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Japan Expo 2015 : Bilan et perspectives (2/2)

  • Avec sa formule désormais bien rodée, complétée d’une série d’ajustements appréciables, Japan Expo confirme son entrée dans un âge mature, à l'image de son public, renouvelé, où parents et enfants achètent chacun leurs mangas !

Le maître-mot de cette année était donc « resserré » sans que cela doive être pris dans un sens péjoratif, même si l’heure de fermeture ramenée à 18 heures au lieu de 19 heures n’a évidemment pas fait que des heureux.

Si, du côté des professionnels comme nous l’évoquions hier, ce changement fut accueilli avec satisfaction, du côté des visiteurs, il impliquait moins de temps sur le festival pour ceux qui ne peuvent se présenter aux premières heures, mais aussi de manière plus subtile, le raccourcissement certains conférences « mineures » passant de 1 heure à 45 minutes. Lorsqu’on sait qu’elles se révèlent souvent un peu trop courtes, on peut regretter ce dommage « collatéral ».

Au niveau des bémols, signalons aussi les inévitables couacs entre l’équipe de Japon Expo et les exposants comme nous le confiait l’éditeur Taifu Comics / Ototo avec l’impossibilité de se réapprovisionner en journée suite à une rupture de stock ! Mais il saluait également la réactivité et la compétence des « agents de terrain » qui ont réglé avec célérité un problème d’écran lors d’une de ses conférences !

 Japan Expo 2015 : Bilan et perspectives (2/2)
Codes couleurs et signalétique créative... : on circulait mieux dans Japan Expo cette année.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Une meilleure circulation entre les stands

Outre les horaires ou les thèmes, cette année a vu également quelques réorganisations de stands relativement bienvenues. Nous vous avions parlé des noms japonais donnés cette année aux différents espaces du salon. Ces espaces sont désormais plus cohérents thématiquement et rassemblent des stands auparavant davantage dispersés.

Par exemple, les amateurs de figurines pouvaient trouver leur bonheur dans l’espace Yuzu, dont le fameux stand de l’éditeur japonais Good Smiles, le temple des figurines d’otakus, coincé les années précédentes dans le passage entre les deux halles.. peu propices aux rassemblements pour admirer leurs vitrines ! Cette année c’était donc au « calme » et dans un espace plus grand que les amateurs pouvaient s’exercer à leur activité favorite : débattre des plus belles figurines !

L’éditeur japonais Good Smiles, le "temple" des figurines.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

C’est également dans l’espace Yuzu, dans le même « coin », que furent rassemblées les expositions consacrées aux différentes invités… même si nous pouvions regretter trop souvent leurs petites tailles : il était ainsi difficile de circuler dans celle consacrée à Hiromu Arakawa (Fullmetal Alchemist, Silver Spoon, alors qu’au contraire, celle dédiée à la série Evangelion apparaissait si grande et vide (car trop peu d’éléments exposés à notre sens), qu’elle se transformait en fin de journée en lieu de repos improvisé pour des visiteurs heureux de trouver de la place pour allonger leurs jambes !

Une réorganisation générale qui s’est faite sur des « détails » mais qui a permis en fin de compte une meilleure rationalisation de l’espace, plus thématique et logique, même si l’aspect très ordonné a fait perdre un peu de la magie de « tomber sur un stand qui semble sortir de nulle part » !

De façon générale, ce « resserrement » a amélioré la circulation de la foule, sauf, comme toujours, dans le passage reliant les deux halls cependant moins remplis dans le fond que les années précédentes. À ce titre, la partie jeux vidéo et le « Quartier Web » ont revêtu des dimensions nettement plus modestes par rapport aux années précédentes, participant à cet effet de resserrement de Japan Expo autour de ses fondamentaux.

