Il était une fois dans l’Est - Par J. Birmant et C. Oubrerie - Dargaud

31 décembre 2015 9 commentaires
  • Le récit compliqué de la rencontre d’Isadora Duncan, une grande danseuse américaine, et de Sergueï Essénine, un poète russe génial, dans l’URSS et l’Amérique des années 1920.

Différents récits se croisent dans cet album. En 1923, Sergueï Essénine, le Rimbaud russe, revient en URSS, et la presse se moque du voyage qu’il a entrepris avec sa femme, Isadora Duncan, la plus grande danseuse de sa génération, en Amérique. Il est devenu une loque imbibée d’alcool. On nous présente également la jeunesse de la danseuse, sa première visite à Moscou peu de temps après la révolution soviétique, les débuts du poète. Les auteurs ont, semble-t-il, voulu nous montrer la rencontre de ces deux génies, transcrire en bande dessinée la démesure de leurs talents et de leurs vies.
Il était une fois dans l'Est - Par J. Birmant et C. Oubrerie - Dargaud
L’ensemble se veut extrêmement cinématographique, du titre, allusion évidente au film de Sergio Leone, à la couverture de l’album, qui se présente comme une affiche de cinéma, avec Dargaud en producteur, et les deux héros de l’album (I. Duncan et S. Essénine) en têtes d’affiche. Les auteurs jouent avec ces références en figurant des cartouches ressemblant à des indications d’un script pour le septième art (« Plan large de la place de la Loubianka. Des gens, des tramways, de l’agitation. Et parmi eux, un jeune homme tiré à quatre épingles, vêtu d’un costume européen du plus grand chic, taillé sur mesure, guêtres comprises. Le jeune type, le visage étrangement bouffi, mais la démarche souple et musclée d’un bagarreur, s’approche d’un gamin qui vend des journaux »), tandis que l’image vient illustrer de manière redondante ce texte, à l’image de ce que l’on pouvait également trouver dans la bande dessinée franco-belge des années 1950.

Le procédé est intéressant, mais on n’en voit pas bien l’utilité. Il y a clairement une recherche narrative, avec des effets de mise en abyme de personnages racontant ce qu’ils ont dit aux journaux à une personne lisant l’article relatant ces propos, avec une imbrication de récits, une succession de flash-back, un enchâssement d’intrigues, une chronologie détricotée.

On aimerait crier au génie. On doit avouer ne pas avoir tout compris et surtout pas l’intérêt. Le tout ferait peut-être un bon scénario de cinéma (et encore…), et fait en tout cas un objet d’étude intéressant pour les théoriciens de la BD, qui se régaleront de l’imbrication de références poétiques, picturales, cinématographiques et bédéphiles. Mais pour le lecteur lambda, c’est la déception qui dominera. Le récit est scandé par les poésies grandiloquentes d’Essénine et donne à l’album un ton justement… grandiloquent. N’est pas Rimbaud qui veut.

Et quand la narration devient plus simple et construite, dans la deuxième partie de l’album, on n’arrive pas à s’intéresser à cette histoire (pourtant inspirée de faits réels) de danseuse extravagante, pas plus qu’à celle de ce poète faussement génial. Le travail en couleurs directes de Clément Oubrerie est assez élégant, crée une vraie ambiance, mais « aplatit » un peu le tout, en amenuisant la profondeur de champ, en empêchant de distinguer clairement avant et arrière-plan.

Julie Birmant et Clément Oubrerie ont réussi à livrer le meilleur d’eux-mêmes dans leur série Pablo. Ils n’ont ici clairement pas su transformer l’essai.

(par Tristan MARTINE)

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9 Messages :
  • Que c’est moche comme dessin !
    On publie vraiment n’importe quoi aujourd’hui...
    Un bel exemple que la La BD est un art qui se meurt.

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    • Répondu par Sergio Salma le 1er janvier 2016 à  12:43 :

      Un art qui se meurt ?! Mais non il est mort ! Vous ne vous souvenez pas ?! La même année que toutes vos illusions. C’est vrai vous êtes si vieux. Mais heureusement vous chantez encore : " la la BD , la la laaa "

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      • Répondu par Liaan le 1er janvier 2016 à  21:14 :

        Quel snobisme dans cette réponse.

        Il ne faut pas qu’on s’amuse de trop à vouloir critiquer.
        Oui, ce n’est vraiment pas de la BD de qualité.
        C’est de la peinture qui singe la bande dessinée.
        Tout le monde n’est pas Marcelé.
        Et là, on a que du piètre dessin !
        Et que vivent encore les "vieux" râleurs.
        Bonne année 2016, quand même.

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        • Répondu le 1er janvier 2016 à  23:34 :

          J’apprécie ce petit commentaire. Merci donc pour ce soutien. Même dans le monde de la BD on dirait qu’il faut faire du politiquement correct. On n’ose plus dire quand un dessin est moche. A critiquer, on ne serait qu’un "vieux râleurs frustré" etc. etc. Mais il y a en effet une autre façon de voir les choses : quand on aime la BD on en vient à regretter que tout et n’importe quoi soit publié car on tire ainsi le 9ème art vers le bas. On n’encourage pas les auteurs à se donner du mal, à respecter les codes du dessin en B.D. Savoir dessiner ce n’est pas savoir faire de la B.D. et là ce n’est même pas savoir dessiner. Je crois que ma fille de 9 ans dessine tout aussi bien ! Donc oui, c’est moche, c’est du dessin d’illustration, pas de la B.D. et ça flingue le 9ème art !

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    • Répondu par pancev le 2 janvier 2016 à  10:07 :

      En plus il suffit de voir les déclarations de ce Oubrerie, sa détestation pour la BD classique bien réalisée, avec des bases de dessin classique solides (tout ce qu’il n’a pas lui, par manque de talent, de courage et d’investissement dans son travail) pour réaliser qu’en plus la modestie n’est pas son fort (comme le dessin somme toute).

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      • Répondu par Pirlouit le 2 janvier 2016 à  20:56 :

        Où avez vous vu qu’il détestait la BD classique ? Sources, svp ?

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  • Il y a une différence entre dire " je n’aime pas du tout ce livre, ces auteurs, ces albums" et dire " parce que cet album est publié, c’est la preuve que toute la bande dessinée du monde est en train de mourir. " Je voulais juste signaler l’énormité de la sentence.

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    • Répondu par kyle william le 3 janvier 2016 à  16:04 :

      OUI, la BD ne se meurt pas mais c’est fascinant de voir que les débats qui l’agitent sont encore les mêmes que ceux du début du 20é siècle et de l’irruption de l’art moderne…
      d’un côté, les défenseurs du beau dessin académique, de l’autre ceux de l’avant-garde autoproclamée… c’est ne pas voir qu’il y a du réussi et du raté dans les deux mondes…
      pour ma part, dans les images d’Oubrerie ci dessus, je vois du bon et du moins bon…comme souvent quand on extrait quelque chose, mais il faudrait lire le livre.
      quant à l’anecdote sur la nièce de 9 ans qui fait mieux… citons plutôt Goossens : "je déteste Picasso. Mon neveu fait exactement pareil. Et je déteste mon neveu"

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      • Répondu par Liaan le 3 janvier 2016 à  21:08 :

        Oui, mais au moins ça bouge.
        On ne va rester comme ça, oui-oui-bêlant devant ce que l’on propose. Le fait que certains détestent une "bande dessinée" permet à cette bande dessinée d’exister, même si elle est médiocre. Et palsambleu, que celle "vantée" ici est indigente.
        Saperlipopette !
        Quant à lire cette histoire, le dessin en est trop repoussant.

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