Japan Expo 2016 : Hiro Mashima ("Fairy Tail") raconte ses dess(e)ins magiques

17 juillet 2016 0 commentaire
  • Il était l’invité d’honneur de ce 17e Impact, pour fêter les dix ans de succès de sa guilde de mages: Fairy Tail. Portrait d’une des icônes du shonen actuel et compte-rendu de la conférence publique à laquelle le mangaka a participé durant cette édition de Japan Expo.

On le connaît notamment grâce à Fairy Tail, immense succès au Japon et en France qui fête cet été ses dix ans. Mais Hiro Mashima c’est avant cette série une autre, déjà fleuve et prisée des fans : Rave. Et en parallèle de ce travail de fond sur près de vingt ans diverses séries courtes et projet annexes.

Carrière

Hiro Mashima, né en 1977, et appartient à la même génération que Eiichiro Oda (One Piece), Masashi Kishimoto (Naruto), Tite Kubo (Bleach) ou Atsushi Okubo (Soul Eater). Soit des mangakas ayant débuté à la fin des années 1990 ou au début des années 2000, biberonnés à Dragon Ball (parce que « Goku est super cool » comme Mashima le dira lors de cette conférence publique), et régnant sur le shonen d’aventure et de combat à travers les puissants magazines de prépublication de Kodansha et Shueisha, les deux grands rivaux de l’édition manga au Japon.

Japan Expo 2016 : Hiro Mashima ("Fairy Tail") raconte ses dess(e)ins magiques
Manga et produit dérivé : les élèves ont leur agenda Fairy Tail !

C’est dans le Weekly Shonen Magazine, de Kodansha donc, que Hiro Mashima débute sa première grande série, Rave, en 1999, après quelques one shot. Trente-cinq tomes et six ans de prépublication plus tard, la série prend fin. Et l’année suivante, en 2006, le mangaka attaque une nouvelle série fleuve, Fairy Tail, 55 volumes publiés au Japon tandis que la France, en plus des 10 ans de la série, fête la parution du cinquantième volume.

En parallèle, Mashima aura publié des histoires brèves dans Mashima-en, d’autres séries courtes comme Monster Soul (deux tomes, en 2006) ou Monster Hunter Orage (quatre tomes, en 2008) et aura étendu l’univers de Fairy Tail avec divers spin-off, assurant même pour certains le dessin comme Fairy Tail Zero. Bourreau de travail qui parvient à produire des chapitres mensuels le week-end des semaines où il produit les chapitres hebdomadaires de la série principale, Hiro Mashima entretient en outre un lien étroit avec son lectorat à travers les réseaux sociaux.

Vue d’ensemble de la conférence

Caractéristiques de l’œuvre

Il faut dire que la série apparaît parfaitement calibrée pour le public visé, celui des jeunes garçons fans de shonen nekketsu, de ces récits d’affrontement où les héros se dépassent constamment et vivent des aventures mouvementées et merveilleuses. Car Fairy Tail applique avec constance et savoir-faire une recette éprouvée, selon une mécanique parfaitement huilée.

La structure narrative de base assure d’abord un renouvellement aisé de l’action et des intrigues. Le titre repose sur deux héros principaux, Natsu et Lucy, membres d’une guilde de magiciens dont les membres constituent les compagnons de notre duo, certains très proches, d’autres plus occasionnels. Cette guilde, Fairy Tail donc, se voit confier des missions, et se trouve embarquée dans des aventures qui culminent le plus souvent dans une opposition à une guilde rivale. Ainsi, les différents arcs narratifs apparaissent souvent décrochés les uns des autres.

Couverture de l’édition limitée du tome 50, assortie de cartes à l’effigie des héros de la série

Un fil rouge, ténu, assure pourtant une forme de continuité et développe peu à peu une grande intrigue que Hiro Mashima nourrit sporadiquement et dont il étoffe la mythologie de temps à autre. L’histoire de Fairy Tail donne ainsi le sentiment de pouvoir à tout moment proposer un développement décisif comme de se permettre de repartir sur du neuf sans problème majeur de cohérence ou de progression. Même si dernièrement, ceux qui suivent la prépublication ont l’impression que la série en arrive à son terme.

À partir de ce canevas ferme qui permet à l’auteur une grande souplesse en termes de rythme, le déroulement de l’action demeure sensiblement le même à chaque fois. Un drame initial, un peu d’aventure, une opposition nouvelle présentée comme insurmontable et incarnée par des adversaires charismatiques et poseurs, et le pouvoir de l’amitié pour triompher, entre dépassement et sacrifice.

