Ils l’ont dit en 2009 : Les interviews d’ActuaBD 1/4

5 janvier 2010 0 commentaire
  • C’est devenu une tradition : Chaque début d’année, nous réalisons un florilège en quatre parties de propos intéressants, étonnants, décalés ou interpelant des quelques 200 auteurs ou personnalités qui se sont exprimés dans près de 160 interviews et 300 articles d’actualités (et autres brèves) dans l'année écoulée. Voici donc la première sélection des propos tenus sur ActuaBD.com de 2009.

Patrick Abry (Fondateur et directeur de Xiao Pan, à propos du marché de la BD sur le téléphone portable ) : « Avec le mobile, on peut revenir aux concepts du grand strip ou des histoires courtes. Tant qu’on n’a pas un peu testé le marché et tant que tous les opérateurs ne sont pas entrés dans la danse, ce n’est pas la peine de venir avec des produits créés spécialement. »

Michel Aroutcheff (modéliste para-BD) : « Avec la rupture avec Moulinsart, puis celle avec Dupuis, depuis quelques années, travailler dans le domaine de la bande dessinée ne correspond qu’à des emmerdes. C’est pour ça que j’ai envie de sortir aujourd’hui de la bande dessinée et ne faire plus que de beaux objets sur le thème du véhicule sans lien avec le neuvième art. »

Ils l'ont dit en 2009 : Les interviews d'ActuaBD 1/4
Vincent Bernière
(c) DR.

Vincent Bernière (Directeur de la collection Outsider et initiateur de Erotix chez Delcourt) : « Une scène d’amour peut-être considérée comme porno ou érotique d’une personne à l’autre. La notion de vulgarité est essentielle. Et en bande dessinée, la vulgarité est un dessin moche ou un scénario nul. Au cinéma, est considéré comme érotique un film où le coït, le sexe en érection, ne sont pas représentés, ou alors c’est du porno. »

Christophe Bertschy (Scénariste, dessinateur - Nelson, Dupuis) : « Le gag de trop, je l’ai peut-être fait il y a deux mois ! Je réalise un gag par jour. Il y a forcément des gags qui sont moins bons. Je les laisse dans les livres car j’ai remarqué que ceux pour lesquels je ne suis pas le plus fier, plaisent parfois à certains lecteurs. »

Guillaume Bianco
(c) DR.

Guillaume Bianco (Scénariste, dessinateur - Billy Brouillard, Soleil) : « Nous sommes tous des enfants ! On a beau avoir des moustaches et jouer à l’adulte sérieux, nous avons toujours peur du noir. Nous sommes tous contents d’avoir une jolie maman qui nous rassure en nous racontant des histoires, on aime tous rigoler et faire des bêtises ! L’enfant est donc une métaphore absolue. »

Matthieu Bonhomme (Scénariste, dessinateur – Estéban, Dupuis) : « Au fil des générations, la perception de la BD a beaucoup bougé. Au départ on ne l’envisageait que pour les enfants. Ensuite, à partir des années 1960 ou 1970, on a vu que la BD pouvait également développer un langage spécifique aux adultes. Le résultat pervers a fait qu’on a créé de petites cases étroites : d’un côté l’adulte ambitieux et de l’autre la jeunesse avec des gags en une planche. Moi j’avais envie de retrouver le côté exaltant et ambitieux d’un long récit, comme dans les Lucky Luke de mon enfance. Je n’ai pas envie d’être enfermé dans une catégorie. Je fais en sorte que mes histoires soient tant pour les enfants que pour les adultes. »

François Boucq (Dessinateur - Bouncer, Les Humanoides Associés) : « le scénariste doit pouvoir abandonner son récit au dessinateur, car ce dernier doit la raconter comme il l’a ressentie, et pas comme le scénariste l’a écrite, ceci pour autant que le dessinateur ait perçu un point de vue narratif sinon, ce n’est que de la restitution »

Hélène Bruller (Scénariste, dessinatrice - Love, Drugstore) : «  Rire c’est vital ! Se moquer, c’est rire du malheur. La moquerie est toujours un peu ironique et dénuée de sentiment. Or, dans le rire, il y a des sentiments. La peau de banane, c’est du gag, on a tous un moment où on est ridicules. Plaisanter sur les moments qui me sont difficiles, c’est une façon de refiler mon angoisse, un peu le syndrome de la patate chaude. »

Hélène Bruller
(c) Didier Pasamonik.

