Jean Giraud – Moebius : « La mort est mon dernier maître à penser »

3 décembre 2010 32 commentaires
  • Jean Giraud - Moebius est [actuellement consacré par la Fondation Cartier pour l'art contemporain->art10884], tandis que [son nouvel Arzak->art10885], [sélectionné pour Angoulême->art11085], rejoint le western et la science-fiction. Que de portes pour un seul auteur...

Si Giraud n’abandonne pas Blueberry, Moebius est décidément incontournable en cette fin d’année : sa reprise d’Arzak fait couler beaucoup d’encre et lui vaut surtout une nouvelle sélection au festival d’Angoulême, plus de 25 ans après en avoir été le Grand Prix. Ses Œuvres complètes rassemblées chez les Humanos sont un très bel hommage à son esprit curieux et avide de nouvelles expériences. Elles viennent à point, alors que la fabuleuse exposition que la Fondation Cartier consacre un magnifique hommage à son travail pluridisciplinaire.

Après l’entretien-fleuve dont il nous avait gratifié voici deux ans, c’est donc en toute décontraction qu’il revient avec nous sur ce nouveau coup de projecteur sur son travail, mais aussi sur sur l’évolution de la bande dessinée, son esprit de synthèse dans le nouvel Arzak, et sa motivation pour continuer le dessin. Malgré une conclusion d’entretien qui peut paraître pessimiste, nous avons retrouvé un auteur en pleine forme, toujours aussi curieux d’explorer de nouvelles voies !

J’imagine que l’exposition actuelle doit être un honneur…

La Fondation Cartier me met actuellement sur un piédestal, mais je considère essentiellement que tous les dessinateurs sont égaux. Je ne voudrais pas que l’on croit que je désire passer avant ou au-dessus des autres.

Cette humilité est tout à votre honneur, mais cette reconnaissance de la Fondation Cartier permet selon moi à la bande dessinée de revendiquer son statut d’art à part entière...

Il y a un double mouvement : le premier produit par les acteurs du genre, donc les auteurs. Ceux-ci ne peuvent pas travailler dans l’isolement, nous sommes donc en communication permanente avec le public et les institutions. Ce rapport est notamment fait de confiance, mais aussi parfois d’ignorance, d’enthousiasme et d’attendrissement.

Jean Giraud – Moebius : « La mort est mon dernier maître à penser »
L’exposition de la Fondation Cartier est ouverte jusqu’au 13 mars 2011

Mais cette évolution est notable…

Oui, elle est commune aux acteurs, c’est-à-dire artistes, éditeurs et autres, ainsi qu’à l’extérieur : le public, mais aussi les sphères de l’art qui incluent tous les infrastructures qui gravitent autour de ces milieux, à savoir les vendeurs, les acheteurs de musées et ceux qui déterminent les cotes du marché. Tout ce monde lit et fait que tout d’un coup, le solitaire à sa table à dessin est projeté sur le devant de la scène. Bien entendu, j’ai participé à cet élan, mais on ne s’attend pas toujours à ce résultat.

À la fois à sa table à dessin et affiché sur le boulevard Raspail, Moebius dessine le monde.

Si Gir a été unanimement reconnu pour son travail sur Blueberry, Moebius laissait une majorité de lecteurs beaucoup plus circonspects. Cette reconnaissance bivalente et totale de votre travail, ne l’attendiez-vous pas depuis des années ?

Le métissage entre les positions industrielles et artistiques est une préoccupation qui m’a été inculquée sur les bancs de l’école, car c’était la définition même des arts appliqués à l’industrie : mêler les possibilités de la création aux exigences de la rentabilité. Mon ambition première a été de créer des passerelles entre les deux mondes, afin d’éviter que l’un ne se vide au dépend de l’autre, mais qu’au contraire, que les deux se nourrissent respectivement. Pourtant, l’environnement n’était alors pas prêt à ce mariage.

Cette double vision ne vous permet-elle justement pas d’être alors le fer-de-lance des auteurs actuels, jouant sur les deux tableaux, et alors d’être remarqué par la Fondation Cartier ?

J’ai eu la chance d’avoir cette conscience-là dans un moment historique pour la bande dessinée. C’est donc le hasard qui a permis que je sois remarqué par cette historicité, alors que je ne fais partie que d’un mouvement général qui englobe énormément d’autres artistes, qui en laisse malheureusement certains sur le carreau, mais qui en révèle d’autres.

