Iznogoud déclare enfin sa candidature à la Présidence

17 février 2012 15 commentaires
  • Il y a mis les moyens dans un meeting électoral organisé dans le 16e arrondissement de Paris. Il s'est adjoint deux directeurs de campagne : Nicolas Canteloup et Laurent Vassilian et un conseiller d'image: Nicolas Tabary. Son programme regorge de promesses.
Iznogoud déclare enfin sa candidature à la Présidence
Nicolas Tabary (dessinateur) et Laurent Vassilian qui, avec Nicolas Canteloup a écrit les textes de ce nouvel album.

Anne Goscinny et Aymar du Chatenet, les califes des éditions IMAV, ont mis les petits plats dans les grands lors de leur fête de lancement hier soir. Non seulement un nouvel album vient de sortir, pourrait-on dire, en "rase-campagne" : Iznogoud Président (en librairie le 21 février 2012) mais aussi une intégrale des premières histoires du méchant grand vizir (à paraître le 23 février).

Une affaire de famille

Au dessin du nouvel album, Nicolas Tabary, le propre fils de l’auteur décédé en août 2011. Pour lui, ce premier album de "l’après jean Tabary" est une étape douloureuse : "La disparition de notre père a été un choc et en même temps une délivrance, nous raconte-t-il, parce qu’il avait beaucoup souffert, surtout moralement, depuis son accident vasculaire et la perte de ma mère. Il était coupé du monde. Il avait fini dans une bulle en fait, il était aphasique, hémiplégique, il avait perdu tout le contact avec l’extérieur, lui qui était très sociable, très à l’aise en société et plein d’humour... Du jour au lendemain, plus rien."

Le nouvel album du candidat président

Depuis plusieurs années, son fils Nicolas [1] était à ses côtés pour la réalisation des couleurs et pour l’organisation de la maison d’édition gérée par toute la famille. En 2002-2003, il commença à dessiner Iznogoud pour les strips quotidiens d’actualité et non sur les albums dans un premier temps. Mais une fois prêt, il dessina son premier album en 2008 : Les 1001 nuits du Calife.

L’accident de Jean Tabary provoqua une décision familiale : vendre la maison d’édition que l’auteur avait créée au lendemain du décès de René Goscinny en 1977. Son épouse en était la directrice et la maladie de son mari rendait impossible une gestion sereine du label. Ses enfants l’accompagnèrent dans ce démarchage auprès de différents éditeurs.

L’Album anniversaire des 50 ans
Ed. Imav

Mais un an après le dramatique accident, une autre tuile arrive : c’est l’épouse du dessinateur qui décède ! Les enfants de Tabary poursuivirent les négociations tout en réalisant un nouvel album ensemble. Une fois celui-ci publié, chacun ayant une activité séparée, ils se rendirent compte qu’ils n’étaient pas assez disponibles pour mener sérieusement cette entreprise.

Anne Goscinny et Aymar du Chatenet qui ont créé avec IMAV une des sociétés les plus profitables de l’édition française, grâce au succès du Petit Nicolas, se sont positionnés et les parties se sont rapprochées : "C’est une chance et un symbole fort, nous raconte Nicolas Tabary. Mon père avait repris la série au moment où René Goscinny est décédé et c’est par hasard, au moment où mon père décède que Goscinny, au travers de sa fille Anne, qui reprend la série. Cela reste en famille, c’est magnifique !, d’autant plus qu’Anne Goscinny est pour moi comme une sœur et qu’Iznogoud est un frère de papier pour elle. Elle s’occupe du Petit Nicolas et d’Iznogoud maintenant. Il ne pouvait se retrouver dans meilleur endroit : dans d’autres sociétés, il aurait été noyé dans plein d’autres collections."

Mais comment allait-on s’y prendre pour relancer la série ? Anne Goscinny en était à cet état de la réflexion au moment où elle entendit l’humoriste Nicolas Canteloup sur Europe 1. Iznogoud a toujours eu un caractère politique. Dans les années 1970, Le Journal du Dimanche lui avait d’ailleurs demandé de commenter l’actualité. Si Canteloup acceptait de faire le scénario, ce serait une bonne idée, d’autant que précédemment, Laurent Gerra était intervenu sur Lucky Luke avec un gros succès commercial à la clé.