Brüno (Dessinateur - Commando colonial, Dargaud) : « J’ai découvert tardivement les auteurs de la nouvelle bande dessinée, comme Blain, Blutch ou Sfar. J’ai également découvert sur le tard le travail d’Yves Chaland. Ce fut une claque ! J’ai regretté, à l’époque, d’avoir considéré longtemps le travail de cet auteur comme une sorte de « BD à la papa ». »

Jean-Claude Carrière (Scénariste, écrivain - Le Ciel au dessus du Louvre, Futuropolis) : « Il est d’usage de comparer le découpage de la bande dessinée à celui du cinéma. En dix minutes, on se rend compte que ça n’a pas grand-chose à voir. L’espace et le temps, qui sont les deux éléments avec lesquels on joue, sont très différents dans une bande dessinée par rapport au cinéma. Naturellement, cette découverte d’un nouveau langage m’a beaucoup intéressé et a amené une foule de questions : jusqu’où peut-on aller dans l’ellipse ? Comment orienter les regards ? Pourquoi dessiner une scène depuis le plafond ? »

Raoul Cauvin (Scénariste - Cédric, Dupuis) : « J’éprouve une nécessité d’être en contact avec les autres. Quand je vais chez Dupuis, je fais le café pour l’équipe. En servant le café à l’un ou l’autre, on discute. J’ai besoin d’entendre les autres me parler de leur vie, de leurs moments heureux ou tristes. Quand je vois quelqu’un qui a un pansement, je vais lui parler. Je dois savoir ce qui s’est passé ! Cela m’inspire… »

Benoît Cerexhe (Politicien belge (CDH), ministre du Gouvernement bruxellois) : « Je ne désespère d’attirer à Bruxelles, pourquoi pas dans un immeuble qui aurait la forme de la fusée d’Objectif Lune, le Musée Tintin que n’est pas le Musée Hergé de Louvain-la-Neuve.  »

Florence Cestac & Jean Teulé
(c) Nicolas Anspach

Florence Cestac (Dessinatrice, scénariste) : « Jean [Teulé, le scénariste de Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps] a le don pour parler de personnages assez forts, comme Verlaine et Villon. Charlie Schlingo est dans la même lignée. C’est le François Villon des temps modernes. »

Michael Chabon (Auteur - Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay, Robert Lafont - Gagnant du prix Pulitzer en 2001) : « On a reçu un coup de fil de Associated Press [annonçant le Prix Pulitzer]. C’est ma femme qui a répondu au téléphone. Elle était enceinte de huit mois. J’étais dans le jardin, hors de la maison. J’ai soudain entendu des cris terribles. Je pensais qu’elle allait accoucher. Et non, c’était un cri de joie. »

Jérôme Charyn & Frédéric Rébéna
(c) Didier Pasamonik

Jérôme Charyn (Romancier et Scénariste - Marylin la dingue, Denoël Graphic) : « On doit dans les trois cas, bande dessinée, cinéma, roman, procéder à un découpage très strict, parfois sauvage. La grande différence entre le roman et la bande dessinée, c’est le dessinateur, en fait, c’est lui qui concrétise le script. Quand je suis romancier, je suis à la fois le scénariste et le dessinateur. »

André Chéret (Dessinateur - Rahan, éditions Lécureux), parlant de la longévité du personnage) : « Rahan est né en 1968, à l’époque du retour à la nature et du changement de mentalité découlant des évènements du mois de mai ! Et puis, la préhistoire, on en parle tous les jours dans la presse ou dans les médias… Roger Lécureux, à l’époque, s’est engagé à écrire une dizaine de récits. Quarante ans plus tard, la série est toujours là. Rahan a encore de nombreuses découvertes à faire... »

Jean-Luc Cornette (Scénariste - Arthur et Janet, Drugstore) : L’angle [du livre] était simple : parler d’un couple. Habituellement, dans les bandes dessinées de « cul », on retrouve souvent une héroïne seule. Elle est soit sadique (et dominatrice), soit soumise. Nous souhaitions partager un certain respect pour les femmes et donc, nous n’avions ni envie de les représenter avec des cravaches, ni se faisant violer ! »

