Jackie Estrada (administratrice des Eisner Awards) : « Notre mission est d’apporter reconnaissance et considération au domaine de la bande dessinée. »

11 avril 2012 6 commentaires
  • Jackie Estrada est l'administratrice des Will Eisner Comic Industry Awards depuis 1990. Elle a participé à la Comic-Convention depuis sa création, en 1970, et y a travaillé à différents postes jusqu'en 1975, notamment comme éditrice des nombreuses publications liées à l'événement. Elle continue de contribuer à cette activité et siège dans le comité de désignation des invités en sus de son poste d'administratrice des Eisner Awards. Elle est l'épouse du dessinateur de presse Batton lash.

Quand les Will Eisner Comic Industry Awards ont-ils été créés ?

Ils ne se sont pas toujours appelés les Eisner Awards ! À un certain moment, ils ont été en quelque sorte des « Kirby Awards ». Retour en 1984 : L’éditeur Fantagraphics Books [1] instituèrent les Jack Kirby Awards [2] pour honorer les meilleurs travaux des créateurs de bande dessinée. Son administrateur était Dave Olbrich, un employé de cette maison d’édition. Ils ont été remis pour la première fois officiellement en 1985 lors de la Comic Convention de San Diego (créée en 1970), le célèbre Jack Kirby remettant le trophée et ses félicitations aux lauréats.

Lorsqu’Olbrich quitta Fantagraphics pour d’autres horizons en 1987, la remise des Kirby Awards prit fin et deux nouveaux prix furent institués : Fantagraphics lança les Harvey Awards (d’après le nom d’Harvey Kurtzman [3]) et Olbrich lança les Will Eisner Comic Industry Awards, ainsi nommés, bien sûr, d’après le nom du créateur du Spirit et des premiers romans graphiques historiques.

Au départ, Olbrich créa cette distinction sous la forme d’un organisme indépendant bénévole, financé par des sponsors comme des distributeurs de comics, des associations de libraires et des imprimeurs. Les trophées étaient remis sur scène à la convention de San Diego, où Olbrich officiait comme administrateur, par le grand Will Eisner lui-même. Les premiers trophées ont été remis en 1988. Olbrich administra la cérémonie pendant deux ans, mais elle s’interrompit en 1990.

Il était clair aux yeux de tout le monde que ce Prix devait continuer, qu’il devait être administré par un responsable qui lui consacre un temps partiel (à ce point de l’histoire, Olbrich était devenu éditeur chez Malibu Comics, un emploi qui l’occupait certainement au-delà d’un plein temps), ne fut-ce que pour sécuriser la recherche de fonds nécessaires au financement de la cérémonie d’une année à l’autre.

À la Comic-Con de San Diego de 1990, une rencontre a été organisée, à laquelle on m’a demandé d’assister, avec Olbrich, Will Eisner, l’éditeur et dessinateur Denis Kitchen et Fae Desmond (directeur exécutif du Comic-Con).

L’idée était que la Comic-Con -une association sans but lucratif- prenne en charge les Eisner Awards et que je sois engagée comme administratrice. Lors de cette rencontre sympathique, nous nous sommes tous mis d’accord sur le fait que c’était la façon la plus sûre d’assurer la continuité de cette cérémonie. Fae soumit cet accord au Conseil d’Administration de la Comic-Con et celui-ci l’approuva dans l’enthousiasme.

C’est ainsi qu’en 1990, je reçus la charge d’administrer ce prix, avec l’aide précieuse d’Olbrich qui m’en confia les rênes, les Eisner Awards ayant intégré la programmation de la Comic-Con depuis.

Jackie Estrada (administratrice des Eisner Awards) : « Notre mission est d'apporter reconnaissance et considération au domaine de la bande dessinée. »
Jackie Estrada, administratrice des Eisner Awards
Photo DR

Qu’est-ce qui distingue les Eisner Awards des autres distinctions de votre pays dans le domaine de la BD ?

Plusieurs choses. Primo, ils sont nominés par un panel de juges clairement identifiés. Aucun autre prix de BD n’a cette transparence, en dépit de leur importance et de leur prestige dans le domaine du livre ou des arts. Ensuite, ceux-ci sont remis à la Comic-Con de San Diego, alors que les autres cérémonies pérégrinent de ville en ville ou d’événement en événement. Enfin, les Eisner Awards sont soutenus par la Comic-Con International, une association sans but lucratif, sa mission est d’apporter reconnaissance et considération au domaine de la bande dessinée et des pratiques artistiques qui y sont attachées. Elle continue de donner un lustre culturel à la convention de San Diego.

Par dérision, les organisateurs du Comic Con faisaient siéger Will Eisner sur un trône. Il est ici entouré (de g. à dr.) par Jeff Smith et Kurt Busiek.
Photo DR

On y compte 28 catégories différentes, n’est-ce pas un peu trop ?

Ce chiffre reflète l’extrême variété des œuvres produites par l’industrie de la BD, du format comics traditionnel aux anthologies, en passant par les romans graphiques documentaires, les webcomics, les mangas et les productions patrimoniales. Chaque année, le jury réfléchit à la validité de ces catégories, décidant de maintenir, d’ajouter ou de supprimer l’une d’entre elles. Elles sont sensées refléter les tendances de la scène UD de BD. Il y a désormais trois catégories jeunesse (première lecture, enfants et adolescents) car de nombreux titres de grande qualité ont été récemment publiés dans ces segments. Cette année, le jury a décidé d’ajouter deux catégories supplémentaires, ce qui fait qu’elles sont plus nombreuses que l’année dernière.

Comment constituez-vous votre jury ?

Il est en général composé de créateurs de BD, de vendeurs de comics, mais aussi d’un libraire traditionnel vendeur de romans graphiques, d’un spécialiste de la BD, et d’un membre du Comité d’organisation du Comic-Con. Nous compilons une liste de candidats possibles pour chaque catégorie. Un Comité des Prix à l’intérieur du Comic Con décide des auteurs à inviter.

Qui vote ?

Le vote est réservé à tous les créateurs de bande dessinée (scénaristes, dessinateurs, coloristes, lettreurs, éditeurs...), tous les vendeurs de BD (directeurs et propriétaires de magasins), les libraires vendeurs de romans graphiques, les spécialistes de la BD et les journalistes spécialisés reconnus par le comité.

Est-ce que ces prix ont un impact commercial quelconque ?

La plupart des vendeurs de comics ont l’habitude de faire, dans leur boutique,une mise en avant spéciale des nominés. Les éditeurs sont, quant à eux, susceptibles de communiquer sur les titres distingués, sous la forme de communiqués de presse ou en apposant le logo des Eisner Awards sur leur ouvrage, qu’il soit nominé ou qu’il ait effectivement reçu un prix.

Propos recueillis et traduits de l’anglais américain par Didier Pasamonik.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Éditeur notamment de la revue critique de référence The Comics Journal. NDLR.

[2Du nom du dessinateur américain Jack Kirby (1917-1994), créateur de Captain America, Spider-Man, Les 4 fantastiques, X-Men, Hulk... parmi d’autres choses. NDLR.

[3Dessinateur légendaire des EC Comics, créateur de Mad Magazine.

 
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