"I’m Every Woman" de Liv Strömquist (Rackham) : l’humour au service du féminisme

4 juillet 2018 0 commentaire
  • Comment des "femmes de" ont-elles pu supporter de vivre avec des hommes pourtant insupportables ? Il y a l'amour, certes. Mais aussi et surtout, selon Liv Strömquist, un faisceau de préjugés, d'habitudes et de valeurs patriarcales qui les ont longtemps empêchées de quitter ces fâcheux. Démonstration dans "I'm Every Woman", une bande dessinée à l'humour grinçant.

Pour son quatrième livre chez Rackham, la dessinatrice suédoise Liv Strömquist revient au féminisme, qu’elle avait partiellement et temporairement mis entre parenthèses dans Grandeur & décadence, édité en 2017. Dans I’m Every Woman, qui doit son nom à la chanson de Chaka Khan, elle cherche à comprendre pourquoi et comment des femmes ont pu vivre de longues années voire toute leur vie avec des hommes proprement... Invivables.

Elle ouvre donc sa bande dessinée par un bref classement déterminant qui sont "les pires petits amis de l’histoire". Edvard Munch, Mao Zedong, Ingar Bergman, Phil Spector ? Difficile de les départager. D’autant que certains sont carrément hors concours et ont droit à leur propre chapitre, plus loin dans le livre, tels Elvis Presley et Joseph Staline. Ils ont quoi qu’il en soit pour points communs d’être possessifs, manipulateurs, ingrats et bien peu soucieux de ce que peut penser ou ressentir leur compagne respective.

S’agirait-il d’une version "people" et historique de #balancetonporc ? Liv Strömquist va plus loin, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de son ouvrage. Elle ne s’arrête pas seulement aux personnalités, mais décortique le contexte et les mentalités qui ont rendu leurs agissements possibles. Sans omettre la part de responsabilité de chacun, elle met en lumière le poids des conventions sociales, qui donnent la prééminence aux hommes dans de nombreuses sociétés à travers le temps et le monde, et la pesanteur des biais culturels, qui puisent leurs sources aussi bien dans la politique que la religion.

I’m Every Woman est donc une bande dessinée féministe, revendiquée comme telle et répondant indirectement à l’appel de Marie Gloris Bardiaux-Vaïente dans l’ouvrage collectif Féministes paru chez Vide Cocagne en début d’année. Liv Strömquist s’appuie sur une abondante bibliographie (citée en fin d’ouvrage) mais n’est jamais docte ou moralisante. Son humour grinçant, ironique, presque sarcastique, permet de suivre avec plaisir sa démonstration. Mais son argumentation conserve sa force. Son dessin et ses montages, simples et vifs, rendent l’ensemble encore plus percutant.

Liv Strömquist devient donc au fil de ses livres une référence importante à la fois de la bande dessinée européenne et du féminisme. Jamais agressive - merci de ne pas la qualifier de "féminazie", horrible vocable employé par ceux que l’affirmation des femmes effraie - et souvent drôle, elle construit une œuvre cohérente, mêlant érudition et humour, et dont le point de vue s’avère nécessaire.

"I'm Every Woman" de Liv Strömquist (Rackham) : l'humour au service du féminisme
I’m Every Woman © Liv Strömquist / Rackham 2018
I’m Every Woman © Liv Strömquist / Rackham 2018
I’m Every Woman © Liv Strömquist / Rackham 2018

(par Frédéric HOJLO)

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