Jacquou le croquant - Par Christophe Lemoine et Cécile - Editions Vent d’Ouest

18 mai 2015 2 commentaires
  • Rodé à l’exercice de l’adaptation littéraire, le duo composé de Christophe Lemoine au scénario et Cécile au dessin, nous livre une interprétation du roman {Jacquou le croquant} d’Eugène Le Roy. Il s’agit de la troisième collaboration de ce genre du duo, après l'adaptation du {Poil de Carotte} de Jules Renard et de la {Guerre des Boutons} de Louis Pergaud.

Roman social d’Eugène Le Roy, publié à la fin du XIXe siècle, Jacquou le croquant retrace le parcours tumultueux et la quête de vengeance du jeune Jacquou, de l’enfance à l’âge adulte.

Fils d’un métayer travaillant au service du sombre comte de Nansac, Jacquou perd d’abord son père, condamné par la volonté du comte et qui ne survivra pas au bagne. Sa mère, éprouvant toutes les difficultés du monde à trouver le travail nécessaire à sa survie et celle de son enfant, meurt quelques années plus tard d’épuisement et de désespoir.

Orphelin, Jacquou erre misérablement avant d’être recueilli par le Père Bonal, curé de village. Jacquou grandit dans le cadre paisible de la demeure de Bonal, et connaît des années enchantées par l’amour tendre qu’il partage avec la belle Lina, avant que le comte de Nansac ne vienne perturber une nouvelle fois sa vie.

La défiance et les provocations qu’il échange avec le comte mènent Jacquou au cachot, et Lina au suicide. Libéré, mais ravagé par cette nouvelle perte et animé par une soif de vengeance, Jacquou rassemble autour de lui le désespoir de nombreux paysans unis par une colère commune envers le comte.

Jacquou le Croquant est de ces romans, souvent lus dans un cadre scolaire, qui font partie de la jeunesse d’un grand nombre d’entre nous.

Jacquou le croquant - Par Christophe Lemoine et Cécile - Editions Vent d'Ouest
© Vent d’Ouest

Le scénario de Christophe Lemoine , destiné à la jeunesse, condense le récit autour des évènements-clés. L’approche, sans prétention, est respectueuse, prudente mais efficace. Tout tourne autour des relations entre les personnages : Jacquou, à travers l’œil de qui tout est vu et raconté, réagit au monde qui l’entoure et, par ses réactions, met en évidence les bonnes et mauvaises intentions de chacun.

Il y a de la bonté dans le graphisme rond et velouté de Cécile, une bonté bienvenue dans ce récit qui appelle le jeune lecteur à l’empathie. Cette enveloppe de bienveillance qui entoure chaque page de l’album peut pourtant parfois déconcerter, lorsqu’elle contraste avec le contenu de certaines séquences. Le ton est rassurant et affectueux, quelle que soit la dureté de la scène racontée.

Le trait est sensible, plus épais et charbonneux que dans ses précédents albums. Sobre, rafraîchissant, il va droit à l’essentiel, et laisse ainsi une place ample à la colorisation texturée de Mariacristina Federico, qui pose des atmosphères nuancés.

© Vent d’Ouest

On sent néanmoins que Cécile est plus dans son élément dans la représentation de la nature que dans celle des architectures, parfois représentées de manière sommaire : pour la dramaturgie de la fin du récit. Le château du comte de Nansac aurait, par exemple gagné, à apparaître plus imposant.

Pas de quoi, bien sûr, gâcher le plaisir simple de la lecture de cet album réconfortant comme un feu de cheminée.

Notons la parution, en parallèle, du premier album d’une nouvelle série dessinée par Cécile, aux éditions Bamboo : Le Livre de Piik, et qui dévoile une autre facette de son dessin : dynamique, plus porté sur le mouvement, adapté à l’humour et au gag, dans une veine médiévale cousine, dans une certaine mesure, de celle de la série Le Royaume, de Benoit Feroumont.

(par Ralph DOUMIT)

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