Hurlevent - par Jérôme Deleers &Yves Leclercq - Casterman

6 novembre 2006 0 commentaire
  • Après la relecture du destin de Landru par Chabouté, le duo Deleers-Leclercq interprète librement un épisode de la vie d'Emily Brontë, auteure des "Hauts de Hurlevent". Une vision gothique, à la violence contenue, qui n'hésite pas à faire voisiner des techniques graphiques totalement différentes. De quoi séduire, ou laisser de marbre. Un album incontestablement novateur.

Bruxelles 1842. Charlotte et Emily Brontë s’installent en Belgique pour améliorer leur français. En contrepartie de leur hébergement, les soeurs doivent assurer un travail. Educatif pour Charlotte, qui donne des cours d’anglais, et social pour Emily, qui prend en charge une aveugle, Katherine. Cette jeune femme possède une personnalité particulière. En outre, son frère est le peintre Oskar Murmaul’t. Emily s’aperçoit très vite que les relations entre Katherine et son frère ne sont pas très saines : opposition teintée de fascination mutuelle, attirance mêlée d’agressivité... Emily se retrouve piégée dans ce tourbillon relationnel, devenant elle-même objet de fascination et de séduction.

Yves Leclercq, formé à l’école Saint-Luc, a voulu reprendre la genèse d’une oeuvre importante de la littérature du XIXème siècle, Les hauts de Hurlevent. En revisitant un moment de la vie d’Emily Brontë, il donne au lecteur l’occasion de s’interroger sur le processus de création littéraire, et la part d’observation participative qu’il met en jeu. Dans une atmosphère irréelle, cernée de teintes sepia nocturnes, il donne à son récit une ambiance onirique. Hurlevent - par Jérôme Deleers &Yves Leclercq - Casterman
Le style très particulier du dessin de Jérôme Deleers renvoie au travail d’un Jean-Claude Claes, qui utilisait des photos pour les retravailler. Ici, des décors gothiques éclatants de beauté accueillent des personnages proches de l’hyper-réalisme. Deleers a recourt à des collages qui donnent une atmosphère fantastique à la plupart des scènes. Même ses cadrages décalés donnent un aspect fiévreux et inquiétant aux scènes de tête-à-tête.
Ce parti-pris gothique surréaliste pourra laisser certains lecteurs interloqués et les gêner pour entrer dans cette histoire passionnelle. Hurlevent n’en demeure pas moins un album extrêmement audacieux et novateur, aux ambitions artistiques élevées. Un travail remarquable, au sens propre du terme, qui nourrira les discussions des passionnés que vous êtes, et que nous sommes.

(par David TAUGIS)

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