Japan Expo 2019 : Hiroki Gotô raconte la fantastique histoire du Weekly Shônen Jump, le journal de BD le plus vendu au monde

6 juillet 2019 1 commentaire
  • Invité de Japan Expo 2019, Hiroki Gotô, rédacteur en chef du Weekly Shônen Jump de 1986 à 1994, a évoqué devant un public conquis les titres marquants du célèbre magazine, de 1968 à la fin des années 1990. Une passionnante plongée dans l’histoire du magazine de BD le plus vendu au monde.

C’est plus particulièrement à l’occasion de la sortie du livre Jump – L’âge d’or du manga, publié aux éditions Kurokawa, que Hiroki Gotô, âgé aujourd’hui de 74 ans, est venu partager quelques anecdotes sur le vénérable magazine, créé en 1968, et qui a fêté ses 50 ans l’an dernier.

Né en 1945, Hiroki Gotô est entré au Jump en 1970, soit deux ans après son lancement, et a occupé le poste de rédacteur en chef de 1986 à 1994. En préambule, il a également rappelé les deux particularités du magazine par rapport à ses concurrents : un public de garçon assez jeune, de 10 à 15 ans, alors que les autres publications de l’époque visaient les adolescents et les jeunes adultes, et un contenu exclusivement de type manga. Cela peut paraître évident mais en réalité les autres magazines de prépublication proposaient généralement des pages sur l’actualité et sur les idoles (chanteuses ou modèles). Ainsi, le Weekly Shônen Magazine, le grand rival du Jump, proposait généralement en couverture une ou plusieurs vedettes, et faisait rarement de couverture sur ses séries, qui y apparaissaient plutôt en miniatures.

Japan Expo 2019 : Hiroki Gotô raconte la fantastique histoire du Weekly Shônen Jump, le journal de BD le plus vendu au monde
Hiroki Goto et Grégoire Hellot, directeur des collections de Kurokawa

La conférence elle-même a pris la forme d’une rétrospective d’une quinzaine de titres marquants, publiés de 1968 à 1990, qui ont servi de fil conducteur pour montrer l’évolution du Weekly Shônen Jump et des mangas qu’il publiait.

De façon presque évidente, le premier titre évoqué est Harenchi Gakuen (L’École Impudique) de Go Nagai, également l’invité de ce 20e Japan Expo. Publié en 1968, le manga fit scandale, moins pour sa nudité, pourtant osée, que pour son portrait irrévérencieux des professeurs qui s’y montraient vulgaires, méchants et regardaient même sous les jupes des filles ! Une peinture au vitriol de la figure « sacrée » du professeur qui a choqué à l’époque.

En 1969 vint une autre sensation : Otoko Ippiki Gaki Daisho, un récit de voyous qui, cette fois-ci, se démarquait par l’importance accordée à la critique sociale. En effet, le jeune héros souhaitait devenir l’homme le plus fort du Japon grâce à ses poings. Cependant il se rendit compte, au cours de ses aventures, qu’en dehors de la force physique, il existe deux autres formes de pouvoir : la politique et l’argent, et il dut apprendre à composer avec eux.

Astro Kyûdan, manga de baseball lancé en 1972, devint un grand succès avec un style très différent. En effet, son auteur fit le pari de la surenchère avec des adversaires et des matchs au fil du récit de plus en plus fous et surréalistes, le tout en usant de techniques fantaisistes qui, par exemple, font apparaître des chutes d’eau sur le terrain.

L’Ecole Impudique (Black Box), Otoko Ippiki Gaki Daisho et Astro Kyûdan

Impossible de ne pas évoquer Kochikame, débuté en 1976 et qui s’est achevé en 2016. Une longévité exceptionnelle et un total de 200 tomes. Le récit se révèle d’une simplicité désarmante : les aventures d’un flic bourré de défauts et un peu ripoux, toujours prêt à se lancer dans n’importe quelle combine pour se faire un peu d’argent. Bien que proposant un personnage principal peu attractif, âgé de 30/40 ans, selon Hiroki Gotô c’est la polyvalence du personnage, qui pouvait devenir agent immobilier un jour et collectionneur compulsif le lendemain, qui a offert à l’œuvre une infinité de possibilité d’histoires.

En 1979 arrive un titre bien connu de la génération « Club Dorothée » : Kinnikuman, alias Muscleman. Débuté comme une parodie de super-héros, le titre ne connût pas un début très fulgurant car seuls les très jeunes lecteurs s’y intéressaient. Pour améliorer sa popularité, les auteurs décident de lancer un grand tournoi, de type catch car ils sont de grands passionnés de ce sport. La série explose aussitôt. Avec ses très nombreux personnages et ses retours d’entre les morts réguliers, Kinnikuman pose les bases modernes du tournoi de guerriers qui allait devenir un standard du shônen manga.

