Japan Expo 2016 : la conférence de Shiori Teshirogi

9 juillet 2016 0 commentaire
  • Invitée à l’occasion des 10 ans de « Saint Seiya: The Lost Canvas », Shiori Teshirogi nous a fait l’honneur d’une très belle conférence durant laquelle elle est revenue sur son parcours et a répondu aux questions de ses lecteurs, des plus sérieuses aux plus espiègles.

C’était jeudi. Devant une salle comble, Shiori Teshirogi dont c’était la seconde venue en France [1], a participé à une séance de questions-réponses avec ses lecteurs tout en s’attelant à un dessin… ou plutôt à deux !

En effet, c’est le premier point, l’artiste s’avérant rapide, enchaîna un second dessin après avoir fini le premier. Elle nous offrit ainsi tout d’abord un portrait de Dégel du Verseau, car français, puis le choix d’un personnage féminin fut proposé à l’applaudimètre : Sacha Athéna en sortit vainqueur, face aux deux autres propositions qu’étaient Pandora et Yuzuriha.

Rappelons brièvement que Shiori Teshirogi s’est fait connaître avec la publication de 2006 à 2011 d’une série dérivée de Saint Seiya - Les Chevaliers du Zodiaque de Masami Kurumada : Saint Seiya : The Lost Canvas, en 25 tomes, suivi d’une séquelle sous formes d’histoires courtes qui s’est achevée cette année, en 2016, Saint Seiya : The Lost Canvas Chronicles, en 16 tomes. Des titres dont nous n’avons jamais manqué de voir dire tout le bien dont nous pensions [2].

Une nouvelle fois elle fit part à l’assistance de sa surprise de découvrir la popularité de sa série notamment en France et d’avoir reçu très tôt lors de la publication de The Lost Canvas des lettres de l’étranger.

Japan Expo 2016 : la conférence de Shiori Teshirogi
Grégoire Hellot, directeur éditorial de Kurokawa, très fier d’annoncer que ces dessins feront très bien dans son bureau !
Photo : Guillaume Boutet

Le jeu des questions-réponses débuta sur son retour d’expérience après avoir travaillé sur cet univers durant dix années. Si lors de The Lost Canvas elle n’avait jamais eu le temps de réellement réfléchir en raison du rythme effréné de publication hebdomadaire, sur Chronicles qui passa rapidement en mensuel, elle pense avoir amélioré sa narration et sa capacité d’écrire des scénarios, en particulier grâce aux Chronicles qui imposaient une nouvelle histoire par tome.

Vint ensuite le sujet du dessin. La mangaka nous expliqua que Dégel n’était pas un personnage difficile à dessiner, le plus compliqué ayant toujours été pour elle Albafica des Poissons. En effet Albafica devait être d’une beauté extraordinaire et elle ne fut pas toujours convaincue d’avoir réussi à le rendre suffisamment beau !

À l’inévitable question de savoir quels étaient ses Gold Saint favoris, Shiori Teshirogi répondit que ses favoris avaient changé avec le temps. Lorsqu’elle était enfant, il s’agissait de Camu et Saga, dont elle avait été marquée par leur duel contre Hyoga et Seiya, mais aujourd’hui c’est Dohko auquel elle reste le plus attaché.

Concernant la ressemblance physique des Gold Saints de The Lost Canvas avec ceux de la série d’origine, la mangaka a expliqué qu’il s’agissait d’un conseil de son éditeur pour capter les fans car The Lost Canvas se trouvait en difficulté à ses débuts. Il lui fut aussi demandé si elle avait des envies de dessiner les Gold Saints d’origine mais en raison de leur ressemblance avec les « siens », elle répondit que non car elle ne sentait pas capable de faire avec eux quelque chose d’intéressant ou de différent.

En continuant de discuter à propos de ses influences, Shiori Teshirogi confirma que l’idée du personnage d’Alone et de son goût pour le dessin venait de Maître Kurumada. Elle confirma également que lors de la première moitié de la série, elle faisait valider ses idées et ses storyboards par le Maître mais qu’ensuite il la laissa totalement libre étant donné que « la petite Teshirogi se débrouillait très bien ». C’est ainsi, par exemple, qu’elle s’appropria Alone, l’épaissit et s’est y beaucoup projetée et retrouvée à travers lui.

Sur l’adaptation animée, la mangaka a indiqué qu’elle n’avait aucune information sur la possibilité d’une saison 3 et tout comme ses lecteurs, elle ne pouvait que l’espérer…

Concernant les doubleurs de l’animé, elle avoua avoir donné à l’époque une liste de préférences… mais il s’avéra que ses choix étaient trop vieux et qu’il était impossible de les avoir. Elle réussit tout de même à avoir le doubleur de Freezer de Dragon Ball qui joua l’un des dieux des rêves. Ce fut son petit caprice avoua-t-elle.

