Jacques Langlois : "Hergé nous a offert une œuvre riche de multiples niveaux de lecture."

4 juillet 2012 0 commentaire
  • Hergéologue passionné, Jacques Langlois est le maître d'œuvre de "Tintin dans l'histoire", un hors-série du magazine Historia et du Point qui fait également l'objet d'une édition en librairie. Entretenant depuis son adolescence une correspondance avec Hergé, il avait été, à la fin des années 1990, l'un des précurseurs de l'édition numérique. Rencontre.

Jacques Langlois : "Hergé nous a offert une œuvre riche de multiples niveaux de lecture."Quel a été votre rôle dans cette nouvelle édition ?

Double, comme pour le précédent : d’abord un rôle de conseiller éditorial, qui a consisté à proposer un sommaire, choisir les personnages et les événements historiques correspondant aux quatorze albums non traités dans le premier volume ; répartir les tâches entre les différents auteurs pour la partie proprement "tintinologique", la rédaction d’"Historia" faisant naturellement son affaire des textes historiques.

Ensuite, un travail d’écriture : je me suis réservé cette fois la rédaction des doubles pages consacrées aux albums, L’Alph-Art excepté : Tintin en Amérique, L’Étoile mystérieuse, et toute la série qui va des 7 Boules au Picaros. Et, pour faire bon poids, j’ai écrit les portraits de cinq des douze personnages principalement présentés ici ; les autres textes sont signés par Thomas Sertillanges, Frédéric Soumois - comme en 2011- et par Pierre Sterckx, qui, en s’occupant de Lampion puis de L’Alph-Art fait son retour dans une production agréée par Moulinsart, ce dont je me réjouis. Quant à Philippe Goddin, il a bien sûr poursuivi la rédaction de la chronologie biographique d’Hergé.

Depuis quand vous êtes-vous intéressé à l’œuvre d’Hergé ?

Je lis Tintin depuis l’âge de 7 ans, comme il se doit (...et j’en ai 61 à présent ! ). Mais en réalité mon intérêt a crû au fur et à mesure que se développait sur plus de vingt années entre Hergé et moi une correspondance, née par hasard de l’envoi quand j’avais 10 ans, de quelques dessins d’imitation.

Après la mort d’Hergé, en même temps que je devenais collectionneur de dessins et d’albums originaux, je suis resté en contact, à titre amical et non professionnel, avec ceux qui gravitaient autour de son œuvre et de la promotion de celle-ci. Mis à part quelques articles dans la revue des "Amis de Hergé", ces hors-série "Historia" marquent ma première participation, officielle en tout cas, à un ouvrage consacré à Tintin et à Hergé.

(c) Moulinsart / Historia

Les exégèses sur Hergé se comptent en centaines. Pourquoi Hergé et Tintin restent-ils LE sujet pour les chercheurs ? N’y voyez-vous pas un signe de faiblesse, une ignorance des autres champs de la bande dessinée ?

Sans doute parce qu’Hergé nous a, consciemment ou non, offert une œuvre riche de multiples niveaux de lecture et touchant à de nombreux domaines d’études possibles : l’actualité du XXe siècle, devenue sujet d’histoire aujourd’hui, mais aussi la géographie, l’art, les sciences, mais encore la science-fiction, l’ésotérisme, la psychanalyse, etc, etc...La sociologie et la psychologie des personnages sont particulièrement fécondes, je l’ai réalisé en y travaillant ces deux dernières années.

Ce n’est pas si fréquent, qu’il s’agisse de bande dessinée ou de littérature (avec un grand "L") !

En même temps, il est vrai que ce peut être une facilité que d’écrire sur Hergé plutôt que sur Tartempion, en surfant sur la vague d’un succès qui ne s’est pas vraiment démenti. Je vois déjà les commentaires de certains de vos lecteurs à ce propos !

Il y aurait sans doute d’autres séries qui justifieraient un travail d’exégèse du même type. Il y a d’ailleurs pas mal de littérature sur Astérix ou les Schtroumpfs, mais force est de constater que, sur ce terrain comme sur bien d’autres, tel le marché de l’art, Hergé a pris une sacrée avance. Ce ne peut être un hasard.

