Weytens et confie le dessin à son compère Emmanuel Michalak. Qu'est-ce que ça change au juste ?

Les samouraïs, les vikings, des histoires de genre. C’est une thématique qui vous plaît particulièrement ?

Disons que je suis peut-être pour l’instant plus attiré par ce genre de récits. Mais je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. J’aime le fantastique, l’Heroic Fantasy en essayant de trouver un angle un peu différent. La différence fondamentale, à part les univers, entre Okko et Aslak, c’est que, pour Okko, c’est un gros travail solitaire, même si Emmanuel Michalak m’aide sur le storyboard, alors qu’Aslak, c’est un travail à trois cerveaux et trois mains. C’est sympa. Il y a un côté travail d’équipe très intéressant. Je crois que c’est sain de partager des choses avec d’autres personnes à certains moments.

Sur Okko, cette solitude n’est pas trop pesante ?

Je le fais un petit peu avec mon directeur de collection Thierry Joor et aussi justement avec Manu qui, pendant un mois, me permet d’avoir un œil critique sur mon découpage et va pouvoir me faire des propositions qui vont m’enrichir. C’est le minimum vital pour survivre.

Hub ("Aslak") : "La série joue beaucoup sur les frustrations"

Alors, pourquoi cette fois les vikings ?

J’ai abordé ça un peu comme un conte, même si à la fin, ce n’est pas du tout un conte. Les vikings se sont un peu imposés d’eux-mêmes. C’est venu lentement. Je ne sais pas trop pourquoi j’ai dérivé vers les vikings. Autant le Japon, c’était une idée beaucoup plus construite, avec un univers qui me passionnait, que je pouvais décliner sur plusieurs tomes. Pour Aslak, j’avais une idée de base, et puis avec Fred Weytens, mon co-scénariste, on a fait un ping pong et on a trié les idées. Les vikings sont apparus, mais je ne saurais plus vraiment dire quel a été le cheminement.

Et pourquoi avoir choisi de ne pas dessiner ? C’est juste une question de temps ?

D’abord. Mais aussi une question d’envie. J’avais envie aussi d’essayer d’écrire une histoire pour quelqu’un d’autre. J’avais une grande confiance en Emmanuel Michalak que je connais bien. Je savais qu’il n’y aurait pas de problèmes avec lui. Le voyage va être long, périlleux. Il faut être certain de ses amitiés dans ces moments là.

Vous vous connaissiez comment ?

Je l’ai rencontré en revenant sur Lyon. J’avais vu sa façon de découper et je l’avais trouvé très efficace, et c’est là que je lui ai proposé de faire un essai pour voir s’il pouvait m’aider sur Okko. Et ça fait cinq ou six ans qu’il m’aide.

Pour le scénario, comment se passe la collaboration ?

On se fait une sorte de pitch des actions. Après, on rentre un petit peu dans les détails. On fait valider par l’éditeur toutes les séquences. Après, Fred fait une proposition de dialogue. J’y mets mon grain de sel, puis on passe au découpage, où est souvent obligés de réajuster certains dialogues. Et voilà, on a déjà une idée globale. C’est une série qui va être en cinq albums. On sait où on va. La fin est déjà pas mal définie, on a déjà les titres de tous les albums. Après L’Œil du monde et Le Mât du milieu, il y aura Le Milieu du mât, Le Monde du rien et Le Monde du tout. Comme des pensées naïves de gens qui ont du mal à exprimer ce qu’ils ressentent.

Quel est votre sentiment sur cette collaboration scénaristique, par rapport à votre travail plus solitaire sur Okko ?

Il peut y avoir parfois de petites frustrations mais, globalement, ça se passe très bien. C’est certain que c’est enrichissant. Et puis, pour moi, c’est une évasion par rapport au Japon. Une respiration. Mais je ne serais peut-être pas capable de multiplier ce genre d’expérience. Je ne me l’interdis pas mais je ne la provoque pas non plus.

