Janssens & Peral : « Billy The Cat est un passeur de monde »

24 juillet 2006 1 commentaire
  • Stephen Desberg a laissé le scénario de {Billy The Cat} à un jeune confrère, {{Jean-Louis Janssens}}. Celui-ci souhaite faire évoluer la série dans le registre de l'aventure, tout en conservant la personnalité unique du personnage principal, Billy, l'enfant devenu chaton.
Janssens & Peral : « Billy The Cat est un passeur de monde »
Billy The Cat
par Janssens & Peral chez Dupuis.

Janssens et Peral viennent de publier leur premier album en solo, La Machine à Ronronner. Un album aussi intelligent que divertissant...

Pourquoi avoir accepté de reprendre le scénario de « Billy The Cat » ?

Janssens : Reprendre une série de deux auteurs que j’admire était un véritable défi ! J’ai toujours apprécié le travail de Colman. A tel point que j’ai eu envie d’acheter l’un de ses dessins originaux. Je n’ai jamais eu auparavant ce désir, et je ne l’ai plus eu depuis.

Stephen Desberg a lui-même repris le scénario de l’une des séries cultes du journal de Spirou, Tif et Tondu. Les Phalanges de Jeanne d’Arc constituent une première dans la bande dessinée franco-belge : c’était la première fois qu’une série était « revisitée », comme a pu l’être Batman plus tard. Cette histoire m’a marqué car son ton était très noir et adulte tout en étant une série tout public...

Karma, la série que je scénarise pour Borrini, est un hommage à Stephen Desberg, et particulièrement à Arkel [1]

Le "scénario dessiné" de Jean-Louis Janssens
La première planche du T11 (à paraître).

Vous avez donc accepté de reprendre la série par « admiration »...

J : Pas seulement ! J’ai toujours eu des chats. Ils sont pleins de contradictions. Ils peuvent être à fois doux et cruels. Mais la véritable richesse narrative à exploiter était le personnage de Billy : C’est un passeur de mondes, entre celui des chats et des humains, avec les quiproquos et les choix que cela entraîne. Billy est à cheval sur deux univers différents, et c’est forcément une source d’inspiration, sans compter le merveilleux et le fantastique. Cette série a beaucoup de potentiel. J’espère la mettre en valeur, avec l’aide de Peral, qui m’épate de plus en plus ...

Vous avez repris le scénario de Billy durant la réalisation de l’album précédent, Monsieur Papa. Etait-ce un exercice facile ?

J : C’était une expérience à la fois brutale et facile. Stephen Desberg est la gentillesse même. Il souhaitait se consacrer à ses multiples projets plus adultes, et m’a confié les clefs de la boutique avec une confiance aveugle.

J’ai reçu les quinze premières pages, déjà dessinées. Je n’ai eu qu’une seule consigne de la part de Stephen Desberg : Billy devait se réconcilier avec son père et pouvait partir pour de nouvelles aventures, apaisé.
Mais dans cette première partie de l’histoire, le papa de Billy se conduisait comme un vrai salaud. Mais j’ai finalement réussi à jongler de telle façon qu’il « retombe sur ses pattes », comme un vrai chat. A l’avenir, et selon le souhait de Stephen Desberg, Billy sera moins tourmenté et beaucoup plus aventurier...

Le crayonné de la même planche, réalisé par Peral.

Pourquoi ce revirement ? Les rapports entre Billy The Cat et ses parents humains ne font-ils pas le charme de la série ?

J : Effectivement, c’est un risque d’axer la série sur un autre élément que la relation de Billy avec sa famille humaine. Mais nous allions finir par tourner en rond si on suivait systématiquement cette voie. Et puis, Billy n’en a pas fini avec la famille, puisqu’il s’en est choisi une d’adoption : Mr Hubert et le père de ce dernier.
Par contre, Billy ne sera jamais mentalement un chat. Il faut conserver l’originalité de la série...

Quels sont vos rapports avec Peral ?

J : Alain Peral n’intervient pas dans le scénario. Il n’en s’en plaint pas car j’essaie de rendre les histoires le plus attrayantes possibles pour lui éviter la monotonie. Je multiplie les scènes, les personnages, les décors. Bien sûr, il sait que s’il manifeste des envies, j’en tiendrai compte. A sa demande, il me sollicite à chaque étape du dessin, depuis le découpage jusqu’à l’encrage. C’est très enrichissant pour chacun, et cela nous oblige à motiver chaque détail et de formuler des éléments que l’on perçoit d’instinct... Cette manière de travailler nous permet de progresser, même si cela demande un peu de travail supplémentaire.

... et le résultat encré !

Peral, je vous sens plus à l’aise pour dessiner les animaux, plutôt que les humains...

P : C’est vrai ! Je préfère dessiner les animaux plutôt que les humains. Mais dans le prochain album, je me suis attaché à revoir ma façon de construire mes personnages humains. Ils sont à présent un peu plus « caricaturaux » et moins « cartoon ». Un choix qui me plaît car cela devient plus « facile » de typer le personnage. J’espère que le lecteur le ressentira ...

Continuez-vous à travailler pour l’illustration ?

P : De plus en plus sporadiquement, malheureusement. Je réalise de temps en temps des commandes de dessins pour la « communication interne en entreprise ». De plus, la série Sourimousse que j’illustrais pour les éditions Hemma [2]), s’est arrêtée après dix tomes. Je me concentre donc sur Billy The Cat.

Extrait du découpage de la planche 5 du T11 (à paraître).

Jean-Louis Janssens, quels sont vos projets ?

J : Le deuxième album de Karma avec Borrini, sortira en janvier 2007 et sera accompagné de Zarla, une nouvelle série tout public dessinée par Guilhem Bec [3]. Nous raconterons les aventures tragi-comiques d’une fillette et de son chien - à moitié démon - sur fond d’héroïc Fantasy. Cette série devrait faire du bruit.
Jean-Christophe Fournier, un jeune dessinateur bourré de talent, devrait commencer les premières planches d’une série d’aventure « tout public » à la rentrée : Grô ! mettra en scène un jeune yéti dans le paris des années 1900 [4]. Le tout sur fond de SF rétro. Un genre que j’appelle volontiers de l’électro-magnéto punk !
Sinon, j’ai aussi un épisode de série pour Fluide Glacial, dont le scénario est pris, mais je n’ai hélas pas encore trouvé le dessinateur. C’est d’ailleurs mon plus gros problème dans ce métier ! J’en profite donc pour lancer un appel : si vous avez un bon coup de crayon, par pitié, contactez-moi !

Peral & Janssens

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


Egalement sur actuabd.com :
Lire la chronique du T09 : Monsieur Papa
Lire la chronique du T10 : Les Machines à Ronronner
Lire une interview de Peral, réalisée en juin 2005.

Lien vers le blog de Peral

Illustrations (c) Peral, Janssens & Dupuis.

[1Une série illustrée par Marc Hardy. Quatre albums ont vu le jour aux éditions Dupuis, puis Palombia.

[2avec Schmurl

[3qui paraîtra chez Dupuis

[4Toujours chez Dupuis

 
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