Intégrale Carl Barks T16 - Glénat

21 mars 2015 0 commentaire
  • La suite de l’intégrale Carl Barks regroupant les dernières histoires de Picsou dessinées avant sa retraite en 1966. Un régal.

Ce 16e volume des 24 tomes de l’intégrale Carl Barks, entreprise éditoriale entamée en 2011, couvre la période 1966-1968, durant laquelle l’auteur prit sa retraite, 25 ans après avoir commencé à dessiner Donald. Mais son lien avec ses personnages fut trop fort, et il continua à les peindre, à écrire quelques histoires de Picsou et à dessiner des histoires des Castors Juniors, pour notre plus grand bonheur, à nous, lecteurs comblés par ces belles aventures.

Même si l’on peut critiquer les couleurs, criardes et sans nuance, l’édition est globalement de qualité, avec notamment un bel appareil critique en prélude, traduit de l’italien. Une analyse des différentes versions du lieu de résidence de Picsou nous est ainsi proposée, avec la naissance de Donaldville (Duckburg en version originale) inventée dès 1944 par Carl Barks, qui en fait la capitale du Calisota, État fondé en 1861 au début de la guerre de Sécession. Un autre article analyse la faible place laissée au Far West par Barks, puisqu’à peine une douzaine des 650 histoires qu’il a réalisées se déroulent dans l’univers mythique de la Frontière, conçue comme le dernier paradis selon la logique écologiste naissante de la fin des années 1960.

Intégrale Carl Barks T16 - Glénat
Intégrale Carl Barks T16
(c) Walt Disney Productions / Glénat

Même si, en raison des restrictions imposées par ses éditeurs, Barks ne pouvait pas politiser ouvertement son discours, il revint néanmoins, par touches fines, sur la question douloureuse du rapport entre Blancs et Peaux-Rouges au détour de quelques pages. Au début de chaque histoire, un petit encart contextualise le moment de la rédaction et donne les différentes dates de publication, tant aux États-Unis qu’en France. Bien sûr, l’ensemble est dithyrambique et fait quasiment de Barks le père de la bande dessinée contemporaine, mais s’il faudrait nuancer le propos, il faut également rendre à César ce qui lui appartient !

Intégrale Carl Barks T16
(c) Walt Disney Productions / Glénat

À la fin du volume, un très beau portfolio revient sur les couvertures à l’italienne réalisées par Barks, qui, de son départ en retraite officiel le 30 juin 1966 au 6 mai 1969, continue en réalité non seulement d’écrire quelques scénarios mais aussi de dessiner des couvertures pour Donald Duck et pour Walt Disney’s Comics and Stories. Ces couvertures américaines sont mises en regard des couvertures publiées en Italie et redessinées par Giuseppe Perego, les éditeurs italiens ayant souvent décidé, on se demande bien pour quelle raison, d’écarter les couvertures de Barks…

Intégrale Carl Barks T16
(c) Walt Disney Productions / Glénat

Plusieurs histoires publiées dans ce volume sont donc dessinées par d’autres sur un scénario de Barks, mais l’éditeur a la bonne idée de reproduire plusieurs de ses story-boards, très vifs et intéressants également pour les indications qu’il laissait à ses dessinateurs.

Les différentes analyses reviennent en détail sur l’exégèse de l’œuvre, détaillant le passage de relais de Barks à d’autres dessinateurs à la fin de 1966, notamment à Tony Strobl, à qui fut confié le dessin de l’histoire « Le Roi Picsou 1er », la dernière à avoir été écrite par Barks pour le comic book Uncle Scrooge une semaine avant son départ en retraite.

Mais Glénat a la bonne idée de reproduire également une seconde version de la même histoire, dessinée en 2007 par le néerlandais Daan Jippes pour la presse danoise. Ce dernier a par ailleurs redessiné la totalité des 29 histoires dont Barks n’avait rédigé que les scénarios entre 1967 et 1974.

À partir du même story-board, Strobl et Jippes proposent des interprétations graphiques très différentes, le Néerlandais adoptant un trait onduleux, plus sensuel et ambigu, plus expressif également. Plus globalement, ce volume nous permet de comparer le style de Barks à celui de ses successeurs, ce qui le rend encore plus passionnant !

(par Tristan MARTINE)

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