Pouvez-vous expliquer ce mouvement qui a révolutionné la bande dessinée ?

Pas que la bande dessinée ! Il s’agit d’un effet de la modernité, de l’expression de l’éducation et de l’inconscience. La situation que nous avons vécue et que nous continuons à vivre est très étrange. La technologie permet cette expansion en réseaux mais sur deux courants : celui de la culture populaire ou de la non-culture (à travers les manifestations les plus absurdes comme la télé-réalité ou les émissions polluées par les annonces industrielles et les valeurs marchandes) entre dans une expansion mécanique formidable ; puis d’un autre côté, on retrouve la culture traditionnelle, liturgique et élitaire qui, qualitativement, sous-tend la pensée la pensée occidentale de manière incroyable !

Moebius en octobre 2010
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Bien entendu, ces deux mondes sont en compétition, mais en y regardant de plus près, ils se sont en complémentarité, s’alimentent l’un l’autre. Et justement, dans la bande dessinée, j’ai pu trouver ces deux courants dans un bouillonnement incroyable, que cela soit au niveau général mais aussi dans le cœur des auteurs. Est-ce une chance ou une malédiction d’être un des rares à avoir un pied dans les deux niveaux : l’a-culture populaire et un courant plus en recherche, malgré mon éducation classique bien imprégnée mais assez lacunaire. C’est pour cela que je suis à la fois très classique et très vulgaire en participant à cette a-culturation populaire.

Cette nouvelle version d’Arzak l’arpenteur parue chez Glénat n’est-elle justement pas une fusion de ces deux terreaux, celui d’une science-fiction artistiquement assumée mais décliné avec le genre du western.

Oui, mais la science-fiction est morte ! Elle a débuté dans la littérature enfantine avec Jules Verne et H.G. Wells, puis s’est exprimée dans la littérature populaire du plus bas niveau avant de faire naître un courant plus mature avec Philippe K. Dick, Asimov ou Herbert. À l’heure actuelle, le genre littéraire a disparu au profit du fait culturel, car on vit dans le monde rêvé auparavant. Alors oui, je transpose la science-fiction car Arzak a le chapeau de Tom Mix sans qu’il soit tronqué ! (rires) Arzak l’Arpenteur est donc bien une œuvre de synthèse, car derrière ma surface d’érudition, j’ai voulu privilégier l’expérimentation synthétique des pensées rationnelles et irrationnelles, et dans ce dernier terme, je ne pense pas au manque de construction, mais plutôt au chamanisme et au contact avec la nature. Je voulais donc faire une passerelle entre cette perception et la science dans ses domaines les plus pointus.

Arzach l’arpenteur. Tableau inédit exposé à la Fondation Cartier
(C) Moebius

Ce lien entre les mondes rationnels et irrationnels étaient également un des thèmes du Chasseur déprime, mais avec ce nouvel Arzak, il semble bien que vous vouliez plus volontairement ramener les lecteurs de Blueberry dans le giron de Moebius avec ce récit opposant hommes et extraterrestres ?

Les deux pieds sur terre,
l’auteur touche le rêve.

Dans le giron ou plutôt dans le Giraud ! (rires) Je ne suis pas un auteur politique, car derrière l’affrontement entre les humains et non-humains (ou les Indiens et les Blancs), je veux surtout évoquer l’esprit sauvage de l’être humain, ce qui inclut la prédation, mais aussi la vision magique du monde, et la mise en place d’un pouvoir.

Si vous vous concentrez effectivement sur l’homme et ce qu’il renferme comme pouvoirs, quelles ont été vos conclusions à l’épilogue de votre mise en abîme personnelle, lors de la réalisation de vos carnets d’Inside Moebius ?

Comme je vous l’expliquais lors de notre dernière entrevue, la réalisation des mes carnets correspond pour moi à la fin de ma période d’innocence, avec la question de ma maladie qui s’est posée : pourquoi ai-je laissé ce lymphome entrer en moi ? Bien sûr, la figure de la mort est très présente dans mon travail, avec entre autres les crânes. C’est toute une symbolique qui m’a touché lors de mon voyage au Mexique, que je retrouve dans ma peinture et qui évoque d’une certaine façon la figure de la vanité. Si cette présence était récurrente, la thématique de la mort s’est précisée de manière réelle, loin de l’abstraction intellectuelle précédente. Je me suis donc engagé à conclure cette danse un moment ou l’autre.