Anne Goscinny lors de la soirée de lancement

L’engagement de Nicolas Canteloup avait un autre avantage : il ne travaille pas seul. La plupart de ses textes sont coécrits par Laurent Vassilian. "Nicolas est un auteur qui se paie le luxe de ne pas avoir l’angoisse de la page blanche, nous explique ce dernier. On est là pour lui remplir déjà un pu la page, on amorce l’idée et puis après, il est très précis que ce qu’il veut faire. On est ultra-rôdés en fait : entre la radio et la TV, il nous arrive souvent de rédiger 26 minutes de vannes dans la journée !"

Iznogoud candidat contre le Grand Vizir
(c) Tabary / Imav

Après un mois de réflexion, nos deux auteurs sont revenus chez Anne Goscinny avec une ébauche d’histoire. Elle a aimé... Les deux compères repartent au travail se basant essentiellement sur le Dictionnaire Goscinny dirigée par Aymar du Chatenet (Éditions Jean-Claude Lattès) : "notre Bible" dit Vassilian.

Le scénario d’Iznogoud Président vise bien évidemment les Présidentielles, mais est-ce que pour autant il y a une allusion au président sortant ? "Le slogan "je veux être calife à la place du calife" résume bien l’action politique, explique Vassilian. Mais s’il y avait sûrement un rapport entre Iznogoud et Sarkozy en 2007, mais plus maintenant : il est calife et bien calife, il est califié ! Ce serait d’ailleurs dommage de "sarkozifier" le personnage car Iznogoud fête ses 50 ans cette année et qu’il existe bien avant Sarkozy. S’il y en a un qui a copié l’autre, c’est bien lui. Il y a des clins d’œil, mais pas tant que cela."

Lâkan, et comment !

Il en reste un album au rythme époustouflant où le lecteur doit s’habituer quelques pages avant d’assumer les rafales d’incessants calembours. Un capriné se trouve-t-il affublé d’un fez ? Il devient un véritable bouc émissaire, un "fez-book" qui recrute des amis et applique un "I like" à tout ce qui lui plaît. Comme dirait Goscinny : " Le calembour est infâme mais la chose est splendide."

Le personnage central de cet album est le grand Lâkan qui connaît le moyen de faire parler l’âme, allongé, pour 60 piastres. Sa thérapie est foudroyante : les goûteurs ne goûtent plus, les dresseurs ne dressent plus, les bourreaux en oublient leur terrible office, bref c’est l’anarchie...

Entre conseillers en communication et le peuple qui gronde, la démocratie s’impose et avec elles des élections où le Grand Vizir et le Calife sont en compétition. Mais, on s’en doute, personne ne parierait un maravedi sur un homme politique aussi détesté que le grand vizir...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

[1Il n’est pas anodin de savoir que la première mention d’Iznogoud l’a été dans un récit du Petit Nicolas...

 
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15 Messages :
  • Iznogoud déclare enfin sa candidature à la Présidence
    17 février 2012 17:53, par Frencho-ID

    une intégrale des premières histoires du méchant grand vizir (à paraître le 23 février).

    Ça ressemble plutôt à une sélection, d’après la description sur le site d’IMAV.

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    • Répondu le 19 février 2012 à  17:21 :

      Il doit plutôt s’agir des histoires dont les éditions Tabary avaient les droits. Les autres (8 volumes) étant éditées par Dargaud.

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  • "Mais s’il y avait sûrement un rapport entre Iznogoud et Sarkosy ..." : SarkoZy avec un Z comme Zorro

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  • Iznogoud déclare enfin sa candidature à la Présidence
    22 février 2012 12:46, par Spooks

    le gros problème c’est que cet album que je viens (péniblement) de finir de lire, c’est qu’il n’est pas drôle et fait même dans le racisme ordinaire : "la plupart des bourreaux de Tabbah sont gérés par des Chinois aujourd’hui, ils ont des méthodes étranges" fin de citation.

    et je ne parle même pas de la caricature des réseaux sociaux avec "Fez-Bouc" et "Truie-teur"... sérieusement, vous trouvez ça drôle ?

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    • Répondu par Oncle Francois le 22 février 2012 à  20:30 :

      Moi, j’ai trouvé amusante l’irruption de Zahlia, "qui a réussi à ébranler Berberi, le fameux joueur de balle au pied". Maintenant, il y a beaucoup de textes dans ce livre, il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour le finir. Et le trait de Nicolas n’a pas à mon avis la virtuosité nerveuse de son regretté père.Si ma mémé-moire est bonne, le frère de Jean complétait déjà les Totoche-Poche de la fin des années soixante.

      Mais bon "the show must go home", comme disent nos amis anglais !