Et tout cela prend appui sur un dessin d’un dynamisme évident, d’une grande clarté et parmi les plus aboutis actuellement dans les productions de type shonen. C’est rond et plutôt fin à la fois, lisible et détaillé et même temps, pour un réel plaisir et un véritable confort de lecture. Un grand dessin donc, au profit d’un autre dessein, ou plutôt des seins…

Le calendrier de l’année prochaine : les pages couleur de la série en posters

Car ce qui caractérise aussi Fairy Tail, et participe amplement à sa formidable popularité, c’est qu’il fournit beaucoup, mais alors beaucoup de ce que l’on nomme, parmi les amateurs de manga et d’anime, le fan service. Ainsi, chaque chapitre se doit d’offrir son lot de cases exposant les formes généreuses, plus ou moins dénudées, à peine recouvertes de lingeries ou autres (sous-)vêtements des personnages féminins, au premier rang desquels Lucy, l’héroïne. À tel point que ce fan service de type ecchi, vaguement émoustillant, à destination d’un publi (pré- ?) adolescent,constitue l’une des marques de fabrique du titre et l’une des raisons évidentes de son succès.

Si l’on résume : de l’action trépidante pour vibrer avec Natsu, une poitrine bondissante pour s’exciter avec Lucy, voilà en gros les codes du succès de Fairy Tail, mis en œuvre de main de maître par Hiro Mashima.

Pas de raison que cela s’arrête là dans la mesure où le public suit encore et toujours, dix ans après le lancement de la série et où les produits dérivés se multiplient sans cesse ? Pas si sûr lorsqu’on entend certaines réponses formulées par le mangaka lors de la dernière Japan Expo.

Hiro Mashima, à droite, et son traducteur, Thibaud Desbief

Conférence publique du 8 juillet 2016 à Japan Expo

C’est devant un hall rempli jusqu’à la gueule de fans enthousiastes que Hiro Mashima a répondu aux questions d’abord de l’animateur de l’événement, puis du public, en profitant pour réaliser un dessin en direct.

Si la seconde partie de ce moment fut sympathique et parfois assez intéressante, la première est malheureusement demeurée très convenue et complaisante, notamment du fait d’un intervenant surjouant la bonne humeur et la camaraderie avec à la fois l’invité et le public. Le tout ponctué en outre d’interventions publicitaires pour un partenaire commercial du plus mauvais effet. Mais sans doute est-il difficile de faire autrement en public, avec l’invité d’honneur de l’événement.

Voici un compte-rendu de l’ensemble, reformulé et réorganisé par nos soins.

Sur sa formation et sa manière de travailler

Hiro Mashima a d’abord expliqué comment il s’est intéressé au manga. Sa passion lui est ainsi venue de son grand-père, qui ramassait les mangas qu’il trouvait dans la rue pour les lui faire lire. Et c’est à partir du moment où il a créé ses propres personnages qu’il a senti qu’il possédait quelque chose qui lui permettrait de faire ce métier.

Pour autant, il n’a pas suivi de formation particulière en dessin. Pour Mashima, l’important demeure de dessiner tous les jours, et de soumettre ses dessins à son entourage pour recevoir le plus d’avis possible afin de progresser. Et lorsqu’on évoque devant lui les progrès de son dessin sur les dix ans de Fairy Tail, il nuance le constat.

S’il reconnaît volontiers avoir techniquement progressé et pouvoir aujourd’hui réaliser des choses dont il était incapable à ses débuts, il loue les mérites de la jeunesse dans une carrière de mangaka : jeune, on dessine selon lui avec beaucoup d’entrain et d’engouement, qualités que l’on a tendance à perdre avec le temps. C’est pourquoi il assure faire particulièrement attention à cela, à ne pas perdre son enthousiasme, conscient du risque qu’il y a à cela.

Un jeune garçon cosplayé en Natsu invité à monter sur scène

Pour répondre à une question sur sa manière de travailler, Mashima choisit d’être concret et détaille en quoi consiste sa semaine de travail durant laquelle il doit réaliser son chapitre hebdomadaire d’une vingtaine de pages.

Cela commence par le dimanche, jour des nemus ou storyboards, la base pour la suite. Le lundi est le jour de la réunion éditoriale avec son tantô, l’éditeur qui le suit, sur la base de ces nemus. Suite à cette réunion, et en fonction des remarques ou suggestions formulées, Mashima, achève ou reprend son storyboard. Il réalise le crayonné mardi, tandis que les mercredi, jeudi et vendredi sont consacrés à l’encrage. Enfin, l’emploi du temps du samedi fluctue entre travail à finir, s’il y a eu retard, réalisations de travaux annexes, comme des couvertures, ou le repos. Mais comme il le fit remarquer, cela fait très très longtemps que le mangaka ne s’est pas octroyé de journée de repos.