Vous qui avez toujours été en recherche de guide, la mort serait-elle devenue l’un d’entre eux ?

Disons que la mort est mon dernier maître ! J’ai toujours été en quête de pères ou d’initiateurs, que cela soient Jijé, Charlier ou Jodorowsky, qui ont été pour moi des figures paternelles. J’arrive à un moment où je suis trop âgé pour trouver des aînés qui aient suffisamment de pouvoir pour m’emmener ailleurs. Le seul allié et maître qu’il me reste alors pour entreprendre ces voyages, c’est le Faucheur.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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L’exposition-vente se déroule jusqu’au 31 décembre, du mardi au samedi, de 14 à 20h (18h le dimanche) à la galerie Slomka, 3, rue de Dante à 75005 Paris.
Plus d’infos sur le site de la galerie

Plus d’informations sur le site de Moebius

Lire la première, la deuxième et la troisième partie de notre dernière interview de Moebius/Jean Giraud.
Lire la chronique du Chasseur déprime, d’Arzak, ainsi que notre visite commentée de l’exposition de la Fondation Cartier consacrée à Moebius.

Illustrations : (C) Moebius

 
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32 Messages :
  • La mort est peut être son dernier maitre à penser mais Giraud/Moebius reste et restera le maitre à penser la bd pour beaucoup d’auteurs pendant longtemps , comme Hendrix reste incontournable pour les guitaristes ...car il ont libéré leur art ...
    bravo mr Giraud ..je suis fan éternel de vos travaux .
    Métal Hurlant n’aura jamais d’équivalent .On a démocratisé la bd mais on a perdu en saveur .

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    • Répondu le 4 décembre 2010 à  12:40 :

      J’aime beaucoup le travail de Giraud Moebius.
      Il a choisi une voie pour son dessin, pour sa représentation, et il l’a suivi avec panache. Au final, même s’il explore des mondes oniriques, il les raconte dans une tradition du dessin très mentale et classique.
      Heureusement pour le dessin et la bd , des voies, il y en a plein d’autres :)

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  • Quelle humilité !! Et quelle simplicité dans ces propos ! Quand on a une oeuvre aussi importante et mémorable derrière soi, cela devrait servir de leçons à pas mal de jeunes auteurs à la mode, beaux parleurs mais mauvais dessinateurs ! Il me semble que Jean Giraud-Moebius a fortement intellectualisé son discours, ce qui montre qu’il n’est pas seulement un extraordinaire dessinateur, mais qu’il aime bien conceptualiser, théoriser son point de vue !

    Sa conclusion est particulièrement émouvante même s’il est vrai que la maladie et l’âge n’épargnent hélas personne. Mais je sais qu’il continuera à dessiner tant qu’il en aura la force, car il ne vit quasiment que pour le dessin. Et que son oeuvre lui survivra très très longtemps !!

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    • Répondu le 4 décembre 2010 à  22:23 :

      Ha...les maîtres...Il est vrai que le petit bourgeois parisien moyen en manque d’exotisme ésotérique est prêt à tout pour rencontrer, le guide, y compris à se faire vampiriser par les sectes les plus folles.
      Vous ne m’avez pas compris, je considère Moebius comme un maître, dans cette voix du dessin traditionnel et construit, qui n’est qu’une voie parmi d’autre. Et en tant que tel, je ne pense pas lui faire déshonneur en voulant lui couper la tête, et ridiculiser son style de dessin de grand père de la renaissance. Style hautement impérialiste, à l’opposé même de la vision des cultures dont il s’est inspiré toute sa vie.
      Style basé sur la raison, contrairement aux apparences, et du coup, style terriblement mesquin.

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      • Répondu par tintin-lutin le 5 décembre 2010 à  01:35 :

        L’art est facile,la critique est difficile.

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        • Répondu par Monsieur le web lecteur le 5 décembre 2010 à  11:08 :

          C’est l’inverse Tintin-Lutin : « la critique est aisée mais l’art est difficile ».

