Jacobs et les deux Jacques

31 mars 2007 14 Actualité par Nicolas Anspach
  • Le créateur de {Blake & Mortimer} est décédé il y a vingt ans. Son ayant-droit, la Fondation qui porte son nom, a marqué le coup en publiant un petit livre, {Edgar P. Jacobs et les deux Jacques}, qui se veut un témoignage de l’amitié entre {{E. P. Jacobs}} et ses complices {{Jacques Van Melkebeke}} et {{Jacques Laudy}}.

Une réception a été organisée, ce jeudi 29 mars, par la Fondation Jacobs dans le lieu chargé d’histoire qu’est devenue la Fondation Raymond Leblanc, nichée dans le Building Tintin. Philippe Biermé, le président de la Fondation Jacobs, a choisi cette date symbolique : « Edgar P. Jacobs est né un 30 mars, et il aurait eu aujourd’hui 103 ans, a-t-il dit lors de son discours. Des événements auront lieu à Lasne [1] le jour du centième anniversaire de sa naissance. Nous avons pensé que la « garde jacobsienne » devait sortir un ouvrage pour commémorer les vingt ans de son décès. Ce livre porte sur l’amitié des trois hommes.  »

Jacobs et les deux Jacques
Philippe Biermé écoute avec attention Freddy Thielemans, le maire de Bruxelles
Photo (c) Nicolas Anspach

Le Maître de la ruelle Bois des Pauvres a rencontré Jacques Van Melkebeke en 1917, et ils ont rejoint ensemble l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Jacobs s’est inspiré de Van Melk’, comme l’appelaient ses proches, pour le physique de Mortimer. Jacques Van Melkebeke, le clandestin de la bande dessinée, ainsi que le surnomma Benoit Mouchart dans sa biographie, a souvent été un initiateur d’idées pour Hergé et Jacobs, et même parfois leur « co-scénariste » caché. Il fut le premier rédacteur en chef – clandestin, à nouveau - du journal de Tintin, et même son maquettiste, avant d’être écarté du journal par Raymond Leblanc. Les activités de Van Melk’ pendant la guerre dans la presse collaborationniste l’ont contraint à se fondre dans l’anonymat.

Van Melkebeke présenta le fils de Jean Laudy, l’un des portraitistes officiels de la famille royale belge, à Jacobs. Jacques Laudy prêta ses traits au très british Francis Blake. Cet artiste, méconnu du grand public, a été l’un des piliers du journal de Tintin. Il y a notamment signé, avec Jacques Van Melkebeke, la série Hassan et Kaddour. Nous vous en reparlerons prochainement.

« Edgard P. Jacobs et les deux Jacques », édité à 999 exemplaires, se veut un témoignage sur l’amitié entre ces trois hommes, mais aussi sur l’amour que Jacobs portait à sa première épouse, Léonie Bervelt, surnommée Ninie. On y retrouve de nombreuses photos des années 20 et 30, qui nous permettent de nous glisser dans l’intimité – ou du moins d’imaginer une partie du quotidien – du couple. Jacobs aimait dessiner sa muse, parfois nue comme en témoignent les deux dessins au crayon et à l’aquarelle contenus dans le livre.

La partie la plus intéressante de l’ouvrage est sans nul doute la reproduction des carnets de Jacques Van Melkebeke. Notamment les 28 réincarnations de son ami Jacobs, ou d’autres dessins qui prennent parfois un tour légèrement grivois.

Les dessins de Jacques Laudy publiés dans Jacobs et les deux Jacques sont déjà plus connus. Ils ont été publiés, en 1993 dans le Royaume d’Edgar J., aux éditions Loempia. Des illustrations qui représentent généralement les trois amis, ou Jacobs seul.

En avant plan (sur la gauche), juste devant la tombe du créateur de Blake & Mortimer, le "banc" Edgard P. Jacobs
Photo (c) Nicolas Anspach

Si ce livre est à la hauteur de l’hommage que l’on peut rendre à l’ermite de Lasne, on est en revanche surpris par les honneurs trop discrets, voire ridicules, qui lui sont rendus par cette commune où E.P. Jacobs a vécu de très nombreuses années et où il est enterré [2]. La Bourgmestre Brigitte Defalque a décidé de donner le nom « Edgar Pierre Jacobs » à un banc du cimetière, ce qui est un peu léger, et paraît-il à une salle de la bibliothèque de la commune du centre sportif de Lasne, ce qui est la moindre des choses. Ceci, alors qu’Angoulême ou même Roquebrune-sur-Argens, mettent en avant le nom de créateurs de bande dessinée.

Dans un « Opéra de Papier », Jacobs reprenait avec ironie un proverbe arabe : « Allah envoie des noisettes à ceux qui n’ont plus de dents ». La succession de Jacobs et la réussite des reprises de Blake & Mortimer prouvent à quel point notre vieil homme voyait clair.

Peut-être la série complète des Blake & Mortimer offerte par Philippe Biermé à la bibliothèque de la commune aidera-t-elle l’édile et ses échevins à mieux se souvenir d’un auteur qui a porté la notoriété de Lasne de l’autre côté de la planète.

La Fondation Jacobs a déposé, le 30 mars, une gerbe au pied de la tombe
sur laquelle on peut lire l’inscription : "Edgard P. Jacobs - 1904-1987 - Artiste lyrique, peintre, illustrateur et créateur de la bande dessinée Blake & Mortimer".

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos (c) Nicolas Anspach - Reproduction interdite sans autorisation préalable.

[1ndlr : La commune du Brabant wallon où il résida jusqu’à sa mort.

[2À quelques centaines de mètres du Bois des Pauvres.

