Istrati – Deuxième partie : L’Écrivain – Par Golo – Actes Sud BD

12 janvier 2019 0 commentaire
  • Le « Gorki des Balkans » est maintenant devenu écrivain grâce au soutien du Prix Nobel de littérature Romain Rolland. Un moment intense de sa biographie où il accouche une œuvre dense parfaitement illustrée dans ce roman graphique au sens plein du terme. Un ouvrage qui figure dans la sélection officielle du FIBD cette année.

Nous retrouvons Panaït Istrati au travers du récit qu’en fait son ami Eugène Ionesco. On le découvre marié à une juive activiste politique, élevant dans un premier temps des cochons en Roumanie. Notre vagabond est-il désormais rangé ?

Que nenni. Il plaque sa femme et abandonne sa mère pour aller soigner sa tuberculose dans un sanatorium en Suisse tout en vivant de petits boulots.
Il en profite pour apprendre le français avec un dictionnaire et un exemplaire du Télémaque de Fénelon. Elle deviendra bientôt sa langue d’écriture qu’il continue de parfaire tout en menant une vie de bâtons de chaise. Puis c’est la découverte de Romain Rolland, cette « conscience européenne » comme le qualifiera Stefan Zweig, figure du pacifisme et du socialisme de l’époque. Enthousiasmé par sa lecture, Istrati tente de le contacter, en vain.

De cette passion, il se met à écrire collaborant notamment pour La Feuille, une revue littéraire où il devient manutentionnaire, croisant tous les jours l’illustrateur et graveur Frans Masereel résidant en Suisse à ce moment-là, lui aussi. Mais l’inconstant Roumain est incapable de tenir un boulot plus de quelques semaines. Il rencontre une nouvelle femme, part à Paris où il retrouve son compatriote Eugène Ionesco qu’il tape régulièrement, vu que celui-ci, bottier de son état, a des revenus réguliers. Se trouvant à Nice dans une situation désespérée (Ionesco venait de refuser de lui envoyer 50 francs), Istrati tente de se suicider. L’affaire est rapportée dans la presse et, soudain, Romain Rolland, qui a pris connaissance de sa missive écrite deux ans plus tôt et qui fait la relation avec ce fait divers, lui adresse une lettre bienveillante.

Istrati – Deuxième partie : L'Écrivain – Par Golo – Actes Sud BD
Istrati – Deuxième partie : L’Écrivain – Par Golo
© Actes Sud BD

C’est le début d’une relation qui va aider Istrati non seulement à progresser dans l’écriture, mais aussi à trouver sa voie dans la littérature, le vieux Prix Nobel épaulant l’écrivain-vagabond. L’un et l’autre sympathisants du communisme, ils suivront le même chemin dans leur prise de conscience -et de distance- de la dimension criminelle du régime stalinien, ce qui leur vaudra, à l’un comme à l’autre, une farouche vindicte des partisans de l’URSS.

Dans la sélection officielle du FIBD

C’est un formidable récit que celui de Golo d’où émergent les personnages des livres d’Istrati - Codine, Kyra Kyralina, La Jeunesse d’Adrien Zograffi…- enchâssés dans un récit biographique le plus souvent raconté au travers du témoignage de Ionesco. Un entrelacs de points de vue très réussi. Le dessin-écriture de Golo, aux textes abondants et pleins de fouge, traduit parfaitement l’enthousiasme intellectuel du « Gorki des Balkans », figure caractéristique d’une Europe intellectuelle d’avant-guerre contrariée par la puanteur de deux guerres inhumaines et par une révolution prolétarienne transformée en dictature.

Le jury de présélection du Festival d’Angoulême fait preuve de constance en choisissant pour la deuxième année de suite l’Istrati de Golo dans sa sélection officielle (le tome 1 avait été sélectionné en 2018). Elle permet en tout cas de distinguer un dessinateur méconnu, coutumier de ces livres singuliers, et de remettre en lumière un écrivain en permanente recherche de sens qu’il est utile de relire dans notre époque un peu désorientée.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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