          Pour réponde au message : « ...Il est vrai que le petit bourgeois parisien moyen en manque d’exotisme… », on se rend compte de l’aura de Moebius, lorsque l’on surprend une conversation à son sujet entre auteurs. Une grande majorité, sont unanimes à son sujet. Et il s’agit très souvent d’auteurs qui non pas spécialement d’affinité Graphique avec l’univers ‘Moebien’.

          Exit la place Parisienne des dessinateurs BD, Les américains, les belges, les japonais ont un discours fort similaire : Il a influencé des générations de grand artistes, de Miyazaki et Otomo, à Schuiten et Bilal, et tout récemment Elghorri avec Medina.

          Ce qui est peut-être agaçant, c’est que Giraud sera toujours le centre de débats passionnés marié à une fascination quasi inexplicable.

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          • Répondu par tintin-lutin le 6 décembre 2010 à  10:45 :

            L’inversion etait voulue (figure de style : l’ironie)...

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        • Répondu le 5 décembre 2010 à  15:24 :

          Oui et son discourt est aussi conformiste et souffre des mêmes tares -mesquines- que ce qu’il dénonce.Heureusement des voies il y en a plein d’autres....

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      • Répondu par Monkez Biznez le 6 décembre 2010 à  02:53 :

        Pour trouver le travail de Moebius "mesquin", il faut être soit d’une totale mauvaise foi, soit complètement idiot.

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        • Répondu par Oncle Francois le 6 décembre 2010 à  20:41 :

          Effectivement, je trouve que traiter de mesquin le travail de Moebius est ridicule, comme l’accusation d’impérialisme. Que lui reprochez vous au juste ? D’être un excellent dessinateur ? Vous trouvez sans doute qu’il n’y en a sans doute pas assez de mauvais, c’est dommage pour vos goûts personnels ! Et je ne comprends pas ce que vient faire cette notion politique dans un débat sur la BD !! Pensez vous que "Cauchemar blanc", la seule histoire engagée de Moebius soit impérialiste ? Ou trouvez vous que cette tare concerne principalement son Arzak ou son Major Grubert ? Pour ma part, je n’y vois que rêveries et dérives alanguies, dessinées de façon superbe !

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  • Jean Giraud /Moebius est un génie du trait
    6 décembre 2010 02:20, par la plume occulte

    Un dessinateur colossal,un virtuose comme on en a vu peu. Regardez comment sa plume griffe le trait. Un trait qui commence exactement là où il doit et s’arrête de la même manière : au quart de micron près.La courbe fait de même.

    C’est presque irréel,hors de l’entendement.

    Pourtant....

    Moebius encre comme il dessine,et c’est une chose après laquelle bien des dessinateurs courent (surtout dans le franco belge)toute une vie en s’essoufflant pour rien. Chez lui même "l’erreur"- toute relative hein-reste cohérente en osmose avec l’ensemble. Elle est la nécessaire légère dissonance qui rehausse -par contraste- la consonance du tout.Comme en peinture,où une toile à dominante chaude (le rouge par exemple)à la perfection trop étudiée se voit exaltée par des touches de couleurs froides (le vert en exemple aussi) stratégiquement placées qui soulignent la valeur la réussite de l’ensemble. C’est une des bases de l’appréhension de l’art, valable et usitée dans la musique, la cuisine etc.

    MOEBIUS (C’)EST LE DESSIN.

    Mais moebius se prend pour un intellectuel:il ne l’est pas.

    Moebius se prend pour un peintre:il ne l’est pas.

    Moebius se prend pour un scénariste:il ne l’est pas.

    Mais surtout surtout Moebius parle à tort et à travers et ça le décrédibilise sacrément.Le cabotinage à ses limites même pour lui. Aligner les mots qui sonnent bien, répondre systématiquement à côté de laquestion même avec force assurance est conviction est une méthode-éprouvée-qui n’est pas digne de lui.

    Qu’il laisse ces artifices à ceux qui doivent compenser un talent discutable-et qui ont souvent été fabriqués parles journalistes- par des circonvolutions rhétoriques fumeuses etineptes. Lui,IL EST MOEBIUS !

    Alors oui Moebius est irritant parfois. Touchant aussi quant il avoue/parle de ses déboires graphiques,de son dessin qui s’en va.

    Parce que de son propre aveu,il vieilli et son dessin son style aussi.

