IR$ t.6 - {Le Corrupteur} - Desberg et Vrancken - Le Lombard

28 avril 2004 0 commentaire
  • Il y a deux types d'inspecteur des impôts. Celui que tout un chacun imagine : besogneux, chauve, hargneux et binoclard, prêt à tout pour arracher au pauvre contribuable jusqu'à son dernier kopeck. Et puis il y a celui de Desberg et Vrancken : élégant, intelligent, beau comme une gravure de mode et aussi froid que l'acier. Un héros, quoi !

Larry B. Max est un chevalier blanc de l’IRS (le fisc américain) et il traque la fraude fiscale à grande échelle. Flanqué de son flingue, l’agent spécial tombe les filles par la grâce des yeux bleus qui irradient sa mâle figure. Si l’on ajoute : une immense villa en Californie, des bagnoles de luxe et une fortune colossale héritée de parents disparus, on commence à craindre le nanard. Pourtant IR$ n’est pas le n-ième clone de Largo Winch.

Bien sûr cette série s’adresse à un public proche, amateur de BD classiques aux intrigues mêlant argent, pouvoir et jolies filles. Mais Desberg et Vrancken ont tenté une expérience assez originale. Là où le héros classique est beau gosse, sympa, attachant, Larry B. Max est glacial, distant, inaccessible ; il est dur de s’identifier à lui. Le Californien bronzé n’est même pas exempt de recoins obscurs ! Il préfère aux femmes qui se pâment pour lui la voix fantomatique de Gloria Paradise, une call-(c’est le cas de le dire !)girl.

Il possède enfin cette caractéristique extrêmement irritante d’être non seulement beau, riche, intelligent et tout le toutim, mais en plus de savoir parfaitement où il va, sans que nous n’en ayons la moindre idée. Là réside sans doute l’originalité aiguë de l’homme aux cheveux blancs : nous n’avons qu’un vague pressentiment de ce qui le pousse dans ses recherches.

Le dessin ultra-réaliste de Vrancken donne rigoureusement chair à l’ambiance glaciale que le personnage répand autour de lui. Il est net, précis, sans fioritures, avec des cadrages énergiques et des gros plans qui cognent. La mise en couleur est franche, elle ne joue pas sur les effets et place l’action au premier plan. Si parfois on peut regretter l’amalgame entre net et statique, si à certains moments on peut trouver les visages des personnages un peu changeants, il faut reconnaître qu’un Larry mal rasé ou un paysage par trop impressionniste ne conviendraient pas à la série.

Dans Le Corrupteur, Larry est aux prises avec Silicia, une femme géniale et retorse qui s’est faite spécialiste du chantage et de la corruption. Pour la première fois l’agent de l’IRS se rencontre un adversaire à sa hauteur. Va-t-il terminer l’album aussi immaculé qu’il l’a commencé ? Le scénario complexe de Desberg semble nous emmener loin, très loin du cœur de l’intrigue, mais nous finirons par découvrir qu’il ne l’a jamais quitté.
Le Corrupteur est un bon album de polar qui, dans son ultime dénouement, justifie le flou du tome précédent. Et cerise sur le gâteau, il laisse l’imagination du scénariste et des lecteurs libres des inspirations les plus folles : on n’en sait toujours que très peu sur Larry, l’accident de ses parents, et encore moins sur ce qui le lie à Gloria Paradise...

(par Martin Grillard)

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