Est-ce que c’est moi ou bien il y a vraiment des clins d’œil à Astérix dans Aslak ?

Il y a beaucoup de personnes qui me font la remarque. En réalité, on n’a pas pensé à Astérix. C’est vrai qu’au départ, j’imaginais un crossover entre Loisel et Astérix avec des choses un peu dures et de la comédie. J’ai voulu mettre des choses plus loufoques que dans Okko, avec une vraie équipe de bras cassés. Et après, je me suis dit que ça allait être une sorte de drakkar road movie, avec deux frères qui se tireraient la bourre sur des drakkars différents. Et voilà.

D’ailleurs, ce mélange aventure/fantastique/humour, qu’on retrouve sur Okko et sur Aslak, c’est votre marque de fabrique ?

Oui, c’est là où je dois me sentir le plus à l’aise. J’aime bien les récits qui sont parfois un peu durs, mélanger un peu d’humour et de comédie, ça s’appelle souffler le chaud et le froid et j’adore ça. Rien n’empêche dans une scène tragique d’y mettre un moment complètement absurde. C’est intéressant d’avoir ce contraste entre quelque chose de grave qui se passe et quelque chose de beaucoup plus léger en même temps. Je trouve que ça marche vraiment bien.

Justement, c’est ce côté un peu plus humoristique qui, par goût personnel, me gêne un peu dans Aslak, par rapport au ton de Okko.

Le tome 1 est plus humoristique que le 2. Et le 2 un peu plus que le 3. Mais c’est vrai qu’il y a plus d’humour que dans Okko. Le ton n’est pas exactement le même. C’est certainement dû au fait qu’on est deux scénaristes.

Est-ce que vous avez abordé l’écriture en vous positionnant par rapport aux classiques sur les vikings ? En vous disant par exemple « bon, il ne faut pas que je fasse du sous-Thorgal » ?

Non, j’ai peu de références en fait sur ce sujet. J’ai un petit peu lu Thorgal, il y a très longtemps. J’avais aimé mais je ne me souviens pas vraiment. Je ne suis pas parti en opposition à quelque chose. À la rigueur, ça se rapproche plus de Erik le Viking du Monty Python Terry Jones. Ce serait un point de comparaison assez juste. Mais ce n’est pas une référence. Je me suis simplement aperçu après coup qu’il y avait des similitudes.

Et en parlant de références. Quelles sont les vôtres ?

C’est une catastrophe, je n’en ai aucune. Je ne vois pas trop quelles influences me conduisent à écrire. Je suis très attiré par le fantastique depuis que je suis gamin. Je ne suis pas attiré par le manichéen, j’aime l’ambiguïté. J’aime aussi les personnages un peu pitoyables. Je n’aime pas James Bond, cet archétype de l’homme parfait. Ça m’ennuie. Moi, je m’identifierais beaucoup plus à un homme qui a des aspérités qu’à un homme parfait.

Pour Okko, le monde s’appelle Pajan (allusion à Japan). Cette fois, je n’ai pas trouvé d’anagramme dans Aslak.

Non non, il n’y a rien à trouver. Aslak, ça veut dire le jeu des Dieux, je crois, en scandinave. Il y a beaucoup de références sur les noms et la culture vikings.

L’intrigue d’Aslak, c’est l’affrontement entre deux frères. C’est assez terrible. C’est un peu sur le ton de l’humour, mais il y en a quand même un qui veut tuer l’autre.

Une des particularités, c’est qu’on a pas voulu partir sur une quête d’Heroic Fantasy énorme. Les frères sont appelés pour prendre la succession de leur père, qui était un conteur. Le roi qui a tué leur père leur ordonne d’aller chercher une histoire originale. Celui des deux qui ramènera au bout d’un an la meilleure histoire prendra la succession du père comme conteur, et l’autre sera exécuté. Et s’ils ne revenaient pas avant un an, le roi tuerait leur mère et leur jeune frère. Les enjeux, au début, sont minuscules. Pas pour les deux frères évidemment. Mais partir chercher une histoire, c’est un peu minimaliste, un peu abstrait. Et ça me plaît. Je trouve que c’est intéressant parfois de se battre pour des choses qui ne sont pas démesurées. J’aime bien rester sur une dimension humaine.

