Iko : « Je suis fort redevable de la patience de Soleil et de Christophe Bec »

11 décembre 2009 0 commentaire
  • Si Ténèbres est le premier album 'français' de cet auteur transalpin, il est connu depuis dix ans en Italie. Ce qui explique sans doute la maîtrise globale et la finesse des détails qu'il livre dans son association avec Christophe Bec.

Iko : « Je suis fort redevable de la patience de Soleil et de Christophe Bec »Ténèbres est un de nos coups de cœurs dans les albums-découvertes de ces derniers mois : un récit d’héroïc fantasy écrit par Christophe Bec, et superbement enluminé par un auteur apparemment inconnu Iko. Comme certains nous l’ont demandé, nous avions envie d’en savoir plus, histoire de lever un peu le voile du mystère qui entourait ce ’jeune’ prodige :

Comment s’est déroulée la rencontre avec Christophe Bec ?

Via mon agent, Camilla Patruno, qui s’occupe également d’autres dessinateurs italiens dont Nicola Genzianella, qui a repris le dessin de Bunker. Camilla avait beaucoup apprécié le travail de Valérie Mangin sur le Fléau des Dieux, mais comme cette dernière était fort occupée par la création de Quadrants, elle a conseillé à Camilla de s’adresser à Christophe Bec, qu’elle décrivait comme un grand ami et un super scénariste. Ce qui a donc amené la suite de Bunker, Fontainebleau avec Alesandro Bocci qui aussi en train de réaliser la spin-off de Bunker, et bien entendu Ténèbres !

Vous êtes déjà bien connu en Italie, quels ont été vos récits emblématiques ?

Iko travaille depuis plus de dix ans sur la série Brendon

Cela fait plus de dix ans que je dessine chez l’éditeur Bonelli, dont une série assez réputée, Brendon. Il s’agit d’une fantaisie post-apocalyptique, très Mad Max. Je pouvais ainsi jouer sur de grands décors de villes détruites et sur des constructions mécaniques. Mais j’ai également travaillé pour d’autres éditeurs, en particulier pour la série l’Intrepido.

Est-ce votre dessin qui a entraîné Christophe Bec dans cet univers d’héroïc fantasy ?

Se renseignant, il a déjà appris que j’avais une certaine reconnaissance en Italie. Quand il a vu mes planches de Brendon, il a directement accroché à mon style, se focalisant sur mes personnages, leur stature, et les vêtements de fortune qu’ils portaient. Il a surtout vu un essai de deux pages que j’avais réalisé cinq ans auparavant. Alors que l’éditeur français auquel ils étaient destinés les avait refusés à cause de la mise en page, Christophe Bec a bien sûr compris qu’il ne s’agissait pas d’un découpage ‘à la française’, mais a pu discerner les éléments graphiques qu’il recherchait. C’est ainsi qu’il m’a proposé de continuer dans cette voie-là pour faire émerger ce ‘talent’. Bien entendu, nous avons alors réalisé de nouvelles planches d’essai avec une construction plus conforme, et Soleil a directement été conquis.

Dans ces planches, on voit l’importance que vous placez dans les décors, mais les sentiments qui habitent vos personnages sont également primordiaux pour le récit. Y consacrez-vous autant de temps ?

Je me considère comme un dessinateur qui s’épanouit dans les décors, mais comme il y avait pas mal de personnages dans cette aventure, il a fallu que je me creuse la tête pour les différencier et leur donner de l’épaisseur. De par mon expérience italienne (c’est d’ailleurs la règle chez Bonelli), je me suis inspiré de divers acteurs et actrices pour donner une ‘gueule’ à mes personnages. On reconnaîtra entre autres un Vincent Cassel, des personnages d’Highlander, de Gladiator et de la série Shérif, fais-moi peur !(rires).

En dehors des personnages, on ressent deux grands influences : le Seigneur des Anneaux pour certains grands décors et des incursions de métal organique à la Giger …

Je me suis bien sûr inspiré de ces grands noms, mais également de bien d’autres mondes imaginaires, pour pouvoir insuffler ma propre vision. Concernant ce mélange que vous pointez, j’ai d’abord suivi les instructions de Christophe Bec qui désirait ressentir une influence Mecha [[NDLR : Mecha : armure-robot ou cyborg, terme inspiré par la Japanimation et les mangas. cf Wikipedia]et une autre organique. En réfléchissant ensemble, nous sommes tombés d’accord sur ce style, mais bien entendu, Giger reste incontournable dans cette matière.