Dr Slump d’Akira Toriyama arrive en 1980 et eut la particularité d’attirer un public féminin qui, jusqu’alors, ne lisait pas le Jump. Grâce l’arrivée de ces nouveaux lecteurs (ou lectrices), le magazine vit alors ses ventes augmenter de façon significative. D’ailleurs sa popularité est telle que l’éditeur reçoit seulement au bout de trois mois la proposition d’adaptation en anime, qui arrive sur les écrans japonais huit mois seulement après le début du manga. Exceptionnel.

Kochikame, Kinnikuman et Dr Slump (Glénat Manga)

Captain Tsubasa (Olive et Tom), le légendaire manga de football, qui d’ailleurs a fait son retour dimanche matin à la télévision française via son remake animé, arriva quant à lui en 1981. Le titre se caractérise par le fait d’avoir un héros très fort dès le départ, qui n’a donc pas besoin de s’entraîner. Une idée qui permet de raconter rapidement des matchs sans limites et qui constitue certainement l’une des clés de son succès.

En 1983 Hokuto no Ken (Ken le Survivant) fait son apparition. Réputé en France pour sa violence inappropriée pour le jeune public, Hiroki Gotô explique qu’au Japon elle n’a jamais posé de problème parce qu’elle était justement trop exagérée pour être prise au sérieux. Un aspect du succès de l’œuvre pour Hiroki Gotô vient du héros, Kenshirô, un redresseur de tort, que Tetsuo Hara a transformé en véritable icône grâce à son dessin exceptionnel : chaque plan de Kenshirô dégageait un sentiment de puissance et de virilité jamais vu grâce au travail sur la musculature du personnage.

Vint ensuite en 1984 l’un des plus grands succès de tous les temps du Jump : Dragon Ball. Toriyama avait proposé cette nouvelle série car il commençait à fatiguer sur Dr Slump : il lui devenait en effet difficile de trouver une nouvelle histoire par semaine. Il désirait donc passer à un manga qui racontait une grande aventure. Le succès ne fut pas tout de suite au rendez-vous mais l’arrivée du tournoi des arts martiaux et la création de méchants toujours plus menaçants fit décoller le manga à un niveau jamais vu. Et grâce à Dragon Ball, les ventes du Jump montèrent jusqu’au chiffre astronomique de 6,5 millions exemplaires par semaine !

Captain Tsubasa (Glénat Manga), Hokuto no Ken (Kaze Manga) et Dragon Ball (Glénat Manga))

1985 fut quant à elle l’année du début de City Hunter, alias Nicky Larson. Débuté comme une œuvre Hard Boiled, l’ambiance ne satisfaisait pas Tsukasa Hojo qui a cherché de nouvelles idées pour conférer plus de légèreté à l’œuvre. Et Hiroki Gotô n’a pas manqué de rappeler que si Ryo Saeba, le héros, était un obsédé sexuel, City Hunter fait surtout la part belle aux femmes fortes qui gagnent toujours à la fin.

Masami Kurumada, qui avait connu un beau succès avec le manga de boxe Ring ni kakero en 1977-81 et connut un creux par la suite, lança en 1986 Saint Seiya, alias Les Chevaliers du Zodiaque, une série qu’il a conçue après une profonde remise en question pour en faire une œuvre transmedia qui intéresserait rapidement les fabricants de jouets et la télévision. Un pari réussi.

En 1987 c’est JoJo’s Bizarre Adventure qui arrive, une série toujours en cours et qui a dépassé aujourd’hui les 100 tomes. Hiroki Gotô a reconnu avoir été très étonné du succès de ce manga car jamais il n’aurait pensé qu’un titre se déroulant à l’étranger avec un héros étranger et prenant place au XIXe siècle puisse intéresser de jeunes lecteurs japonais.

Enfin dernier titre évoqué : Slam Dunk (1990), le légendaire manga de basket de Takehiko Inoue qui a connu un succès fulgurant grâce à un important focus sur la camaraderie et la rivalité au sein de l’équipe naissante des héros. Une œuvre qui se déroule sur une période de trois mois alors que, d’habitude, les récits sportifs s’étalent sur plusieurs années.

City Hunter (Panini Manga), Saint Seiya (Kana), JoJo’s Bizarre Adventure (Delcourt/Tonkam) et Slam Dunk (Kana)

C’est ainsi que la conférence se termina, un peu précipitamment à cause d’un léger retard, qui ne nous priva pas du mot de la fin de Hiroki Gotô : «  Lorsque deux japonais se rencontre et évoque le nom du Jump, la conversation peut durer toute la nuit ! »

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Jump – L’âge d’or du manga. Par Hiroki Goto. Kurokawa, collection "Kuropop". Sortie le 4 juillet 2019. 336 pages. 18,90 euros.

 
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