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Ils l’ont dit en 2009 : Les interviews d’ActuaBD 3/4

Par Nicolas Anspach Nicolas Depraeter le 7 janvier 2010                      Lien  
Troisième partie de notre sélection des phrases les plus intéressantes ou étonnantes des personnalités interviewées dans nos pages en 2009. Ceux-ci nous parlent entre autre de la BD numérique, de la condition d’artiste, de l'écologie, de leur passion pour leur métier ou encore de thématiques plus sociétales…

Charles Masson (Scénariste, dessinateur - Droit du sol, Casterman) :« Vous savez, c’est compliqué de faire un livre. Par moment, on n’y croit plus. Plus cela dure, plus c’est rude ! Le début est excitant, puis passé les deux tiers, cela devient difficile.  »

Marie Moinard (Éditrice - En chemin elle rencontre, Des Ronds dans l’O) : « Le thème de la violence faite aux femmes est une trop grosse prise de risque pour les éditeurs . C’est un sujet politique. Une autre raison [Pour laquelle les éditeurs ne s’y intéressent pas] est évidemment l’indifférence. Éventuellement, la crainte d’un échec commercial en relation directe avec la deuxième supposition.. »

Fanny Montgermont (Dessinatrice - Quelques jours ensemble, Dupuis) : « Nous sommes très fiers d’avoir publié une histoire touchante, peu commune, mettant en scène des personnages que nous ne reverrons pas de sitôt. Nous avons, semble-t-il, réussi à toucher les lecteurs sans sombrer dans le pathos. La progéria est un sujet lourd, mais nous l’avons traité de façon légère. »

Ils l'ont dit en 2009 : Les interviews d'ActuaBD 3/4
Benoît Mouchart
(c) Didier Pasamonik

Benoît Mouchart (Directeur Artistique du Festival International de la BD d’Angoulême) : « J’affirme que Non Non Bâ [NDLR : Prix du meilleur album à Angoulême en 2007] n’est pas une bande dessinée élitiste. Elle peut être mise dans toutes les mains. Le livre n’est pas plus [élitiste] que La Guerre des boutons. »

Emmanuel Moynot (Scénariste, dessinateur - L’heure la plus sombre, Futuropolis) : « J’ai tendance à construire mes récits à partir d’un univers très sombre, proche du récit noir. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre de L’Heure la plus sombre, j’essaie de me rapprocher de la littérature blanche, et donc de me dégager des passages obligés du récit noir. Il n’y a aucun mort dans cette histoire, et même très peu de violence physique. »

Clément Ouberie
(c) Didier Pasamonik

Clément Oubrerie (Dessinateur, producteur - Aya de Yopougon, Gallimard) : « Là où je rejoins totalement Joann Sfar, c’est que le dessin n’est pas un art mort, qui consiste à reproduire de manière fastidieuse un élément en cherchant la plus grande ressemblance possible. Nous, on considère que le dessin est vivant, et quand on dessine une case de BD, on la dessine comme si on avait les modèles devant nous – or, forcément, un dessin n’est jamais parfait, c’est juste une vision de la réalité. »

Cyril Pedrosa (Dessinateur - Auto-Bio, Fluide Glacial) : « J’essaie de pointer, quelles que soient nos opinions, des problèmes auxquels on est tous confrontés par rapport à l’écologie. Il y a du conflit entre mes positions et ma vie quotidienne : ça donne des situations humoristiques.  »

Cyril Pedrosa
(c) Morgan Di Salvia

Patrice Pellerin (Scénariste, dessinateur - L’Epervier, Quadrants) : « On peut trouver bizarre de se casser la tête sur un détail que personne ne va voir. Mais, en réalité, je travaille toujours pour une seule personne, celle qui connait le mieux la période et le lieu décrits. Cela permet de hausser mon degré d’exigence.  ».

