Intégrales 2021 : Le rire de Fluide Glacial pour affronter 2022 !

  • Et si la meilleure des résolutions à prendre pour cette nouvelle année, était tout simplement de rigoler ? Rire de vous, de nous, de notre société, de nos travers, de ceux qui se distinguent et dans lesquels on retrouve tous un peu de nous. Car avec la pandémie actuelle, rigoler semble le remède souverain contre la morosité ! Et dans ce domaine, Fluide Glacial sort les grosses cartouches pour être certains de vous dérider : "Les Bidochon", l'anthologie d'Edika, "Carmen Cru", "Péchés Mignons" et Goossens. Armez vos zygomatiques !

Depuis que Bamboo a racheté Audie en 2016, l’éditeur a non seulement édité Les Grands Crus de Fluide Glacial, mais il a également parcouru en long et large son catalogue pour publier une série d’intégrales depuis cinq ans.

Cette fin d’année ne fait pas exception à cette nouvelle stratégie, ainsi que nous l’avons détaillé avec l’article concernant l’intégrale de Georges et Louis par Daniel Goossens. Les autres grandes séries d’intégrales initiées récemment ont bien entendu profité de nouveaux recueils. À commencer par l’anthologie d’Edika, une mise en avant que l’on espérait depuis longtemps, car l’auteur est non seulement l’un des grands piliers du mensuel depuis plus de quarante ans, et il déborde surtout de talent sur chacune de ses planches.

Intégrales 2021 : Le rire de Fluide Glacial pour affronter 2022 !

Même si l’on regrette de ne pas profiter d’une véritable intégrale de ce grand auteur, cette anthologie permet déjà de mettre en avant le remarquable humour absurde dont Edika est pratiquement l’un des seuls ambassadeurs en son genre. Surtout que l’alternance entre les récits courts, les dessins et les couvertures du magazine varie le rythme et les genres et rebondit en permanence. L’auteur ne manque jamais de traiter de faire preuve d’autodérision, une subtilité pas toujours en vogue au sein des auteurs français. Heureusement, Edika les rattrape tous !

Une anthologie incontournable, donc, surtout lorsqu’Edika mélange les différents graphismes dans une même histoire, montrant s’il était encore besoin, qu’il est non seulement un immense auteur humoristique, mais également un très grand dessinateur. En se replongeant dans ce travail, poussant l’humour au paroxysme, sur soi-même et sur les autres, on vient à se demander pourquoi ce auteur n’a pas encore reçu un grand prix récompensant son œuvre. La véritable question est de savoir quel festival ou organisation en aura le courage ! S’ils cherchent une bonne résolution pour 2022, la voilà toute trouvée !

Les Bidochon

1979 : première couverture de Fluide Glacial consacrée aux Bidochon.

La seconde intégrale qui rivalise avec la précédente, dans un autre registre, est bien celle des Bidochon. Cette série plus réputée au sein du grand public, déploie autre type dérision. Car son auteur Binet se moque surtout des Français en les caricaturant au travers de ses personnages de Robert et Raymonde. Mais il a le talent d’y glisser des grandes questions de société qui retirent toute gratuité de sa parodie, pour finalement adresser au lecteur des messages bien plus subtils.

Depuis leur apparition en 1979 dans le magazine de Fluide Glacial, Robert et Raymonde n’avaient connu d’autre intégrale qu’un giga-coffret en 2005, rassemblant en neuf petits formats la totalité des dix-huit tomes alors parus. Aussi ne pouvons-nous que continuer à saluer la louable initiative de cette édition, même si elle intervient précisément au moment où Binet passe à la concurrence, chez Dargaud.

Ce recueil prolonge la belle facture des précédents. Tout d’abord avec sa couverture ajourée : le trou de serrure découpé dans la couverture cartonnée donne d’emblée le ton : on va en apprendre davantage sur les petits secrets du couple. En effet, au sein de ces tomes 13 à 16, on entre dans l’intimité des personnages : leur train-train quotidien, leur vie de "vieux mariés" et surtout les questions existentielles qui s’y rapportent, Raymonde au bord de la dépression, la cohabitation avec la maman de Robert, ainsi que les affres d’une société de consommation qui sait comment faire pour compenser les frustrations.

Une fois de plus, ce recueil agrémenté d’un signet ne se limite pas à la compilation des albums. En effet, on y retrouve un dossier complémentaire d’une dizaine de pages, signé par Jérôme Briot. Il revient sur les quelques moments forts de la série, soulignant les techniques graphiques et narratives d’un Binet qui parvient à l’essentiel tout en restant crédible. Bref, on y retrouve tout l’univers si caractéristique des Bidochon, sans oublier les inoubliables pages de dédicaces à la fin de chaque aventure et qui font partie intégrante des albums, marquant le lien authentique entre l’auteur, ses personnages et la vie réelle.

Si l’éditeur maintient son rythme de parution, on attend pour l’été un cinquième recueil qui devrait être le dernier. En effet, Binet est passé chez Dargaud à partir du tome 22 des Bidochon, pour d’ailleurs surtout se concentrer sur le concept d’ Un Jour au musée... On espère que Fluide ne s’arrêtera pas sur sa lancée et continuera à rendre hommage à Binet. Avec pourquoi pas une nouvelle intégrale de Kador qui viendrait s’inscrire dans le même format ?!

Carmen Cru

Aux côtés de Gotlib, Edika et autres Binet, Jean-Marc Lelong avait été l’un des piliers du magazine Fluide Glacial dans les années 1980. Essentiellement avec son savoureux personnage de Carmen Cru. Cette petite vieille qui ne se déplace qu’avec son antique vélo est l’antithèse de la respectable mamie. Médaille d’or de machiavélisme, de l’antipathie et de la méchanceté, cette mémère acariâtre s’impose comme un modèle du genre, tant dans ses paroles acides et assassines, que dans des planches muettes, réalisées avec infiniment de minutie et de patience.

