Jamie Delano présente Hellblazer T. 2 - Par Jamie Delano, Richard P.Rayner, Mike Hoffman, Bryan Talbot & David Lloyd - Urban Comics

17 juillet 2020 0 commentaire
  • Deuxième opus de la trilogie Hellblazer par Jamie Delano marqué par l'un des ancêtres de John Constantine lié au personnage emblématique de Merlin. Véritable voyage psychédélique au tréfonds de l'âme. Une grande réussite !

Pour ce second opus de la trilogie de Jamie Delano, nous démarrons sur un long récit scindé en deux histoires. Nous voyons tout d’abord John Constantine en rage face à la situation politico-économique de 1982 où l’Angleterre lance les hostilités sur les îles Malouines par les forces de la Royal Navy. Explosant son téléviseur, mélangeant des médicaments psychotropes à de l’alcool, le marionnettiste qui manipulait le monde n’est plus que l’ombre de lui-même, quittant pour la énième fois l’institut Ravenscar pour les fous dangereux.

Une fois libre, se questionnant sur ses raisons existentielles, notre gaillard hésite entre se suicider du haut d’une falaise ou regagner une fois encore Londres et ses chimères. De retour à Londres, où il retrouve un ancien toxicomane "Destructo Vermine" reconvertit en présumé businessman, Constantine se cherche, et se donne un bon bol d’air frais grâce à une belle brune mystérieuse qui l’entraine avec passion.

Nous délaissons notre héros pour plonger dans le temps où Monseigneur Abbé, un ancêtre de Constantine a connu le magicien Merlin. Un aïeul rendu fou par l’âge mais également en duel permanent face au christianisme, qu’il combat avec acharnement. Une histoire contée par Delano avec brio où le représentant du paganisme détient en captivité Merlin, ou plutôt ce qu’il en reste : sa tête, dont les yeux rongés sans cesse par des corbeaux apaisent quelque peu son bourreau. Un récit sombre et diabolique par lequel l’auteur festoie sur différents plans : sacrifices animaliers, rituels, intervention d’un dragon, animaux mystiques...

Jamie Delano présente Hellblazer T. 2 - Par Jamie Delano, Richard P.Rayner, Mike Hoffman, Bryan Talbot & David Lloyd - Urban Comics
©Bryan Talbot / Urban Comics

Le second récit "L’horreuriste" atteint des sommets de monstruosité. La trame évolue dans un patelin de l’Illinois où chaque personne vivant aux alentours frémit du fait d’un froid polaire glacial, sans réel espoir, convaincu par la fatalité de son triste sort. Dans ce contexte hostile, Constantine quitte un bistrot de vauriens, raccompagnant une prostituée sado-masochiste. Bien que la dame le fouette en y mettant du sien, Constantine, insensible à la douleur, préfère retourner rêvasser et picoler dans son coin.

Une nouvelle l’enquête l’attend : une jeune fille apparaissant sur une photo prise au Mozambique en 1986, adoptée par un couple de missionnaires chrétiens américains dont le mari s’est pendu et l’épouse devenue hystérique. Tout porte à croire que la petite est décédée mais ce n’est pas de l’avis de Constantine qui relève un nouveau défi de taille. Certainement l’une des narrations les plus glauques de l’univers d’Hellblazer. Tout est présent pour un résultat probant : ambiance noirâtre suffocante, protagonistes déchirés par leur vécu et surtout un dénouement épatant magistralement mis en relief par les auteurs.

Les épisodes épisodes régaleront par leur aspect purement psychédéliques dans lequel Constantine sera pris de folie furieuse lors de ses séjours en hôpital à Ravenscar et où ensuite il affrontera des forces démoniaques.

La partie graphique n’est pas en reste offrant un spectacle qui de manière générale vaut le détour. Des artistes tels que Richard P.Rayner, Mike Hoffman ainsi que Bryant Talbot façonnent de manière intelligente les différentes époques parcourues d’Hellblazer. Un style old school certes, mais qui colle admirablement avec la trame scénaristique. Tous les dessinateurs de ce recueil évoluent dans un même registre, à l’exception d’un seul : l’artiste de V pour Vendetta David Lloyd, propose un trait artistique à contre-courant, qui marque les esprits du lecteur et ce dès les premières pages. Le récit intitulé "L’horreuriste" se déroule en Antarctique, et chaque planche transmet un froid viscéral lancinant. Contrairement aux autres chapitres, qui mettent en scène une chute progressive vers l’antre des enfers, dans lesquels un humour décalé permettait d’adoucir lee contenu horrifique, "L’horreuriste" joue la carte unique de la souffrance profonde, si bien que même le plus tenace des lecteurs en matière d’épouvante pourrait se sentir démuni et acculé. Le trait de David Lloyd y est pour beaucoup, et chaque bulle révèle la quintessence de la folie brute.

L’univers d’Hellblazer demeure une valeur sûre en matière de Comics transgressif. Véritable ode au fantastique, il s’agit d’une expérience visuelle et littéraire reprenant des thématiques sociales, politiques, concernant la condition de vie de l’individu, ses choix de décisions et de parcours. Un véritable régal de rimes et de poésie, le tout mis en relief par une qualité graphique subtile, crasseuse mais efficace. Bref, juste indispensable !

(par Marc Vandermeer)

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