J-. D. Morvan revient à Jack Vance avec "La Geste des Princes-Démons"

10 octobre 2020 0 commentaire
  • Voici très certainement la nouvelle série de SF de la rentrée : l’adaptation de la série des cinq romans de « La Geste des Princes-Démons » écrite par Jack Vance ! À la barre, Jean-David Morvan qui avait déjà réalisé « Le Cycle de Tschaï » du même romancier. À ses côtés, Paolo Traisci et Fabio Marinacci qui déploient un superbe univers spatial...

Cette passion que le scénariste Jean-David Morvan voue au romancier Jack Vance est née sur l’île de la Réunion. Sur les conseils de Li-An, il achète les romans du Cycle de Tschaï, et c’est le coup de cœur immédiat pour l’univers du romancier américain !

J-. D. Morvan revient à Jack Vance avec "La Geste des Princes-Démons"« C’est un nom qui rime, dans le Panthéon des grands écrivains de science-fiction, avec exploration, marchandage et magie, explique le scénariste de Sillage. Ce n’est pas pour rien que le titre original [du] "Cycle de Tschaï" soit "Planet of adventures ". »

« Les univers de Vance sont très loin de la Hard-SF, qui s’applique à inventer un futur en se basant sur les possibles progrès de la science. Lui s’attache à décrire des mondes aux lois fantasques mais structurées, peuplés de créatures qui le sont tout autant… Ce qui rend paradoxalement l’ensemble plausible. Car, comme j’ai pu le constater avec "Sillage", on ne peut croire à un Space Opera que s’il ne se prend pas au sérieux… Puisqu’il est impossible de tout justifier, il faut parfois savoir jouer d’humour et de poésie. Trop d’explications perdraient le lecteur. Or, Vance vous capte du début à la fin. C’est le maître du genre. »

Toutes les planches de cet articles sont tirés du T1 de La Geste des Princes-Démons
JD Morvan
Photo : © Éloïse de la Maison

En huit ans, de 2000 à 2008, les Éditions Delcourt publièrent l’adaptation du Cycle de Tschaï réalisée par JD Morvan et Li-An. Mais alors, si les univers de Jack Vance sont tellement hors-normes, pourquoi le scénariste a-t-il attendu une dizaine d’années avant de remettre le couvert, avec sans doute l’un des cycles de romans les plus emblématiques de l’écrivain, qu’il a mis près de vingt ans à écrire ?

« En fait, ’ai toujours eu envie d’adapter d’autres romans de Jack Vance, mais j’avais perdu le contact avec les ayants droits, nous explique le scénariste. Or, il se trouve, qu’ils ont voulu dernièrement utiliser les dessins du "Cycle de Tschaï" pour réaliser un jeu de rôle en Hollande. Nous sommes entrés en relation à cette occasion et nous nous sommes très bien entendus. Au fil des discussions, nous nous sommes dits que nous pourrions reprendre cette collaboration. Et le choix c’est évidemment porté sur "La Geste des Princes-Démons" que j’ai toujours adoré. »

La Geste des Princes-Démons : une vengeance implacable

Comme dans Le Cycle de Tschaï, le fil rouge de cette geste est un homme, ici Kirth Gersen, qui a soif de vengeance. En effet, à l’âge de neuf ans, sa planète et sa ville ont été attaquées par une flotte dirigée à l’époque par cinq capitaines pirates. Ils ont délibérément massacré la presque totalité de cette population. En réchappant de justesse du massacre, devenu orphelin, Kirth a été éduqué par son grand-père, avec un seul objectif en tête : se lancer un jour à la poursuite des assassins de ses parents. Cinq Princes-Démons en sont les responsables, ils paieront ce crime de leur sang.

Pendant des années, Kirth Gersen a forgé son corps et son esprit. La fin de ses études et son entraînement coïncident avec la mort de ce grand-père aimé. Aujourd’hui, Kirth se sent prêt et n’a plus d’attache, si ce n’est cette vengeance qui l’obsède. Attel Malagate, dit « Le Monstre », est sa première cible. Kirth traverse les galaxies, anéantit les obstacles et s’associe à toute âme bienveillante pour découvrir sous quelle identité se cache désormais ce Prince-Démon. En effet, les Princes-Démons sont originaires d’un peuple extraterrestre qui s’est réduit à peau de chagrin. Le moteur fondamental de leur espère est à chercher dans leur propension à dépasser, à dominer, à survivre à tout prix. L’évolution en a fait d’eux des métamorphes.

