Le blues de Jazz Maynard

25 août 2015 0
  • Après une première trilogie barcelonaise couronnée de succès, retour de la série "Jazz Maynard" sur le devant de scène. Les auteurs espagnols Raule et Roger nous proposent un nouvel arc qui nous offre l'occasion d'en savoir plus sur le passé du gentleman-cambrioleur.
Le blues de Jazz Maynard
Jazz Maynard T.4 - Sans espoir
Raule & Roger © Dargaud

La nature a horreur du vide. Depuis la mise sur la touche de Judas Melchiot à la fin du précédent album, un nouveau caïd a pris les rênes du quartier d’El Raval. Il s’agit de Caligula, un ancien gamin des rues du Barri xino [1], devenu depuis un redoutable gangster au faciès de pitbull.

Pendant ce temps, Jazz Maynard s’est définitivement rangé des voitures pour vivre auprès de sa famille et reconstruire sa relation avec Lucia, son amour de jeunesse. Il aspire désormais à une vie calme, simplement rythmée par les concerts qu’il donne au “Cave Canem”, le club où il se produit chaque soir.

Trompettiste de jazz virtuose, l’ancien cambrioleur envoûte les mélomanes grâce à une interprétation de My Ideal, le classique de Chet Baker, tandis que les plus belles chicas de Barcelone fantasment en l’écoutant. Une vie tranquille, on vous dit...

Un extrait de Jazz Maynard T4 - Sans espoir
Raule & Roger © Dargaud

Un soir pourtant, sa quiétude est troublée par la visite de vieilles connaissances : Diana et son père, Lord Archer. Ces aristocrates lui proposent de revenir aux affaires en volant pour eux l’Œil doré. Il s’agit d’une prothèse oculaire vieille de trois mille ans ayant appartenu à une jeune prêtresse africaine qui officiait à Shahr-e Soukhteh, la Ville brûlée, située dans la région du Sistan en Iran. Ce trésor archéologique a été volé quelques mois plus tôt au Musée de Téhéran et, vu sa valeur, de riches collectionneurs seraient prêt à mettre une fortune pour le posséder.

Dans un premier temps, Jazz refuse cette mission mais il change d’avis lorsque son meilleur ami Teo Borlongan se prend une balle au cours d’un braquage foireux. Coincé par la dette qu’il avait envers Caligula, Teo avait accepté de cambrioler une bijouterie pour le compte de ce dernier. Mais il s’agissait en fait d’un piège tendu au jeune Philippin. Furieux, Jazz se rend dans la tanière du molosse et l’affronte lors d’une bagarre dantesque. La police arrive sur place et boucle tout ce beau monde. Rapidement libéré, Jazz Maynard recontacte finalement Diana et accepte la mission.

Jazz Maynard est venu venger son ami Teo.
Raule & Roger © Dargaud

Blood, Jazz and Tears

Jazz Maynard T.5 - Blood, Jazz and Tears
Raule & Roger © Dargaud

Dans ce nouvel album intitulé “Blood, Jazz and Tears”, Jazz a quitté le soleil de la Catalogne pour le climat plus frais de l’Islande. Accompagné de Teo, qui a entretemps guéri de ses blessures, le musicien est à Reykjavik pour entamer la phase finale du plan qui consiste à retrouver et voler l’Œil doré. Mais les apparences sont souvent trompeuses et il se pourrait bien que cette mission cache d’autres motivations...

Pendant ce temps, un serial killer disposant de moyens importants traque des immigrés africains pour les exécuter en les précipitant dans le vide depuis son hélicoptère. Bien que ces crimes racistes ne soient pas liés à la mission qui concerne Jazz et Teo, nos héros croisent pourtant la route du tueur négrophobe.

Un extrait de Jazz Maynard T5 - Blood, Jazz & tears
Raule & Roger © Dargaud

Il aura suffit de trois albums pour que le talent des auteurs espagnols Raúl Anisa Arsís et Roger Ibáñez Ugena dit Raule & Roger se révèlent aux bédéphiles francophones. Leur série Jazz Maynard s’est imposée comme l’une des plus enthousiasmantes de la dernière décennie. Fort du succès qui a accompagné les aventures de leur cambrioleur, Raule et Roger sont revenu en 2010 avec un quatrième album intitulé “Sans espoir”, qui fut couronné en Belgique du Prix Diagonale 2010 du meilleur album étranger.

À l’instar des Manuel Vázquez Montalbán, Juan Marsé et Eduardo Mendoza, les maîtres du polar hispanique, les auteurs de Jazz Maynard ont poursuivi dans cet album leur plongée dans le quartier populaire d’El Raval, faisant de ce secteur de Barcelone, un personnage à part entière. Jouxtant la célèbre Rambla, cet arrondissement emblématique de la série noire barcelonaise fut une place forte des luttes ouvrières du début du XXe siècle et un point de chute pour les immigrés. Ce district gagna ensuite la triste réputation de haut lieu de la pègre catalane pour avoir abrité de nombreux criminels et autres prostituées.

Le dernier album paru, “Blood, Jazz and Tears” lorgne plutôt vers les ambiances des thrillers scandinaves. Surtout, il nous révèle une période importante du passé de Jazz Maynard, celle qui fera de lui le monte-en-l’air hors pair que nous connaissons aujourd’hui.

Un extrait de Jazz Maynard T5 - Blood, Jazz & tears
Raule & Roger © Dargaud

Sombre, nerveux et esthétique, la série Jazz Maynard est un savant mélange de série noire catalane et de film de genre Heroic bloodshed [2] popularisé par les réalisateurs hongkongais John Woo et Ringo Lam. Le dessin sensuel et la mise en scène cinématographique sont quant à eux renforcés par une mise en couleur tout en bichromie du plus bel effet.

Ce nouveau chapitre de Jazz Maynard est toujours aussi excellent et c’est avec une impatience certaine que nous attendrons le prochain album, en espérant que les auteurs ne mettent pas cinq ans à le réaliser...

Raule & Roger © Dargaud

Voir en ligne : La série Jazz Maynard sur le site des éditions Dargaud

(par Christian MISSIA DIO)

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Le Tumblr de Roger Ibáñez le dessinateur de Jazz Maynard

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[1Quartier chinois en catalan, ancien nom d’El Raval.

[2Il s’agit d’un genre du cinéma d’action venu de Hong Kong tournant autour de scènes d’action stylisées et de thèmes dramatiques tels que la fraternité, l’honneur, le devoir, la rédemption et la violence.

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