 
Participez à la discussion
14 Messages :
  • Jacobs et les deux Jacques
    31 mars 2007 20:15, par PPV

    Dans cette histoire de la fin de Jacobs - dont on n’a pas tout dit, et c’est peut-être tant mieux - il y a quelque chose de pathétique, comme si on n’avais jamais voulu lui rendre un hommage à la hauteur de ce qu’il mérite. Hergé a sa rue, bientôt son Musée et sa "demi station de métro"... Jacobs, lui, a son banc... La mémoire collective a oublié que Jacobs a influencé de manière fondamentale Hergé au niveau du graphisme et du soucis de la précision. Et c’est bien triste...

    Répondre à ce message

    • Répondu par Philippe Biermé le 2 avril 2007 à  09:02 :

      Je vous remercie pour cet hommage sur votre site.
      Je suis d’accord avec vous. Mais, je suis souvent le seul à bouger pour l’ami Edgard Jacobs. Je pense qu’il est temps, car, après moi, pas grand chose sera fait. Il ne faut pas compter sur le Groupe Dargaud-Lombard. La vieille garde, comme je l’ai dit, est celle de 1983 = ceux nommés par l’auteur…
      Amitiés
      Philippe Biermé

      Répondre à ce message

      • Répondu le 11 avril 2007 à  17:28 :

        Bonjour, Je suis libraire à Jodoigne, et j’aimerais me procurer le livre
        Bien à vous
        M.vdc

        Répondre à ce message

    • Répondu par Philippe Biermé le 2 avril 2007 à  09:19 :

      J’ai oublié de vous dire que Brigitte Defaique, bourgmestre de Lasne, a fait des démarches pour ajouter à la ruelle du Bois-des-Pauvres : le nom de ruelle Edgar P. Jacobs.
      Je vais soumettre d’autres idées à la commune.
      Philippe Biermé

      Répondre à ce message

      • Répondu par Laurent le 2 avril 2007 à  09:42 :

        Où et comment peut-on se procurer cet ouvrage ?

        Répondre à ce message

        • Répondu par Ph. Biermé le 3 avril 2007 à  16:10 :

          L’ouvrage est actuellement en vente à La Fondation Raymond Leblanc.
          La semaine prochaine, il sera normalement chez Bédémania à Bruxelles, au CGRI (donc plus tard à Bruxelles-Wallonie à Paris) et à L’espace BD. Comme je suis seul pour m’occuper de la distribution et que j’ai d’autres occupations, l’ouvrage sera lentement placé chez les libraires qui le souhaitent.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Laurent le 4 avril 2007 à  18:46 :

            C’est à Bruxelles tout ça ! Comment fait-on quand on est loin ?

            Est-il possible de le commander par correspondance ? à quel prix et à quelle adresse ?
            Merci de votre réponse.

            Répondre à ce message

            • Répondu par François CHARRIER le 4 avril 2007 à  21:04 :

              Bonjour ! je cherche le moyen de me procurer cet ouvrage indispensable.
              Merci.

              Répondre à ce message

      • Répondu par Jean-Bernard Rouge le 4 avril 2007 à  12:23 :

        A l’attention de Philippe Biermé :
        Votre message concernant Lasne est passé 5/5...
        Cela fait plusieurs années que j’insiste auprès de Brigitte Defalque, du MET et du Gouverneur, pour que le célèbre rond-point dit du "Godillot" soit rebaptisé "Place E.P. Jacobs". Par cette entrée du centre de Lasne, passent plus de 10.000 voitures par jour. Le rond-point se situe à mi-distance du Bois des Pauvres et du cimetière de Lasne.
        L’endroit permet de placer un édifice ou une sculpture.
        Mettons nos efforts en commun !

        Répondre à ce message

    • Répondu le 2 avril 2007 à  19:47 :

      Je pense avoir été mal compris ou c’est moi qui m’exprime mal (?)
      Le groupe Dargaud-Lombard a grandement participé à l’hommage le 29 mars dernier en nous mettant à notre disposition son personnel et ses compétences. Angel a été admirable et très compétente. La Fondation Raymond Leblanc a joué un rôle important dans la manifestation du 29 mars. Au nom de la Fondation Edgar P. Jacobs, je les remercie tous.
      Ce que je voulais dire ensuite, c’est que si la Fondation Jacobs ne proposait rien, personne envisagerait de rendre un hommage à Edgard Jacobs. Et, le jour où sa vieille garde disparaîtra, que deviendra Edgard Jacobs… Pour le groupe Dargaud-Lombard, l’avenir est dans les nouvelles aventures de Blake et Mortimer. Edgard Jacobs, c’est le passé… Le travail d’Hergé est immortalisé pour toujours grâce aux archives publiées…Et Jacobs ?

      Répondre à ce message

      • Répondu par Laurent le 11 avril 2007 à  10:09 :

        Est-il possible de commander cet ouvrage par correspondance ? à quel prix et à quelle adresse ? Merci de votre réponse.

        Répondre à ce message

      • Répondu le 15 avril 2007 à  21:32 :

        Pas d’accord, ceux qui découvrent Blake et Mortimer dans leurs nouvelles aventures ne peuvent que se tourner vers Jacobs et le redécouvrir.
        Mais c’est vrai qu’on n’en parle pas assez en France ou en Belgique.

        Répondre à ce message

  • Jacobs et les deux Jacques
    22 juin 2007 22:47, par mantrisse

    Bonjour,

    Comment peut-on faire autentifier un calque de Jacobs ?

    Répondre à ce message

    • Répondu le 23 juin 2007 à  17:31 :

      tu gommes, et si le crayon disparaît, il y a de bonnes chances pour que tu aies effacé un original.

      Répondre à ce message