Bien évidemment ce travail fait appel à la collaboration d’assistants. Ils sont, pour Fairy Tail, au nombre de quatre : deux pour réaliser l’arrière-plan, et deux pour les finitions. Ils arrivent le mercredi pour travailler avec lui, pour trois ou quatre jours de travail selon la charge du moment.

Interrogé de manière plus générale sur les changements qu’il aurait pu observer dans l’industrie du manga depuis qu’il a débuté, Mashima formula deux observations. La première concerne l’ouverture à l’étranger du manga. C’est selon lui à présent une réalité qui compte, dont les auteurs ont conscience, notamment concernant le marché français précisa-t-il. Les auteurs savent qu’ils travaillent sur un support qui pourra être reçu en dehors du Japon, alors que le manga ne lui semblait pas aussi connu à l’étranger lorsqu’il a débuté. Sa seconde observation a concerné une particularité selon lui de l’édition au Japon : on dit ce milieu en crise mais il y a dans le même temps toujours plus de jeunes gens qui proposent des planches aux éditeurs pour y faire carrière.

Hiro Mashima en train de dessiner Natsu

Concernant les personnages de Fairy Tail et la progression de l’intrigue

À leur sujet, Mashima expliqua avoir l’impression de créer des personnages qui portent chacun un part de sa propre personnalité. Ainsi, Natsu lui apparaît comme une version de lui enfant, Lucy, dans son souhait de devenir romancière, comme l’expression de sa partie artiste, ou Happy comme la manifestation de son envie, parfois, de se replier tranquillement dans un coin pour rêvasser.

Et lorsqu’on lui demande quel est son personnage favori parmi l’immense galerie déjà constituée, il formule une réponse étonnante. Son personnage favori fluctue en fonction des moments et cela guide même l’écriture du manga. Ainsi, lorsqu’il met particulièrement en avant un personnage, c’est généralement qu’il s’agit du personnage qu’il préfère à ce moment-là. Par exemple, actuellement, dans la prépublication au Japon, c’est Lucy qui est à l’honneur et c’est bien Lucy son personnage préféré actuellement !

Parallèlement à cela, il fit remarquer qu’après dix ans les personnages ont tant évolué qu’ils n’ont presque pas besoin de lui pour avancer dans l’histoire et qu’il a parfois le sentiment de se laisser guider par eux.

Mais, interrogé sur le fait de fermer ses intrigues ou bien de les laisser ouvertes, Hiro Mashima indiqua tenir au fait que tous les éléments introduits trouvent une explication à un moment donné. Il affirma sa volonté de ne pas laisser de mystères non élucidés dans son histoire. Pour autant, il reconnut avoir tendance à oublier certains détails, ce qui peut le conduire à laisser des éléments en suspens. Il demanda alors au public de ne pas hésiter à lui signaler des oublis pour y remédier. Dans de tels cas, il se fait en effet un devoir de combler les lacunes, comme il a pu encore le faire dernièrement.

Page couleur, que l’on retrouve dans le calendrier 2015-2016. Un exemple assumé de "fan service"
© Mashima / Kodansha

Plusieurs questions furent posées sur l’un des aspects "saillants", et polémiques, de Fairy Tail : le traitement des personnages féminins. À une question consensuelle sur le statut de femmes fortes de nombre de magiciennes de la guilde des héros, Mashima eu beau jeu de répondre que la raison provenait du fait qu’il n’était lui-même entouré que de femmes fortes.

Mais un membre de l’assistance se montra plus offensif, évoquant la gratuité de certains dessins montrant les formes des personnages féminins, et interrogeant le mangaka sur les raisons de ce type de mises en scène. Au rire gêné de l’animateur succéda une réponse très simple de Mashima : parce qu’il s’agit là de dessins qu’il adore. Il précisa cependant que le public français lui semblait assez ouvert sur ce type de dessin à l’inverse d’autres pays dont il dit recevoir des remontrances quand il en fait trop.

Concernant le traitement des personnages secondaires, alors qu’on lui demandait si des éclaircissements sur le passé de certains d’entre eux, avant leur entrée dans la guilde ou leur intervention dans l’intrigue, seraient donnés, Mashima répondit qu’il ne pourrait le faire pour tous, mais qu’il y réfléchissait pour certaines, sans que rien ne soit d’ailleurs arrêté. Il indiqua même être à ce sujet à l’écoute des fans et qu’il ne fallait pas hésiter à lui faire des demandes là-dessus.