Cet affrontement entre deux frères, cela a à voir avec des souvenirs d’enfance ?

Rien à voir (rires). Je m’entends très très bien avec mon frère. Je n’ai pas besoin d’exorciser quoi que ce soit. Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup d’humour et que ça cache beaucoup de cruauté. Les deux frères ne sont pas évidents. Il n’y a aucun personnage qui a la maturité d’un adulte. Sauf le plus jeune, Knut, qui est le plus perspicace et quelque part le plus mature. Voilà, ça nous fait rire.

La question est : Est-ce que Guy Delcourt condamne à mort les auteurs s’ils n’ont pas rapporté une bonne histoire au bout d’un an ?

Bien sûr. Il y a un nombre d’auteurs disparus impressionnant. La liste est longue, c’est terrible. Il y a plein de visages que je ne vois plus du tout (rires). Et en plus, il y a une odeur de putréfaction qui se dégage et dans le béton parfois, il y a des pieds qui sortent. M’étonnerait pas qu’il y ait un cimetière en dessous des locaux. Il faudrait sérieusement enquêter là-dessus...

Alors, il y a une femme chez les vikings d’Aslak. Est-ce bien raisonnable ?

Non. Mais on n’est pas hyper-raisonnables. Il y a une femme assez pulpeuse effectivement, mais ça, c’était pour vendre plus d’albums. C’est l’atout-charme.

Le quota "poitrine"...

On voulait même faire une page au milieu avec un poster qui se déplie.

Pour le tome 3 peut-être ?...

Sans doute au tome 3.

Step by step pl.26 case4
(c) http://aslak-bd.blogspot.fr/

On se dit que ce personnage féminin est là pour apaiser un peu cette ambiance virile, mais en réalité pas du tout.

Brynhild a du caractère. Non, elle n’apaise rien du tout. Ça va être une pomme de discorde. D’ailleurs, les deux équipages sont déjà assez mal barrés. Le défi est énorme et ils n’ont pas vraiment les compétences pour le relever. Brynhild elle-même a un certain nombre de défauts qui vont être assez embarrassants.

Et elle commence à se faire un peu manipuler par l’un des frères dans le tome 2.

C’est vrai. Sous des abords charmants, l’un des deux frères s’avère être machiavélique, intriguant et il est assez doué là-dedans. De toutes façons, on a pas mal de crapules. C’est un panier de crabes.

Et même les personnages principaux. Un des frères est donc manipulateur, et l’autre est complètement mollasson, voire veule.

Il faut déconseiller fortement cette série aux gens qui aiment les héros vrais de vrais. Je suis bien d’accord. Même le berseker, à savoir le guerrier fou, est fort, mais il a peur du sang. À chaque fois qu’il en voit une goutte, il tombe dans les pommes, c’est un peu dommage. À la moitié du tome 1, un des drakkars récupère un oracle qui peut deviner le futur, en principe. Mais il fait des divinations complètement abstraites, surréalistes, du genre « il va pleuvoir des vaches ». Qu’est-ce que vous voulez faire d’une information comme ça ? Et nous derrière, on va essayer de créer une situation absolument folle pour donner raison à l’oracle. Tout est un peu comme ça.

Le benjamin de la fratrie a l’air d’avoir la tête sur les épaules.

Exactement. Sauf que, comme il est jeune, il n’est pas crédible par rapport aux autres. Donc on ne l’écoute pas. Encore une frustration. La série joue beaucoup sur les frustrations.

Recherches de mouvements et de cadrages pour la planche 37
(c) http://aslak-bd.blogspot.fr/

(par Thierry Lemaire)

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