Iznogoud à l’écran : Un rêve de môme.

9 février 2005 0 commentaire
  • Le pitch est rêvé pour un producteur de cinéma : « C'est l'histoire d'un mec qui veut être calife à la place du calife et qui n'y arrive jamais ». Sur ce postulat, Goscinny avait inventé, avec l'aide du dessinateur Tabary, un Orient de pacotille où il se moquait des « cratophiles », les assoiffés de pouvoir de tout poil. Pour se venger, il assènait à ses victimes (consentantes) les pires jeux de mots. Iznogoud, c'est l'humour bien franchouillard de l'almanach Vermot qui s'invite dans les Mille et Une Nuits.

« C’est une version des Mille et Une Nuits vue par des naïfs un peu minables, disait Goscinny à Sophie Lannes de l’Express. Sésame n’y ouvre qu’une boîte de sardines. Et l’appareil photo happe les personnages sur la pellicule. C’est ainsi que disparaît un gardien de prison que les prisonniers détestaient et insultaient sans cesse : "C’est la faute au maton". Là, je me défoule. »

« Cette série est née d’une façon spéciale dit encore Goscinny à Numa Sadoul et Jacques Glénat dans « Les cahiers de la BD » : elle est assez curieusement issue du "Petit Nicolas" que je faisais avec Sempé. J’avais écrit une histoire où Nicolas était en vacances dans une colonie, avec un monsieur très gentil qui racontait des histoires aux enfants. Et il leur avait raconté l’histoire d’un méchant grand vizir qui voulait toujours devenir calife à la place du calife ». Un conte des mille et une nuit pour enfants, en somme. Il aboutit un jour sur la table de Tabary qui s’attendait à dessiner une histoire de gangsters. Goscinny avait changé d’avis sans le prévenir. Depuis, le Grand Vizir multiplie les complots et les calembours vaseux.

Iznogoud à l'écran : Un rêve de môme.
Photo : TFM Distribution

Le Mède Injahpan.

On en retrouve plus d’un dans ce film, dont ce Mède qui s’appelle Injahpan. Mais on ne fait pas un bon film avec seulement des calembours. Braoudé a donc concocté une intrigue originale qui a le mérite de tenir debout. C’est bon enfant, la critique détestera, mais le public -et le public des enfants surtout, suivra ne fut-ce que parce que le jeu de Michael Youn, tête à claques idéale pour le rôle, rend Iznogoud très convaincant. Pas besoin vous raconter l’histoire, vous savez que le méchant Vizir, comme dit Goscinny, ne risque pas d’être « califié » cette fois-ci, pas plus que les précédentes.

Comment renverser un homme couché ?

Une fois le film consommé comme on avale une sucrerie, on retournera aux albums pour sourire aux finesses goscinniennes. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques-unes. Parlant d’Haroun El Poussah, il dit : « Le chef suprême du gouvernement était le calife Haroun el Poussah, commandeur des croyants. C’était un excellent calife... Il était si bon, si généreux qu’il puisait souvent dans ses coffres pour aider les déshérités, qu’on l’appelait le bon du trésor. ».

Iznogoud a évidemment droit à un portrait sur mesure « La réputation du grand vizir était si mauvaise que la rumeur finit par atteindre le calife. Les esclaves se plaignent (Nous sommes des esclaves, pas des manœuvres !). Les bourreaux sont horrifiés par la cruauté du grand vizir au point de boire pour oublier. Les percepteurs sont écœurés par sa cupidité et les teignes elles-mêmes ont quitté Bagdad sachant qu’elles ne peuvent pas lutter contre cette formidable concurrence.  »
Oui, toute l’histoire d’Iznogoud se résume à ces mauvais jeux de mots et celui-ci n’est pas le dernier : « Comment peut-on renverser un homme qui est toujours couché ?  ».

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photo : Arno Chevrier (Dilat Larhat) et Michael Youn (Iznogoud). Photo : TFM Distribution.

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