Qu’avez-vous comme argument pour nous aider à acheter cette ixième analyse de l’œuvre d’Hergé ?

Avant tout, parce que c’est la suite (et la fin, je vous rassure) du travail initié en 2011. L’an dernier, nous avions volontairement axé notre analyse sur les dix personnages principaux, sur les dix albums où chacun d’eux apparaissait et donc sur les événements qui les inspiraient. Évidemment ce choix nous avait laissé des regrets : les treize (ou quatorze) autres albums, eux aussi, renvoient à des moments d’histoire passionnants : les gangsters de Chicago et la prohibition, les expéditions polaires du début du siècle dernier, la question pétrolière, l’épopée spatiale, la Guerre froide, la conquête de l’Himalaya, l’esclavage moderne, la révolution cubaine, etc... Et ces albums sont riches de personnages emblématiques du monde de Tintin, dont nous n’avions pas pu parler, d’Abdallah à Zorrino, en passant par Capone, Lampion, le yéti, Bergamotte, Oliveira, Philippulus, entre autres !

Bien des lecteurs avaient très tôt fait part de leur souhait de voir se poursuivre l ’aventure. Le succès du premier volume - plus de 250 000 exemplaires vendus- nous a convaincus de leur faire, de nous faire ce plaisir.
Au demeurant, cela reste un achat très raisonnable : l’album, comme le précédent, compte 130 pages, des centaines d’illustrations et photos d’archives, le tout pour 8,90 euros, comme en 2011, ...pas même le prix d’un album Tintin ! Je donne donc rendez-vous aux tintinophiles et aux passionnés d’histoire à partir du 5 juillet !

(c) Moulinsart / Historia

L’album ne sera quasi pas disponible en librairie, en revanche, il le sera pleinement sur Internet. Pourquoi ?

Il ne sera que par exception en librairie parce qu’il s’agit contractuellement d’un produit "presse" avant tout, initié par le principal magazine d’Histoire grand public , "Historia", auquel s’associent "Le Point" pour la France, "le Temps" pour la Suisse, "La Presse" pour le Québec" et ..."La Libre Belgique" pour la patrie de Tintin, qui remplace cette année "Le Soir", dont le partenariat n’a pas été très performant à nos yeux l’an passé. Il est donc naturel que ce hors-série, même s’il se présente sous la forme d’un album relié, soit prioritairement et principalement distribué dans les kiosques et maisons de la presse. Les organes de presse, parties à cette parution, le proposeront naturellement via leurs sites en ligne respectifs.

Internet permettra aussi de se procurer, en premier lieu sur le site d’"Historia", l’édition "collector", au tirage limité et numéroté. Le volume 1 offrait une couverture holographique, annonçant le film 3D de Spielberg. Cette fois-ci, il y aura un autre petit "plus" que vous découvrirez à la mi-septembre.

Vous qui avez été un pionnier dans le domaine des e-books, quelle est votre réflexion sur les développements du livre numérique ?

Ma réflexion ? C’est que Turgot disait juste en proclamant qu’"avoir raison trop tôt est un bien grand tort !"

L’aventure de 00h00.com, à laquelle j’ai participé entre 1997 et 2000, était sans doute économiquement prématurée. Le grand public n’était pas encore prêt à lire sur un "e-book" ; surtout, les éditeurs, particulièrement en France, restaient très circonspects et rechignaient à aller au-delà d’une phase de test, d’où une offre de titres originaux insuffisante. et, même si l’entreprise a été (fort bien) vendue avant que la "bulle Internet " n’implose, à une société californienne, le repreneur de celle-ci, alias Rupert Murdoch, ne croyait pas à l’avenir du "e-book". Aujourd’hui, je vois qu’avec le "Kindle" d’Amazon, le "Kobo" de la FNAC, l’"i-book" d’Apple, le marché décolle enfin et je m’en félicite. Je suis évidemment un lecteur sur ces supports, pendant mes voyages en train ou en avion : mes bagages en sont allégés d’autant. Je télécharge en particulier des livres d’actualité qui, une fois lus, ne méritent pas de mettre en péril les étagères déjà branlantes de ma bibliothèque. Ceci ne m’empêche pas de demeurer un insatiable papivore !

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En kiosque à partir du 5 juillet 2012

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