    Un dessin qui n’est plus qu’une succession de solutions graphiques et detics. Des automatismes usés -principalement parce qu’il ont été repris pardes myriades de dessinateurs- mais toujours superbes.Le dernier Arzak est emblématique de ça,avec son dessin qui part et sa plume qui crachote admirablement.

    Alors,DEPUIS LONGTEMPS MOEBIUS NE SURPREND PLUS,MAIS IL RÉGALE ENCORE.

    Il régale encore lui le virtuose qui sait être si cruel avec les autres auteurs.

    En 1988 Jean Giraud /Moebius disait :"John Buscema c’est toujours bien,mais maintenant c’est un peu rococo !"

    Bienvenu au club Jean.

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    • Répondu par Monsieur le web lecteur le 6 décembre 2010 à  09:15 :

      Très touchante cette petite analyse.

      Et quand plume occulte dit : « Il régale encore lui le virtuose qui sait être si cruel avec les autres auteurs », ça prend tout son sens avec une phrase de cette interview : « …je considère essentiellement que tous les dessinateurs sont égaux ». Égaux certes, mais pas devant le talent (et l’acharnement du travail ça va sans dire).

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      • Répondu par Sergio Salma le 6 décembre 2010 à  14:02 :

        Non, Moebius –Giraud dit bien que les dessinateurs sont tous égaux . Le talent dans sa réponse est une donnée extérieure. C’est notre vision matérialiste qui va nous faire dire que Rembrandt ou Franquin ont plus de talent que n’importe qui d’autre. Il ne s’agit pas d’établir ici une échelle de valeur( cmfr l’étymologie du mot talent d’ailleurs ce qui est assez cocasse). Quant à dire qu’untel ou untel ne surprend plus, c’est encore parce que votre histoire personnelle semble être pour vous le baromètre de l’histoire l’art . Vous êtes né en 60, 70(?). Tout ce qui s’est passé dans ce laps de temps entre vous et les artistes –et donc Moebius qui est apparu dans ces années bénies- représente pour vous la seule chronologie possible. Personnellement, je suis épaté par l’énergie et la clairvoyance de Moebius. Et je suis surpris par son parcours. De le voir là, à mi-chemin entre la bande dessinée et l’illustration , mis en scène de cette manière, de le voir donner encore son énergie, et il en faut , se mettre non pas en danger mais dans cet état de recherche permanente, lui qui pourrait aligner son Blueberry annuel , vendre ses originaux et se la couler douce, c’est là aussi qu’il faut aller regarder pour tirer des leçons au lieu d’assassiner nonchalamment.

        N’être pas d’accord avec ce qu’il répond est une chose. Dire qu’il répond n’importe quoi et se décrédibilise à vos yeux en est une autre. Pour ma part, je laisse toujours les opinions personnelles en dehors du champ de réflexion. Il peut voter différemment , aimer des choses que je déteste et inversement, avoir tels goûts ou envies, telle ou telle pensée ce n’est pas mon affaire. De plus, je trouvais justement que ses réponses étaient toutes vivifiantes, hors des classiques et des idées reçues. Il a son parcours et comme il insiste lui-même , vient de se trouver un partenaire impitoyable avec lequel il peut désormais s’enrichir encore. Et ce ne sont pas les commentaires d’observateurs qui vont le faire dévier. Quant à votre conclusion, monsieur Plume ,sur la rococo attitude, permettez-moi de lancer une réflexion. La plupart des auteurs ont en eux une dimension rococo. Dès que le style est affirmé (et ça vient parfois très vite) , on notera que l’auteur en apparence se sert de ses acquits et n’est donc pas dans la mutation permanente. Bilal, Leconte, Allen, Keith Haring etc…tous adoptent un “style” , une vision et c’est ce qui les lie à nous. Avec notre haute exigence, cette utilisation, ce savoir-faire(ouh ! Le vilain mot) peut leur être reprochée. Dans le défi intellectuel que cela représente, on peut en effet faire la fine bouche. Mais aussi se rendre compte que l’oeuvre en train de se faire a besoin de ce passage. Le travail de Monet pourrait aussi être décrié , c’est quoi ces séries ?! il ne se renouvelle pas, il est dans la redite avec ses meules, ses cathédrales. Puis d’un coup, ces multiples séries sont considérées comme le plus profond des exercices de recherche. Donc méfions-nous de notre histoire , notre regard et laissons nos amis artistes se dépatouiller gaiement (ou tragiquement) avec leur(s) technique(s). Après vous adhérez ou pas. J’aime même beaucoup certains artistes même s’ils ne sont pas ce que je préfère. D’abord parce mon goût n’est pas important et surtout parce que la chose intéressante est aussi d’observer un parcours, être témoin ; il y a une dimension humaine très touchante. Jusqu’aux égarements de certains qui parfois sont étonnants . Moebius-Giraud est une personne incroyablement complexe. Puisqu’au niveau Giraud, il est un digne représentant de l’école classique mais s’est vite révélé en élève surdoué. Quand il devient Moebius il est un maître.