Il lui fut également demandé si elle donnerait son accord pour une pièce de théâtre ou une comédie musicale sur The Lost Canvas. A priori pas de problème pour elle, même s’il semble qu’elle n’ait pas réellement d’attente là-dessus.

S’engagea ensuite une partie consacrée à sa carrière. En dépit des demandes, Shiori Teshirogi resta très discrète sur son prochain projet, indiquant simplement qu’il était en cours d’élaboration avec son éditeur et qu’il aborderait des thèmes qui lui tiennent à cœur.

Montage Japan Expo 2016

Cependant, par le passé, elle se montra plus loquace, rappelant d’abord que, plus jeune, elle admirait beaucoup les œuvres de Rumiko Takahashi (Lamu, Maison Ikkoku, Ranma 1/2) avant de découvrir Saint Seiya.

Elle devint professionnelle en étant repérée en 1997 lors d’un concours d’Enix, le même auquel participa Hiromu Arakawa (Fullmetal Alchemist) aime-t-elle rappeler, s’amusant de leur différence de carrière. De son côté, elle suivit le parcours classique en travaillant d’abord en tant qu’assistante.

En 2003, elle passa chez Akita Shoten où elle réalisa un manga en deux tomes, Kieli, qui allait bouleverser sa carrière. En effet, lors d’une séance de dédicaces de Masami Kurumada, la jeune auteure lui offrit ce manga en lui expliquant que c’était grâce à lui qu’elle était devenue mangaka.

Plus tard dans l’année, Kurumada, qui discutait chez Akita Shoten du projet de Lost Canvas proposa cette « jeune dessinatrice » qui était chez eux et dont il avait lu un manga. C’est ainsi que Shiori Teshirogi eut la surprise de sa vie en recevant un coup de téléphone : « Bonjour, je suis Masami Kurumada » !

Elle nous révéla également que si elle n’avait pas quitté Square-Enix, elle aurait sans doute travaillé sur une autre série dévirée, de Final Fantasy VII, consacrée au groupe de résistance Avalanche.

Suivirent une série de questions sur la création de Lost Canvas. Au départ Shiori Teshirogi ressentait une pression énorme car il existait déjà une autre série dérivée, Episode G de Megumu Okada, qu’elle considérait elle-même comme extraordinaire, et Maître Kurumada lançait en parallèle de la sienne, Next Dimension. La hantise de la comparaison l’angoissait.

Surtout qu’à la base, Lost Canvas était conçu uniquement en tant que flashback de Tenma et Alone. Cependant, avec son éditeur, ils désiraient surprendre les lecteurs. C’est pourquoi ils décidèrent de mettre en scène un combat du Gold Saint des Poissons, un personnage qui n’était attendu par personne.

Ce passage eut un grand impact sur les lecteurs et changea la donne pour la série qui passa de « flashback » à grande saga épique. Le scénario de la série a ainsi beaucoup évolué dans la suite par rapport à l’idée originale.

Photo : Guillaume Boutet

Concernant le personnage de Méphistophélès, il s’agissait également de surprendre le lecteur par un rebondissement inattendu. Le concept d’origine était pour Shiori Teshirogi, un « personnage flottant au-dessus de l’histoire », et elle utilisa la légende du Dieu Kairos, frère de Chronos, qu’elle avait découvert lors de ses recherches, car l’idée lui semblait coller.

Une question fut posée bien évidemment sur l’idée derrière les Chronicles et il s’agissait pour Shiori Teshirogi de proposer des histoires en évitant des redites grâce au format un tome et une histoire. Dans ce but, elle fit de nombreuses recherches multiculturelles, ce qui a donné cette étonnante diversité d’aventures, même si selon elle, plus les Chronicles avançaient, plus les histoires reposaient sur les relations entre les personnages et l’idée de l’ennemi intérieur.

Ajoutons concernant la diversité des Chronicles, que la mangaka reconnut qu’elle n’avait également plus beaucoup d’idées sur les Spectres d’Hadès, tout simplement !

Elle s’est d’ailleurs fait plaisir à faisait intervenir les Berserkers d’Arès dans la série, ce qui avait surpris les lecteurs. Pour elle, il s’agissait d’une simple incursion de « fangirl » chez Arès dans les limites de ses moyens car seul Maître Kurumada peut réaliser selon elle une vraie histoire sur Arès.