Aude Picault (Scénariste, dessinatrice - Transat, Delcourt) : « À partir du moment où vous commencez à raconter une histoire, vous êtes déjà dans la fiction. Ensuite vient une quête de style, de clarté, de technique, donc de professionnalisme. Si cette quête n’intervient pas, on reste dans l’amateur, et au bout d’un moment ça devient répétitif, plat, ennuyeux pour le lecteur, mais pas forcément pour l’auteur, qui se voit en progression. »

Charles Picqué (Politicien Belge (PS), Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale) : « Un des grands constats positifs de Bruxelles BD 2009 est d’avoir pu trouver toutes ces potentialités. Mais il ne faut pas rêver, la BD belge n’est plus ce qu’elle a été. Je pense entre autres aux grandes maisons d’éditions qui ne sont plus belges. ».

François Pincemi (Alias Oncle François) (Lecteur assidu d’actuabd) : « Personnellement, je trouve qu’un livre qui se vend à moins de deux mille exemplaires ne rencontre pas son public. À partir de 50.000 exemplaires, on a une réussite incontestable, de quoi susciter la jalousie de bien des aigris, amers et teigneux. »

Joe G. Pinelli
(c) Nicolas Anspach

Joe G. Pinelli (Dessinateur - Trouille, Casterman) : « Je suis un transmetteur. Je vois, je dessine ! […] Dessiner est une nécessité profonde, que je ne peux expliquer. Je ne produis pas pour produire, mais par un besoin vital.  »

Christelle Pissavy-Yvernault (Journaliste BD, Biographe - Yvan Delporte, réacteur en chef, Dupuis) : « Plus nous avancions dans ce livre, plus nous étions partagés entre nous dire « quel type incroyable ! » et « quel sale type ! ». Au final, il en reste que c’est un type qui était incroyable parce qu’il était contrasté, parce qu’il était capable d’être odieux. »

David Polonski
(c) Didier Pasamonik

Thierry Play (Directeur général des éditions Tabou) On pense que la jeunesse doit être protégée davantage de la sexualité que de la violence. De ce fait, les jeux vidéo, les films et la télévision, la littérature et la BD banalisent la violence et la mort… Mais sans sexe… en tout cas visible. Ça me paraît grave pour une société de dire que "faire l’amour" est pire que de frapper quelqu’un, pire que de tuer. Néanmoins, ne dramatisons pas : on ne voit pas d’ados qui tuent leur copain à coups de couteau parce que dans telles BD d’Heroic Fantasy tout le monde le fait. Pareillement, pourquoi un adolescent qui lirait une BD érotique irait se jeter sur ses camarades ou sur son cochon d’Inde. ?  »

David Polonski (Dessinateur - Valse avec Bachir, Casterman) : (À propos du film éponyme, dont il était le directeur artistique) « C’était important de faire ce film pour la société israélienne elle-même. Le massacre de Sabra et Chatila joue un rôle historique : c’est le moment où les Palestiniens quittent le rôle de terroriste qui leur était assigné depuis les Jeux olympiques de Munich pour endosser celui de victime dans l’opinion mondiale. Israël quitte, quant à lu,i le rôle de la victime pour devenir l’agresseur. C’est une des portées symboliques du film.  »

(par Nicolas Anspach)

(par Nicolas Depraeter)

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- Deuxième Partie

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- Première Partie
- Deuxième Partie
- Troisième Partie
- Quatrième Partie

Ils l’ont dit en 2007 : Les interviews d’ActuaBD

Propos recueillis par Nicolas Anspach, Laurent Boileau, François Boudet, Charles-Louis Detournay, Xavier Mouton-Dubosc, Morgan Di Salvia, Didier Pasamonik - Les extraits présentés sont leur propriété respective.

En médaillon : Patrice Pellerin (c) C.L Detournay

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5 Messages :
  • François Pincemi (Alias Oncle François) (Lecteur assidu d’actuabd) : « Personnellement, je trouve qu’un livre qui se vend à moins de deux mille exemplaires ne rencontre pas son public.

    Mince alors ! Mon bouquin qui sort aujourd’hui a été imprimé et diffusé à moins de deux mille exemplaires, je n’ai aucune chance de "rencontrer mon public" dixit le grand penseur...