        On peut comprendre qu’un tel niveau ait aussi poussé vos exigences vers les sommets mais je trouve très cruelles vos conclusions.

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        • Répondu par Monsieur le web lecteur le 6 décembre 2010 à  16:28 :

          Hé non monsieur Sérgio, je n’ai jamais dits que c’était une forme de sous entendu de la part de Moebius. C’est une conclusion que moi-même j’émets. Cela reste une réalité, personnes ne sont égaux devant le talent, et quelque soit l’époque.

          La fondation Cartier en est une belle preuve (et peut-être plus tard le Louvre ou encore le Guggenheim), combien d’auteurs de bande dessinée auront ce ‘privilège’ de pouvoir exposer dans les murs d’un lieu prestigieux. Vous pouvez dire ce que vous voudrez, c’est une forme d’apothéose dans la carrière d’un artiste que l’intérêt que portent des lieus Muséaux tel que la fondation Cartier. (Et puis ça doit faire du bien à l’égo)

          Quand à ce que dit Moebius dans l’interview, je n’ai jamais dit que je n’étais pas d’accord avec ses propos, tant que je n’ai jamais dits que j’étais d’accord avec les propos de plume occulte. (Ça n’en reste pas moins une réaction touchante pour autant.)Tout comme la passion que vous déployez dans votre réponse, elle reste très respectable et justifiée.

          Ça rejoint ce que je disais plus haut : « Ce qui est peut-être agaçant, c’est que Giraud sera toujours le centre de débats passionnés marié à une fascination quasi inexplicable. »

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        • Répondu par la plume occulte le 7 décembre 2010 à  10:54 :

          Monsieur Sergio.Mon histoire personnelle et les années 60/70 ne sont pas les seuls baromètres et chronologies possibles pour moi.Mais alors pas du tout.

          J’ai plutôt une appréhension mondiale de l’évolution de l’art de la BD,de son début jusqu’à aujourd’hui.Une vision qui je le déplore manque cruellement à bien des observateurs-et acteurs- de ce média ,et qui pourrait leur éviter le ridicule d’affirmations du genre "ça c’est nouveau","le seul qui"," pour la BD il est impossible de...".
          Oui moi aussi la clairvoyance de Giraud/Moebius m’épate.
          Ma remarque sur ses péchés mignons rhétoriques et autres plastronnades vient plus d’un sentiment général sur ses différentes interviews ces dernières années que sur celle là en particulier.Ce n’est pas digne de lui,trop facile trop petit.Quant à dire que ses réponses là,ici,sont loins des idées reçues...

          Et puisque vous insistez sur ça monsieur Sergio,quand je parle d’automatismes,je ne parle pas d’acquits, du métier. Mais bien des réflexes conditionnés,de l’inconscient,de ce qui touche à l’arc réflexe,de ce dont on n’arrive pas/plus à se détacher.Une forme de sclérose.

          Et toujours parce que c’est vous qui insistez,oui Jean Giraud /Moebius est dans la phase de régression artistique-et beaucoup d’autres de sa génération aussi-

          En toute conscience de la chose,le maître en a d’ailleurs fort bien parlé.

          La régression artistique,ce lent serpent constrictor auquel peu d’artistes ont échappé dans l’histoire de l’art.Cette phase où les fondamentaux s’échappent,où l’ensemble se raidi,où l’artiste devient une caricatures de lui même.Voire une auto-parodie.En clair,c’est toujours ça ,mais c’est plus ça.

          Un des seuls qui semble échapper aux années qui passent est la légende vivante MONSIEUR Joe Kubert (84ans).Il parait qu’il vient de s’acheter une boule de neige avec une Tour Eiffel dedans ;ça peut lui donner une chance une chance pour le grand prix d’Angoulême non ?