Étonnante réponse dont on peut se demander ce qu’elle implique et recouvre réellement. Simple formule de politesse ou vraie lien avec son lectorat comme source d’orientation de l’histoire ? En tout cas, on peut se demander si ces passés de personnages secondaires pourront bien trouver une place dans la trame principale ou si cela n’annonce pas tout simplement des séries d’histoires annexes ou de spin-off pour un univers qui ne demande qu’à s’étendre alors même que son intrigue paraît en voie de conclusion.

Le dessin réalisé durant la conférence

Vers une fin de Fairy Tail

Beaucoup de questions, de manière directe ou indirecte, sont revenues sur la potentielle fin de Fairy Tail, qui semble plus imminente que jamais à ceux qui suivent la prépublication au Japon. Et malgré les précautions d’usage, car le mangaka ne peut évidemment rien révéler à ce sujet, certains indices laissent à penser qu’on se dirige bien vers le dénouement de l’aventure de Natsu et Lucy.

Ainsi, à une question directe sur la fin du manga, Mashima répondit que l’histoire était bien entrée dans son "climax". Pour autant, il promet au lecteur de nombreuses surprises.

D’abord, concernant la perspective de la mort d’un personnage important, Mashima indiqua que l’on ne manquerait pas d’être surpris dans les chapitres qui viennent. Ensuite, à une question sur une potentielle nouvelle génération de mages à Fairy Tail, là encore le mangaka précisa que l’on devrait être surpris avec beaucoup de nouveaux personnages introduits bientôt.

Faut-il comprendre que l’intrigue principale, avec cette génération de mages dont Natsu, Lucy, Erza et Grey sont les étendards, arrive à son terme et qu’une nouvelle série, sous forme de spin-off, avec de nouveaux héros, plus jeunes, pourrait voir le jour ? Un tel scénario, similaire au fond avec ce qui vient de se faire du côté de Shueisha avec Boruto, suite de Naruto, ne nous étonnerait pas.

Mais ce ne serait vraisemblablement pas dessiné par Hiro Mashima, comme ce n’est pas Masashi Kishimoto qui écrit et dessine Boruto. Car pour ce qui est de sa future création après Fairy Tail, le mangaka précise ne pas avoir encore d’idée arrêtée ou précise mais qu’il a pour autant l’intention de faire mieux que Fairy Tail.

Hiro Mashima remerciant les fans à l’issue de la conférence

Remarques en vrac

Concernant le pouvoir de l’amitié, souvent pointé du doigt comme moteur de résolution des confrontations, Hiro Mashima précise qu’il s’agit en effet d’un aspect important, mais qu’il ne faut pas négliger le fait, pour ses héros, de brûler de l’intérieur comme le rappelle Natsu lui-même. On voit bien là, dans cette remarque du mangaka, la logique nekketsu dans toute sa splendeur et simplicité première.

Interrogé sur son passage préféré du manga, Mashima répondit qu’il s’agissait du Pandémonium, avec Erza mise à l’honneur. Tout en précisant qu’il y en avait d’autres qu’il adorait également.

Amené à expliquer l’ellipse de sept ans qui ponctue le manga, le mangaka indiqua avoir simplement voulu marquer un point fort dans la série, un moment susceptible de surprendre les lecteurs.

Questionné sur la relation entre Grey et Jubia, romance au long cours de la série, Mashima s’est voulu rassurant expliquant que Grey serait conduit à apporter une réponse à la demande de Jubia.

Concernant le bestiaire, un spectateur a demandé pourquoi Mashima avait opté pour des dragons occidentaux plutôt qu’orientaux. Mashima lui répondit qu’il s’agissait avant tout d’un goût pour ces créatures et les formes qu’elles avaient chez nous. Et qu’il s’était pour cela du coup beaucoup documenté. Rappelons d’ailleurs que lors de son précédent voyage en France Hiro Mashima avait souhaité se rendre au Mont Saint-Michel.

Questionné sur le personnage de Zeref, le mangaka a précisé avoir prévu dès le début de le réutiliser plus tard dans l’intrigue et d’en faire un grand personnage.

Enfin, à une question lui demandant si l’on verrait un jour dans le manga le chat Happy en humain, comme ce fut le cas pour Carla, Mashima répondit par la négative, précisant que si tel était le cas, il ne serait plus mignon du tout et que pour cette raison, il préfèrerait l’éviter. Et, joignant le geste à la parole, Hiro Mashima improvisa un dessin de Happy en humain valant toutes les explications...

Une improvisation : Happy en humain

(par Aurélien Pigeat)

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