Ce premier tome profite de grandes doubles-pages

Dès les premières pages de ce premier tome, on comprend que l’on va profiter d’une grande et belle saga en bande dessinée ! La première séquence de dix pages déploie effectivement l’attaque des cinq Princes-Démons dont est témoin Kirth enfant. Même si la thématique est rude, on profite déjà de superbes planches réalisées par Paolo Traisci au dessin, et des magnifiques couleurs de Fabio Marinacci que l’on avait déjà découvert dans Colonisation chez le même éditeur. De plus, le discours posé du grand-père en voix off atténue la violence de la séquence, tout en façonnant déjà le personnage que l’on va suivre au cours des dix tomes, car comme nous le confirme JD Morvan : « La vengeance est toujours un bon moteur pour une histoire. Mais encore faut-il qu’elle soit originale, soit dans ses causes, soit dans ses conséquences. Ici, les deux sont intéressantes ! »

« Cette première séquence existe dans le roman, nous détaille le scénariste. Mais pas au début de celui-ci, ni de la manière dont j’ai demandé à Paolo de l’illustrer. Transformer, ou adapter, un roman en bandes dessinées, c’est avant tout une question de changement de structure. Et j’ai trouvé que cela faisait une excellente séquence d’introduction pour poser très vite les enjeux du récit. »

Cette clairvoyance et cette efficacité se ressentent tout au long de ce premier tome. Vingt ans après Le Cycle de Tschaï, J-. D. Morvan livre certainement une adaptation plus aboutie, riche de son recul et de son expérience acquise dans l’intervalle. Autre démonstration de l’investissement des auteurs et de l’éditeur ! ce magnifique dépliant qui transporte littéralement le lecteur dans l’univers paradisiaque imaginé par de Jack Vance. Un vrai moment de répit pour le lecteur, avant que le récit ne s’accélère par la suite !

« Ce dépliant provient du fait que je n’avais pas assez de place pour parler de la beauté de la planète dans ce tome 1, nous confie Morvan. J’ai évoqué l’idée de ce dépliant chez Glénat auprès de mon éditeur Olivier Jalabert qui a accepté. Alors on a foncé ! On a décidé avec Paolo de ne pas mettre le texte qu’on avait prévu pour effectivement proposer le moment de répit que vous évoquez. Il y aura également un dépliant dans le tome 2, mais je ne sais pas si ce sera le cas dans tous les autres tomes, il faut quand même que ce soit utile à l’histoire. »

La suite de ce premier tome est au diapason de ce qui précède : adaptation de qualité, belle mise en page, et un cocktail d’humour, d’aventures et de bagarres très Eighties mais qui fonctionne parfaitement grâce à l’attirance un peu sombre que l’on ressent pour les Princes-Démons et le page turner de pérégrinations dans lesquelles la vengeance pousse Kirth. Ce qui ne le rend heureusement pas moins sympathique, car il joue plus le rôle d’un détective privé de l’espace qui poursuit des criminels qui se cachent.

Si ses visages masculins sont parfois un peu raides, le dessinateur Paolo Traisci se rattrape haut-la-main dans les mises-en-page et les scènes d’action. Le tout est magnifié par les couleurs de Fabio Marinacci qui confère réalisme et profondeur à l’ensemble, sans parler de son superbe travail sur les intempéries, l’eau, l’espace et les matières en projection.

Une version noir et blanc en grand format est sortie conjointement

« Ces deux gaillards sont à la fois jeunes et très talentueux, nous commente Morvan. À vrai dire, pour une fois, je ne les ai pas vraiment trouvés moi-même. C’est Patrick Hourcade, qui avait parlé à Olivier Jalabert de Paolo. Et pendant que nous avons avancé sur ce projet, Olivier m’a montré le travail de Paolo que j’ai trouvé formidable. Il y avait une énergie et une vision de la science-fiction tout à fait modernes qui me semblaient importantes pour dynamiser graphiquement l’univers de Jack Vance. Et Fabio, un ami de Paolo, a accepté de mettre en couleurs la Geste, un autre grand plaisir. Tous les deux, ils nous envoient du pâté galactique ! »

Chose que l’on ne peut qu’approuver face aux très belles architectures proposées dans ce premier tome ! Un plaisir qui, espère-t-on, devrait se prolonger sur l’ensemble des dix tomes de la série, Morvan ayant décidé de prolonger le découpage réalisé sur Le Cycle de Tschaï, soit deux tomes par roman. Et comme le cycle en compte cinq pour cinq Princes-Démons, faites le compte ! Le tome deux qui conclura ce premier diptyque sortira déjà au printemps 2021. Raison de plus pour ne pas rater le turbodémarrage de cette série qui s’annonce galactique !

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay

(par Charles-Louis Detournay)

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