"Inguinis" : la Rome d’Auguste, face Tabou

19 juillet 2020 0 commentaire
  • Les Éditions Tabou ne se contentent plus de livrer des albums uniquement érotiques. Dans ce cas-ci, l'éditeur propose un récit historico-policier au cœur de Rome... sans omettre l'évocation des orgies et des mœurs libérées des Romains, bien entendu !

"Inguinis" : la Rome d'Auguste, face TabouRome, -27 av JC, début du règne du premier empereur, Auguste. Artémis, jeune sculptrice qui fréquente les orgies du Dominus Claudius, vient d’hériter de l’atelier de son père Nicomède. En effet, ce sculpteur grec a été assassiné alors qu’il venait d’obtenir une importante commande du consul Agrippa pour le Panthéon de Rome qu’il fait construire.

Avec les meurtres d’autres sculpteurs, la belle Artémis récupère la commande de son père, mais s’inquiète également des événements qui s’accélèrent autour d’elle. Elle reste l’une des dernières sculptrices indépendantes excepté ceux du Dominus Claudius.

Elle sent d’ailleurs qu’on cherche à la discréditer, car son atelier est mis à sac et la statue promise à Agrippa a été brisée. Aura-t-elle le temps de la recommencer, alors qu’elle doit également honorer une énorme commande d’amphores pour un riche et illustre inconnu ? Dans les bras de son modèle et amant Sextus, l’ancien gladiateur devenu assassin, Artémis tente de comprendre à qui profite le crime.

Sextus est le modèle préféré d’Artémis. Mais les jeunes gens tentent tous deux ne pas écouter leurs sentiments qui leur crient d’aller plus loin !

Il fut un temps où la plupart des bandes dessinées érotiques ne tenaient que grâce à une intrigue aussi ténue qu’un string. Or depuis quelques années, on se rend compte qu’il y a également de la place pour un autre registre : de vrais récits sociaux, des drames, des enquêtes ou des intrigues historiques qui parviennent à mêler un fond véritable à un propos sexué.

Parmi les auteurs capables d’écrire ces récits sans tomber dans le ridicule, nous avons déjà parlé de Katia Even, avec entre autres le diptyque romantique de La Déesse paru chez le même éditeur. Elle s’essaye ici à un autre registre, en s’intéressant aux coulisses de la société romaine, au début de l’Empire.

Pour guider le lecteur, les auteurs ont tenu à reproduire le Panthéon tel qu’on le voit actuellement, même s’il est bien éloigné de celui que fit construire Agrippa en -27 av. JC

La première partie du diptyque Inguinis semble apparemment assez léger : en réalité, les auteurs posent les bases des interactions entre les personnages principaux. Et si l’on se passionne pour cette plongée dans les mœurs et coutumes romaines, particulièrement ses orgies et la propension aux assassinats alors que Rome tente péniblement de sortir d’une période de guerre civile, on admire également les superbes planches en couleurs réalisées par Nicolas Guenet, qui donne autant de détails aux décors qu’aux corps qui s’enlacent et de délassent.

Il faut pourtant attendre le second tome de ce diptyque pour percevoir toute la solidité de l’intrigue. Naturellement, le récit reste sexué, mais en même temps vraisemblable. Loin de céder à la facilité, Katia Even épaissit d’un coup son récit, le faisant passer de porno-policier à un complot politique où tous les coups bas sont permis.

Si on peut regretter que les deux tomes ne soient pas plus équilibrés (plus d’éléments dans la première partie) et que le rythme s’accélère tellement dans la seconde qu’une relecture n’est pas indispensable, on peut tout de même apprécier l’investissement de Katia Even dans ce diptyque décidément passionnant.

Les orgies du Dominus Claudius : passionnantes, mais parfois un peu sombres

Ce constat vaut également pour le travail de Nicolas Guenet. Sans savoir si tous les éléments rapportés sont réels ou inventés, sa restitution de la société romaine juste avant notre ère est passionnante. Sans compter qu’il réussit aussi bien les scènes sexuelles que "policières". Juste un regret : ses scènes de nuit sont un peu trop sombres. Conséquence d’un effet authentique trop appuyé ?

Bref, un diptyque si réussi que l’on aurait aimé disposer d’un petit cahier didactique complémentaire pour mieux comprendre les ressorts de l’intrigue et démêler le faux du vrai. En effet, un résumé historique aurait donné encore plus de force au récit, rappelant que si Agrippa avait bien fait construire le Panthéon de Rome, celui qui est parvenu jusqu’à nous a été reconstruit par Hadrien en partie sur la base des plans d’Agrippa. Ces précisions auraient encore renforcé la qualité du récit.

Passionnante époque, où l’amour et la mort étaient vécues bien autrement qu’aujourd’hui

Inguinis réussit donc le pari de nous faire vibrer et de nous passionner, un équilibre rarement atteint dans ce type de production. De quoi se réjouir qu’un second diptyque avec d’autres personnages arrive sous peu dans les librairies. Nous vous en reparlerons très prochainement...

(par Charles-Louis Detournay)

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Inguinis, tomes 1 et 2 - par Katia Even & Nicolas Guenet - Tabou Editions.
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De la même scénariste, lire également La Déesse, la série romantico-érotique de Tabou

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