Transversalité des supports... et des styles de BD

La force du manga japonais est sa présence sur tous les supports de loisir des jeunes : cinéma, séries TV, jeu vidéo, musique, cosplays, collectibles, etc. Les conférences présentées en témoignent : celles de Shigeru Miyamoto et Ken Amaterasu (sur lesquelles nous reviendrons en détail) ont été de francs succès, et les invités semblaient en avoir été diablement amusés, tandis que celles de Kenjiro Hata (Hayate the Combat Butler) et de Yoshiyuki Sadamoto (dont c’était la deuxième venue à Japan Expo : il était déjà venu en 2008) se sont révélées plus sages. N’oublions pas celles de Shichiro Kobayashi (créateur des décors de nombreux animés), Reki Kawahara et abec (Sword Art Online), Tsukasa Saimura ou encore Kôzô Takahashi (Crueler than Dead).

Issu tout d’abord du "light novel", roman pour adolescents, le phénomène "Sword Art Online" se décline comme une license, sur tous les supports.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Parmi les nombreuses conférences que proposait cette année Japan Expo, deux avaient pour sujet l’avenir du Global Manga, ce « manga » dessiné et publié hors du Japon, un vocable forgé il y a une dizaine d’années maintenant. Celle en particulier sur le manga français aboutissait à des conclusions plutôt optimistes.

Les conférences ne sont pas que l’apanage des professionnels : l’association TYPE-MOON France a ainsi proposé samedi une conférence sur la saga Fate/.
Photo : Guillaume Boutet
Le colloque de l’enseignement du manga dans les pays étrangers.
Photo : Guillaume Boutet
Pionnier du "Global Manga" (il avait tenté de faire un manga avec Spirou en compagnie de J-D. Morvan en 2006), Hiroyuki Ooshima revient chez Kana avec "Toys of War."
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

À l’école des mangas

En particulier samedi, eut lieu un colloque de l’enseignement du manga dans les pays étrangers en présence de Eiji Otsuka, professeur de manga, connu en France pour MPD-Psycho et Kurosagi, accompagné de deux ses « élèves » enseignants, Tadahiro Yamamoto et Tatsuya Asano (qui, à partir de septembre 2015 sera maître assistant à la Beijing Foreign Studies University).

Du côté « européen » étaient présents : Claire Pélier présidente de l’école de loisirs Toulouse Manga et de la future école supérieure toulousaine EIMA ; Kaori Yoshikawa professeur de manga à l’école A.A.A., Membre de JCA (l’association des mangakas du Japon) ; et Caroline Parsons directrice de la Human Academy Europe à Angoulême et spécialiste de l’histoire et de la théorie de l’animation.

Pour Eiji Otsuka, il ne faisait aucun doute que l’universalité de la grammaire du manga pouvait s’adapter à n’importe quelle culture pour donner naissance à son propre « manga ». Une idée partagée par Claire Pélier qui a pour objectif, avec Toulouse Manga, de mêler l’académisme à la française au feeling japonais : tout un programme !

C’est que le manga est devenu, du fait de son coût de production modeste : en noir et blanc et en format de poche, comparé à une BD ou à un comic book, une véritable norme mondiale de conception de la BD -un peu rejointe par le roman graphique- dépassant, et de loin, les frontières de l’archipel nippon.

Sa sémantique aussi, souvent centrée sur l’Heroïc Fantasy et la science-fiction, est devenue une norme culturelle mondiale, confortée par le cinéma et les jeux vidéo, mais aussi le roman, thèmes dont raffolent à l’évidence les jeunes du monde entier. On aura l’occasion de revenir sur cette évolution thématique.

Enfin, le phénomène était constaté par les exposants cette année, la "génération manga" a vieilli et les éditeurs constatent, "enfin" disent-ils, un renouvellement des lecteurs. Désormais, les parents qui accompagnent leurs enfants sont autant amateurs de manga que leur progénitures, et toute la famille achète ses mangas adaptés à tous les sexes et à tous les âges...

La culture japonaise a encore de beaux jours devant elle.

Les auteurs du Global Manga sportif "Head Trick" (ED éditions), les scénaristes stéphanois E.D et le dessinateur belge K’yat dédicaçaient pour la première fois à la Japan Expo.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Guillaume Boutet)

(par Didier Pasamonik (L'Agence BD))

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