Sept albums avaient rassemblé la majorité de ces histoires acides, avant que Jean-Marc Lelong ne nous quitte en 2004. Audie avait alors repris en 2008 les récits inédits pour publier un huitième et dernier tome. En 2014 et 2015, deux recueils composaient une première intégrale, sans dossier complémentaire. Et voici que vient de paraître récemment la totalité des récits de Carmen Cru, dans d’un imposant volume de 380 pages.

Accompagné d’un signet bien pratique, ce grand format rend pleinement hommage au travail de Jean-Marc Lelong, car ce format plus grand que les albums, permet de profiter pleinement de son trait, aussi rigoureux qu’évocateur. Le dossier revient précisément sur cet extraordinaire graphisme, mais aussi sur quelques inédits, dessins ou recherches, qui parachèvent cette intégrale. L’éditeur y joint toutes les couvertures des albums et des magazines, ainsi qu’une interview de Carmen Cru elle-même... totalement factice bien entendu, mais quelle meilleure façon de rendre hommage à Jean-Marc Lelong qu’en continuant à prêter vie à son personnage ?!

La vie sous la couette

Enfin, changeons totalement de registre et d’époque avec cette cinquième intégrale publiée par Fluide en cette fin d’année, à savoir celle de la talentueuse série créée par Arthur de Pins, à laquelle Maïa Mazaurette est venue prêter main forte pour le scénario à partir du tome 3.

Par le biais de différentes chroniques et d’interviews, nous avons déjà souvent parlé de cet immense succès populaire qu’est Péchés Mignons, décliné par la suite, dans l’esprit ou le graphisme, sans parvenir à égaler l’original. Sans doute parce que son auteur était parvenu à toucher un sujet à la fois sensible et grand public, à savoir les pratiques sexuelles, tout en parvenant à rendre le tout de manière assez érotique et humoristique sans jamais tomber dans l’explicite ou la vulgarité. Puis l’arrivée de Maïa avait donné le coup de pouce nécessaire pour boucler cette aventure en quatre tomes, lui conférant une cohésion finale, permettant à Arthur de Pins de se consacrer à d’autres projets, comme Zombillénium...

Péchés Mignons avait déjà connu une première intégrale en 2013 de 182 pages. Cette nouvelle version parue en octobre dernier reprend cette fois la totalité des quatre tomes, ainsi que les compléments de la précédente intégrale, à savoir un tuto de six pages pour dessiner les femmes à la manière des Péchés Mignons, une interview d’Arthur de Pins réactualisée et des illustrations inédites.

Le véritable complément de cette édition est de rajouter le contenu du petit ouvrage intitulé Anti kamasutra à l’usage des gens normaux réalisé par les deux auteurs et publié par Fluide en 2009. Remaquettée pour l’occasion, quelques rares sujets sont passés à la trappe, comme la publicité, mais l’ensemble reste très fluide -c’est le cas de le dire- car l’éditeur a divisé l’ensemble de ce petit livre en cahier de six pages trouvant place à la fin de chaque album, une bonne manière de rythmer l’ensemble, sans craindre d’overdose.

Le contenu de ce petit ouvrage paru en 2009, a été intégré dans cette intégrale

L’année commence donc sous de bons auspices, qu’il s’agisse de couette ou de franches rigolades ! Excellente année 2022 !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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3 Messages :
  • Péché Mignon est un des pires trucs publiés par Fluide Glacial, le début du déclin de ce qui fut autrefois un excellent journal, déclin qui n’a guère été démenti par la suite. Péché Mignon véhicule une image des femmes et des rapports hommes-femmes digne des de la France années 40, cette vision rance et rétrograde, ravalant les femmes au rang d’objet, étant celle dont Blutch se moquait lui-même 10 ans plus tôt dans son excellente série Blutch dans le même Fluide Glacial. La série Péché Mignon s’est encore aggravée par la suite avec la participation de la scénariste Maia Mazaurette qui défend un « féminisme » qui ne dérangera en rien les défenseurs de l’ordre patriarcal le plus préhistorique. Qu’un journal comme Fluide, créé par l’immense Gotlib, en soit arrivé 30 ans après les Frustrés de Brétecher, à publier une BD aussi réactionnaire sur le thème de la sexualité, en dit long sur le recul des mentalités et la droitisation ambiante au début du XXIE siècle. Rappelons que c’était avant le mouvement Mee Too. Depuis Arthur De Pins a peut-être pris conscience de l’impasse que constituait cette œuvre de jeunesse et a, heureusement pour lui, su évoluer vers autre chose, et avec une certaine réussite.

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    • Répondu par Vraiment ? le 2 janvier à  18:00 :

      à publier une BD aussi réactionnaire sur le thème de la sexualité, en dit long sur le recul des mentalités et la droitisation ambiante au début du XXIE siècle.

      Ou vous n’avez pas lu cette bd, ou vous n’avez aucun humour, ou vous manquez d’intelligence pour le comprendre.

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      • Répondu par kyle william le 3 janvier à  14:30 :

        Je ne sais plus qui était le rédacteur en chef, mais c’est vrai que c’était un peu la honte quand Fluide, le canard de Gotlib et Goossens a commencé à publier Péchés Mignons. Et le pire c’est que ça a bien marché en albums… C’est vrai qu’avant ça, Edika et d’autres faisaient aussi des BD avec des gros seins, mais il y avait toujours une folie et un second degré qui étaient totalement absents chez De Pins. Ce n’est pas vraiment étonnant qu’il ait arrêté de faire de l’humour par la suite.

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