Paolo Cossi (Scénariste, dessinateur - Medz Yeghern : Le grand mal, Dargaud) :« Cela a été pénible de regarder les images sur le génocide arménien et de relire les témoignages. Mais il fallait passer par cette étape pour mieux retranscrire l’horreur de ces évènements. Un génocide est un drame humain, pas une histoire que l’on raconte aux enfants méchants. C’est l’horreur même, et il fallait la montrer. »

Crisse
(c) CL Detournay

Crisse (Scénariste, dessinateur - Kookaburra, Soleil) : « Je voudrais réaliser tout le scénario et les croquis préparatoires de mes séries, puis donner le dessin et les couleurs à d’autres. Il y a des dessinateurs qui savent dessiner comme moi et d’autres qui le font encore mieux que moi ! Mais s’il n’y a pas de réelles nouveautés depuis deux-trois ans, c’est parce que je travaille à mettre un studio sur pied, à former des jeunes. »

Jean-Yves Delitte (Scénariste, dessinateur - Black Crow, Glénat) : « Je rêve une histoire et puis j’envisage le sexe des personnages. Non pas le contraire. Glisser une femme dans le décor pour satisfaire je-ne-sais-trop-bien-quoi-ou-qui est ridicule. Un personnage doit avoir sa raison d’être, afin de le rendre crédible. »

Renaud Dilliès
(c) Nicolas Anspach

Renaud Dilliès (Scénariste, dessinateur - Bulles & Nacelle, Dargaud) : « La pratique de la musique m’a appris à être rigoureux. La musique est une forme de « mathématique » et elle m’a apporté quelque chose dans la manière de penser une image, une case. Cela peut paraître étonnant de dire cela. »

Tanguy Dohollau (Scénariste, dessinateur - Pas à pas, Des Ronds dans l’O) : « Je constate avec effarement ce qui se passe pour les livres dans le circuit de la distribution, qui fait penser à L’apprenti sorcier de Goethe. La vie d’un livre dans une librairie est de plus en plus courte. Les libraires ont à peine le temps de découvrir un nouveau livre et de vouloir en parler à leurs clients qu’il faut déjà qu’ils le retournent ! »

Xavier Dorison (Scénariste - Les Sentinelles, Robert Laffont) : « Si je prends les deux maîtres qui sont Alan Moore et Stan Lee, j’essaierais plus de regarder le travail d’Alan Moore, même si j’adore les deux. On est Européens, donc on est dans une approche beaucoup plus nuancée, beaucoup plus dans le doute. Pour un même sujet, les super-héros, il est intéressant de voir que des auteurs de différents pays ont une approche différente. »

Pierre Dubois (Scénariste - La légende du Changeling, Le Lombard) : « Les enfants ont besoin que nous leur racontions les contes qu’ont hérité leurs aînés de génération en génération. La télévision a provoqué une cassure et les grands-parents n’ont plus transmis cette culture populaire venant du terroir. Même les religions monothéistes appauvrissent notre imaginaire de tous ces petits dieux qui nous environnaient. »

Cécile Duflot
(c) Didier Pasamonik

Cécile Duflot (Politicienne Française, Secrétaire nationale des Verts) : « Yves Frémion a toujours milité pour la défense du livre et celle de la BD en particulier. Le Prix Tournesol qu’il a créé envisage la politique de manière à ce qu’elle ne se réserve pas à certains secteurs. Il faut nous montrer capable de mettre en œuvre une politique qui intègre la dimension culturelle fortement. »

Benjamin-Samuel Ewenczyk (Fondateur de DiGiBiDi) : « Il y a du piratage dans le domaine de la bande dessinée. La bande dessinée fait partie des contenus que les gens sont prêts à lire sur leur ordinateur. ».

(par Nicolas Anspach)

(par Nicolas Depraeter)

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Lire également :
Ils l’ont dit en 2008 : Les interviews d’ActuaBD :
- Première Partie
- Deuxième Partie
- Troisième Partie
- Quatrième Partie

Ils l’ont dit en 2007 : Les interviews d’ActuaBD

Propos recueillis par Nicolas Anspach, François Boudet, Laurent Boileau, Charles-Louis Detournay, Morgan Di Salvia, Thierry Lemaire, Didier Pasamonik et Olivier Wurlod - Les extraits présentés sont leur propriété respective.

En médailon : Raoul Cauvin (c) Nicolas Anspach

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