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  • Pas drôle, lourd, pénible, scolaire et surtout pas drôle.

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    • Répondu le 23 février 2012 à  01:41 :

      Ce qui compte pour les auteurs, ce n’est pas que vous aimiez, c’est que vous ayez acheté. Objectif accompli.

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    • Répondu par Giff-Wiff le 23 février 2012 à  09:28 :

      Effectivement, c’est laborieux, creux, bavard et très approximatif dans le graphisme comme dans le rythme et la mise en page : à cent lieues de l’inventivité de Tabary père qui donnait l’impression de jubiler autant que ses lecteurs.
      A la (mauvaise) fade copie, on préfèrera l’original, comme ce recueil qui vient à point pour renouer avec cette époque où les artisans de la BD s’amusaient à nous amuser, loin du marketing (Canteloup à la rescousse, en guise Laurent Gerra) et de l’esbrouffe...

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      • Répondu le 23 février 2012 à  16:13 :

        Pour le rapport qualité/prix, mieux vaut acheter la compilation des 5 albums, scénarisés par Goscinny et autrefois publiés par les éditions Tabary, qui parait en même temps (avec en prime une quarantaine de pages de texte) : moins de 30 euros.

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        • Répondu par Oncle Francois le 23 février 2012 à  23:22 :

          Vous avez raison, tout comme le précédent forumeur qui porte le nom d’une revue historique sur la BD.

          Il est peut-être temps de rédiger un petit "topo" sur Monsieur Goscinny, non ? Il inventa en quelque sorte le métier de scénariste BD. Dessinateur moyen (voir son Bibobu, publié dans Risque-Tout), il fit un peu de scénario réaliste (notamment pour Jijé sur Jerry Spring). Licencié de façon abrupte par World Press, il rebondit en créant vers 1959 le fameux hebdo Pilote, conçu à l’attention des ados-teenagers. Responsable des pages d’humour (le réalisme restant sous la responsabilité de l’excellent JM Charlier), il fit preuve d’un remarquable goût en ouvrant les pages de Pilote aux auteurs de Hara-Kiri (Cabu, Fred, Gébé, Reiser), tout en permettant à Gotlib, Mandryka, Bretecher d’épanouir leur talent.

          Dans le même temps, il écrivit des dizaines d’albums de Lucky Luke, Astérix et Iznogoud. Quel prodigieux scénariste, quand on pense qu’il faisait cela à mi-temps ! Et j’aimerai bien savoir quels sont les albums médiocres dans cette fabuleuse production.

          Boudé de son vivant par les jurés en charentaises, qui devaient trouver son oeuvre trop "commerciale" ou "facile" (ouh, les vilains mots !°), il fut toutefois récompensé, bien après sa disparition.

          Il faut bien voir qu’Oumpah-Pah n’était pas plébiscité par les lecteurs du journal Tintin. Et que le premier album d’Astérix fut imprimé à 5000 exemplaires seulement. Donc, non, commercialement, ce n’était pas évident ! Maintenant, pour la facilité, si l’on voit ce qu’ont produit ceux qui ont cherché à prolonger ses séries, là-aussi, il faut constater que ce n’est pas facile d’un point de vue créatif, en dépit des nombreuses trames pré-établies et d’univers récurrents bien codifiés. Il y avait dans les histoires de Goscinny une spontanéité, un esprit spirituel très fort, une légèreté amusée qui faisait de chaque lecture un heureux divertissement. Tout cela est bien difficile à dupliquer, malheureusement !

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  • Excellent album avec beaucoup d’humour.
    Toujours des situations délirantes.
    Le dessin est bon et Cantelou va bien au scénario.
    Je le préfère au N°28 car il avait trop de bulles à lire.

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    • Répondu le 2 mars 2012 à  12:32 :

      oui, là, c’est sur, on a plein de pavés de textes à lire, ça doit vous changer !

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      • Répondu par gil le 4 mars 2012 à  21:19 :

        Je voulais dire que trop de textes dans une case cela nuit au dessin et à l’histoire surtout quand le scénario ne vole pas très haut...

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    • Répondu le 2 mars 2012 à  19:14 :

      Si vous n’aimez pas les bulles, lisez alors "Arzack" ou "Prosopopus".

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      • Répondu par gil le 4 mars 2012 à  21:26 :

        Regardez ma réponse un peu plus haut.
        Il aurait été bien que vous commentiez l’album et non les commentaires.Si vous préférez lire des romans c’est votre choix !

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