Jacques de Loustal : « Pigalle 62.27 se situe entre les univers de Simenon, Melville et Modiano »

19 octobre 2012 0 commentaire
  • Amis dans la vie, Jacques de Loustal et Jean-Claude Götting se sont associés pour nous concocter Pigalle 62.27, une histoire de vengeance en forme de quête initiatique dans le Paris des années 1950. Pour ne rien gâcher au plaisir de cette sortie, deux expos aux ambiances jazzy, consacrées au travail de Loustal, se tiennent à la galerie Champaka de Bruxelles (jusqu'au 21 oct. 2012) et à la galerie Barbier & Mathon à Paris (jusqu'au 29 oct. 2012) .

Vous avez une triple actualité car, à côté de la sortie de la BD, Pigalle 62.27, réalisée avec Götting (éditions Casterman), vous avez une exposition à la galerie Champaka à Bruxelles et une autre à la galerie Barbier & Mathon à Paris.
Jacques de Loustal : « Pigalle 62.27 se situe entre les univers de Simenon, Melville et Modiano »

En fait, à Bruxelles, il y a des planches de Pigalle 62.27 et puis du Sang des Voyous, une BD que j’avais réalisée plus tôt. À l’origine, je voulais déjà faire une expo dédiée à ma nouvelle BD mais comme j’aime agrémenter mes représentations d’autres choses, j’ai fait quelques illustrations en plus autour de l’univers de Pigalle et du cinéma noir français des années 1950. Et puis, je me suis dit qu’ajouter des planches issues du Sang des Voyous, qui appartiennent au même univers que celui de Pigalle serait une bonne idée.

Je dois d’ailleurs préciser que ces planches-ci sont faites dans une autre technique que pour celles de Pigalle 62.27, ce qui constitue deux approches différentes d’un même univers.

J’ai aussi ajouté des quelques illustrations de Simenon et enfin des illustrations réalisées pour une pochette de CD de musique de film noir. C’est pour cela que l’on a intitulé cette exposition Pigalle Nocturne, pour dépasser le cadre de ma nouvelle publication.

C’est une expo partagée car, dans le même temps, à Paris, à la galerie Barbier & Mathon, certaines planches ainsi que des originaux issus de cet univers sont également exposés. C’est légèrement différent mais vu que c’est pour la sortie du bouquin et que c’est chez Casterman, il était normal de faire une manifestation à Paris et une autre à Bruxelles.


On sent beaucoup d’influences de Simenon dans cette histoire de Pigalle 62.27.

Oui, effectivement. Au début, je n’y avais pas pensé mais plusieurs personnes m’en ont parlé. Pour moi, cette histoire est un peu le chaînon manquant entre Melville façon Bob le flambeur. Un peu de Patrick Modiano quand même avec cette idée du personnage qui arrive à Paris mais qui ne connait rien de la grande ville et qui finit par se retrouver avec des individus un peu louches. Tout cela sous l’ombre de Simenon car Melville a adapté du Simenon. Modiano a une grande adoration pour Simenon et a été beaucoup influencé par lui. Quant à moi, j’ai illustré certains de ses romans et j’ai toujours adoré ses écrits. Lorsque l’on me dit que mes réalisations sont apparentées à du Georges Simenon, cela me convient !

Parlez-nous de votre travail avec Jean-Claude Götting.

La collaboration s’est très bien passée ! D’abord parce que l’on se connait depuis très longtemps nous sommes des amis et nous déjeûnons très souvent ensemble. D’ailleurs, j’avais déjà fait la préface d’un de ses livres paru chez Futuropolis.

À une période où j’avais un peu de mal à trouver un scénario à adapter en BD – car c’est mon problème en BD, trouver de bons scénarios à adapter – François Avril a suggéré que Jean-Claude m’écrive une histoire. Nous nous sommes dit : pourquoi pas ?, et trois mois plus tard, Götting me contactait avec un scénario sous le bras.

Entre-temps, j’avais trouvé de mon côté de nouveaux scénarios : le Coronado ainsi que le livre que j’ai réalisé avec Benacquista. Toutefois, j’avais lu et beaucoup aimé l’histoire que Jean-Claude Götting avait écrite pour moi. Mais par manque de temps, je ne pouvais pas m’y consacrer immédiatement. Enfin, je trouvais que cette histoire lui convenait mieux et je lui avais proposé de la réaliser lui-même, mais il a refusé prétextant qu’il l’avait faite pour « mes images ».

Techniquement, il m’avait donné un texte écrit mais pas découpé, donc je m’en suis chargé. J’ai aussi rajouté des scènes ; il y en a d’autres que j’ai supprimées, tout en respectant son travail. Un exemple : j’ai ajouté le prologue où l’on voit le père se pendre car je trouvais que cela apportait de la force à l’histoire générale. De son côté, il a fait des petites corrections ici et là, à la fin.

Vous avez déclaré que lorsque vous travaillez avec un scénariste ou que vous adaptiez un roman, ce n’est pas tellement le contenu de l’histoire qui vous attire mais plutôt le style de l’auteur. Qu’est-ce qui vous attire chez Jean-Claude Götting ?

Son écriture me convenait et puis, le thème de la vengeance et surtout, la manière de raconter cette vengeance m’ont plu. De manière générale, il faut que je trouve un « déclic » et celui-ci peut surgir dans une ligne de texte !

Par exemple, Philippe Paringaux m’avait écrit une histoire qui m’a séduite à cause d’une seule phrase qui m’avait scié, au point que je trépignais en pensant au moment où je la dessinerais ! Dans Pigalle 62.27, ce qui m’a intéressé, c’est le personnage, les références de l’époque et puis tout cet univers un peu disparu.

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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En médaillon : Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Illustrations : Loustal (C) Loustal ou Casterman.

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