Revint ensuite le sujet des mal-aimés que sont les Poissons et le Cancer. Si pour les Poissons, il s’agissait d’une volonté de surprendre, Shiori Teshirogi a de son côté toujours aimé Masque de Mort, le trouvant classe, et elle désirait simplement montrer à quel point le Cancer pouvait être « balaise ». C’était à son sens un personnage facile qui vivait de lui-même.

Kardia du Scorpion dans son Chronicle
SAINT SEIYA THE LOST CANVAS MEIOH SHINWA GAIDEN © 2011 Masami Kurudama / Shiori Teshirogi (Akitashoten Japan)

Concernant les autres personnages ayant surpris le lecteur, Kardia du Scorpion a apparemment fait forte impression lors de son Chronicle par la capacité de l’auteure à mettre en scène la dualité de sa personnalité, entre insouciance et férocité. Pour la mangaka, c’était l’envie de le voir au naturel qui avait posé les bases de cette histoire, d’où l’idée de l’associer à Sacha pour rompre son image de « guerrier et rien d’autre » de la série principale.

À la question attendue sur Minos et Rhadamanthe, à savoir s’il s’agit des mêmes que dans la série originale, Shiori Teshirogi préfère laisser planer le doute, ne fixant rien, même si dans son esprit elle préfère les considérer comme différents.

Toujours sur le sujet des figures classiques revisitées, elle reconnaît que sa Pandora s’avère très différente de l’originale. En la faisant évoluer et vivre dans son récit, elle a cherché à la rendre plus féminine que l’originale… ce qui constitue selon elle sans doute la raison de sa popularité !

De même elle expliqua la différence entre Saori, l’Athéna de Maître Kurumada, et Sacha, la sienne. Celle du créateur étant une fille de bonne famille, ayant reçu une éducation l’amenant à rester noble en toute circonstance, elle a donc conçu et développé Sacha en tant que fille issue des bidonvilles, peu sûre d’elle et qui doit s’accrocher en permanence pour être à la hauteur de son rôle.

Quant aux caractères des différents Gold Saints, il n’y a pas eu de modèle ou de réflexion particulière : il s’agit juste de sa vision personnelle qui lui est venue naturellement.

Shiori Teshirogi s’appropriant et revisitant des motifs clés de Saint Seiya
SAINT SEIYA THE LOST CANVAS MEIOH SHINWA GAIDEN © 2011 Masami Kurudama / Shiori Teshirogi (Akitashoten Japan)

La dernière partie de la conférence fut consacrée aux difficultés et aux regrets. Pour Shiori Teshirogi, le moment le plus difficile se manifesta lorsqu’elle acheva la série, après 25 tomes et cinq années de travail intense. Elle se sentit totalement vidée et avait le sentiment de ne plus savoir quoi faire du reste de sa vie !

Sur les regrets, ils se révélent au nombre de deux : tout d’abord il y eut la fois, alors qu’elle était en train de dessiner l’histoire de Yuzuriha et de son frère, où son chat, Mao, en se baladant sous son bureau lui fit renverser de l’encre sur une de ses planches ! Elle dut la refaire complètement !

L’autre regret fut de ne pas faire intervenir Tenma plus souvent dans sa propre série, alors qu’il en était le héros !

Enfin à propos de Chimaki Kuori, l’auteure de Saint Seiya : Saintia Shô, Shiori Teshirogi n’a pas tari d’éloge quant à ses dessins, mais a surtout avoué être rassurée de voir qu’elle pouvait passer la flambeau, et que l’univers de Saint Seiya qu’elle affectionne tant se poursuive. Elles s’entendent très bien.

Pour conclure ce compte-rendu, terminons sur cette excellente question qui fut posée à l’auteure : « quel est son manga coup de cœur du moment ? ». La réponse fut Les Enfants de la baleine. Cela nous surpris et nous fit énormément plaisir : c’est en effet un titre que nous apprécions et recommandons à ActuaBD, et qui fit partie des cinq nominés au Prix Asie de la Critique ACBD 2016 !

Une très belle conférence avec une grande artiste, aussi sympathique que talentueuse, qui joua totalement le jeu des questions-réponses avec ses lecteurs.

(par Guillaume Boutet)

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[1Shiori Teshirogi est précédemment venue en France en 2013, à l’occasion du festival Cartoonist à Nice.

[2Notons qu’aucune photo de Shiori Teshirogi ne fut autorisée à la conférence car la mangaka conserve un mauvais souvenir de sa dernière visite en France, en raison de divers montages photos peu flatteurs à son sujet.

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