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    • Répondu par Oncle François le 7 janvier 2010 à  21:58 :

      Avant d’écrire un livre (quel titre ? vous etes trop modeste, vous avez oublié de le citer, ainsi que son éditeur), il serait peut-être bon d’apprendre à lire. Je n’ai jamais dit que l’auteur d’un livre tiré à 2000 exemplaires (tirage au demeurant d’un bon fanzine du XXème siècle du style Hop, Haga, Bande à part, Bédésup, Sapristi,SWOF) ne rencontrait pas son public. Cordialement.

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      • Répondu par LC le 7 janvier 2010 à  22:52 :

        Ne vous faites pas plus bête que vous n’êtes (vous l’êtes déja largement assez), tous les livres n’ont pas vocation à se vendre à 50 000 exemplaires si c’est là que vous placez la "réussite incontestable"(95% des auteurs de BD sont des ratés sur ce critère stupide). Certains auteurs (et fort heureusement certains éditeurs) font les livres qu’ils croient devoir faire, pas sur des critères commerciaux, mais sur l’envie, le désir, l’inspiration, le coup de tête ou le coup de coeur, et si ce livre est partagé avec cinq cents, mille ou deux mille lecteurs, il rencontre son public.
        Quand je fais un concert dans une salle de cent personnes, mes chansons n’ont pas moins de valeur que si je les chantais à Bercy. À votre âge vous en êtes encore à confondre quantité et qualité... toute une éducation à refaire.

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        • Répondu le 8 janvier 2010 à  07:01 :

          Mais faut pas en vouloir à Oncle François. Il est resté coincé dans le XXème siècle. Pour lui, c’est le hit qui compte. Toute l’économie culturelle de la seconde moitié du siècle dernier était fondée sur le hit, le premier au hit parade, le film, la BD, la chanson qui fédérait le plus de succès. Avec le net, la TV et différentes évolutions technologiques cette mentalité à changé, aujourd’hui c’est plutôt la politique de la niche, du truc ciblé, plus individualisé. La fierté, c’est d’avoir le truc introuvable. Suffit de voir ce qui fait le succès de ITunes pour comprendre le changement radical de mentalité. Nous n’avons plus qu’une ou deux chaînes de TV, nous en avons des centaines. Nous n’avons plus quelques dizaines de BD par an mais des milliers. Alors, c’est sûr, vu l’abondance, il est très difficile de fédérer les masses autour d’un seul film, d’une seule chanson, d’un seul livre. Et ça se sent sur les tirages. Il y a toujours quelques locomotives, souvent de vielles locomotives auxquelles on attache de nouveaux wagons. Mais de nouvelles locomotives, c’est plus dur à faire émerger. Les tirages de 50 000 et au-delà ont été remplacés par des tirages plus modestes, plus limités. On est dans une époque de l’industrie où le tirage limité est devenu possible et techniquement et commercialement...

          Oncle François est nostalgique et voudrait que les modes de consommation d’aujourd’hui demeurent ceux d’hier. Il n’a pas bien analysé cette évolution. Mais il devrait, pour comprendre pourquoi on ne peut plus dessiner et raconter de la même manière.

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      • Répondu par Alex le 7 janvier 2010 à  23:22 :

        Drôle de sélection de "bons" fanzines, toutefois bien en accord avec vos goûts -bien légitimes.Est-ce que Hop et Haga (ou Haga-Sup [Bedesup+ Haga]) parlaient de Moebius à l’époque ? D’accord, remettons cela en perspective : ils transmettaient un héritage, une mémoire... mais c’était pas trop éloigné de la vision généraliste de la bd de l’époque (Tintin, Astérix et les grands ancêtres- avec un peu de bol les ancêtres). Pendant ce temps, des fanzines bien plus novateurs foutaient la merde : STP, Le Havane Primesautier,Activité Sexuelle Normale (cad Bazooka), Le café au lait du Dimanche matin... Vous êtes vraiment très carré dans votre vision de la bd Mr Pincemi, n’est ce pas ?

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