En tant que dessinateur lui-même, Christophe Bec n’est-il pas trop directif dans le découpage des planches ?

Pour les planches les plus importantes comme certaines de ces double-pages, les instructions de Christophe étaient très précises, pour guider l’esprit du lecteur dans la construction du récit, mais pour d’autres pages, il me laissait plus de liberté pour composer ma planche.

Quels sont alors les atmosphères qui vous plaisent le plus ? Les grands décors ou les scènes intérieures ?

Il y a bien entendu une différence entre une scène que l’on maîtrise et celle qui repousse mes propres limites, qui me fait progresser. Pour les grandes ambiances ténébreuses qui constituent les extérieurs du récit, ce sont des dessins que j’ai déjà pu explorer dans mes autres séries, j’ai donc pu retrouver plus facilement mes marques. Par contre, les pages qui contiennent une succession de cases ont représenté un plus grand défi pour moi et donc m’ont permis d’apprendre beaucoup, car nous n’avons pas l’habitude de travailler ainsi en Italie.

Quelles sont alors les différences majeures entre les façons de travailler italiennes et franco-belges ?

Pour un dessinateur italien, des cases basses et longues, comme on a pu le voir régulièrement dans ce premier tome, sont très compliquées à réaliser, car c’est un schéma de vision dont nous n’avons pas du tout l’habitude.

Quand on regarde les originaux, on découvre encore plus de détails que sur les pages couleurs. Faites-vous tout à la main ?

Oui, il n’y a aucune utilisation d’outil informatique pour le crayonné et l’encrage, Je consacre beaucoup de temps aux détails de mes décors et des costumes de mes personnages pour leur donner l’authenticité nécessaire afin de crédibiliser notre univers.

Cela donnerait envie de publier directement une version noire et blanche de votre album ?

Effectivement, on me fait souvent cette remarque en dédicace, surtout lorsque les lecteurs aperçoivent les originaux. Mon éditeur m’a confié que cela n’était pas à exclure, mais rien n’est encore décidé !

Quand Christophe Bec est arrivé avec ce projet, on sent que cela vous a emballé, mais auriez-vous d’autres aspirations pour un univers bien différent ?

Mon rêve est de partir dans une science-fiction urbaine, à la Blade Runner. Cela fait des années que j’y pense, mais je ne désespère pas. Mais quand j’ai exprimé mon envie de travailler pour la bande dessinée française, c’était déjà pour sortir du découpage classique à la Bonelli. J’avais besoin de passer à autre chose.

On remarque tout de même un afflux notable, mais intéressant, de dessinateurs italiens ?

Les dessinateurs et artistes du monde entier ont un jour envie et besoin d’aller voir ailleurs pour ouvrir leur horizon. Mais la question est également de savoir pourquoi le marché français a ‘besoin’ de dessinateurs italiens ? Pour ma part, je sais que je me retrouve en France et pas au Japon à cause de la perméabilité de goût entre nos deux pays. Je m’aventure donc dans des créneaux qui s’ouvrent devant moi. Mais j’espère que je ne serai pas catalogué comme dessinateur italien ! Je me considère d’ailleurs comme un dessinateur réaliste et assez classique car mes références graphiques impliquent Swolfs qui est belge, ainsi que de nombreux autres français et anglais.

On parle toujours de la rapidité des dessinateurs italiens. Alors, pour quand peut-on attendre le deuxième tome de Ténèbres ?

Mon cas est extrêmement particulier, car j’ai suis passé à deux doigts de la mort, demeurant de longs mois à l’hôpital. Heureusement pour moi, Jean Wacquet et Christophe Bec ont été très patients et, malgré le peu de pages qui étaient déjà réalisées, ils ont attendu que je revienne à une meilleure santé. C’est pour cela que cet album a pris trois ans et demi pour se réaliser, mais je vous rassure, je suis guéri, et le deuxième tome de cette trilogie suivra rapidement en 2010. Je suis rapide, car une grande double-planche me prend quatre jours, mais je désire également être méticuleux. Bien sûr, je continue ma série Brendon chez Bonelli.

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre article sur l’album Ténèbres
Visiter le blog de Camilla Patruno pour suivre les informations de ces auteurs italiens.

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