          Comment ça....!!!!

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          • Répondu par Fred Poullet le 8 décembre 2010 à  10:25 :

            Cher Plume, je vous aime de plus en plus et ce sans ironie convenue... de grands qui n’ont jamais "dégénérés", je citerais pour nous faire plaisir Raymond Poïvet si mésestimé que très peu ont pensé à le piller (Moebius lui à pris son Arzak tout de même), ou Alex Toth toujours tellement intelligent que ça doit faire peur de si frotter, sinon reste encore parmis nous le très grand Corben, car il y a bien d’autres et plus belles "voix" que les cabotinages et le sur-jeu de Moebius/Giraud... Mes respects sincères.

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          • Répondu par mabo le 11 décembre 2010 à  00:13 :

            Kubert répond par ses dernières oeuvres d’avantage que Moebius, à une idée de maturité, grâce ou à cause de ses scénarios ; et à travers ses scénarios à ses aspirations morales et politiques. Il y a un côté "docteur Kouchner infusé de Spiegelman "chez Kubert, qui d’évidence, n’existe pas chez moebius. Mais dire que Kubert vieillit mieux, ou serait supérieur à Moebius , c’est induire une certaine idée de l’intelligence. Très restreinte.Kubert reste très inférieur, si on pense aux sujets qu’il traîte à la littérature, ou au documentaire. "Le major Déprime" est un honneur fait à l’intelligence, à l’idée du beau,à, sémantiquement parlant, une poétique du rêve, dans ce que le rêve à de plus complexe. La mort rôde toujours ; et toujours autour de pulsions de vie fabuleuses, portée par la magnificence d’un récit et d’un dessin un million de fois supérieur à celui de Kubert . Un dessin et un récit qui existent précisément par ces automatismes qui semblent vous faire dire que nous assisterions au crépuscule du génie.Moebius n’est pas un intellectuel ; c’est vrai ; mais Picasso ne l’était pas plus. Moebius n’a pas le verbe charmant comme Picasso ; et alors ? Blaise Cendrars parlait comme un bourrin.De latour, était un sale con, et alors ?. Moebius ne nous fournit plus autant de chefs d’oeuvres et de singularité(s) qu’il y a 30 ans, mais nom de dieu il suffit de voir ses carnets de planches concernant le major Grubert, dessinés au débotter ,( à l’exposition Cartier)pour se rendre compte, qu’aujourd’hui encore, hormis Chris Ware, et uniquement Chris Ware, Moebius reste et demeure le plus grand génie du 9ème art toujours vivant. Et sur l’ensemble du 20ème siècle je ne vois pas qui peut-on lui trouver de supérieur dans la BD ? Qui aura autant inventé pour cette forme d’art, ce média ?Qui l’aura plastiquement dépassé ? De Mac Kay, en passant par Hergé, Breccia, Caniff, Eisner,Crumb,Sienkewickz : PERSONNE ! QU’il fasse,et ait fait aussi plein de bouses,mais même honteuses les bouses, immatûres,grasses etc... c’est vrai- mais là encore je répondrais Picasso, Degas, Rodin, Schiele, Bacon... aussi.

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            • Répondu par la plume occulte le 13 décembre 2010 à  14:15 :

              Il faut arrêter de mettre le mot intelligence à toute les sauces.Et pour reprendre une excellente formule du sieur Didier Pasamonik,ce n’est qu’un cache-sexe qui pour comparer verbalement les auteurs qui seraient dans le meilleur tempo tourne vite au concours de beat.

              Que Kubert soit inférieur à la littérature reste à prouver-d’un autre côté à quoi bon comparer deux genres qui n’ont rien à voir-

              Le dessin de Moebius est un million de fois supérieur à celui de Kubert ?La narration de Kubert (et Christian Rossi aussi c’est vrai)est un million de fois supérieure à celle de Moebius.Et ça tombe bien puisqu’on parle là de BD.

              BD qui n’est pas du dessin, mais comme dit ailleurs dans des commentaires de la NA-RRA-TION.

              Picasso arrosait sa cour de formules définitives,il était dans la com(déjà)s’en en être dupe.

              On va se calmer aussi avec Chris Ware et son génie qui n’est autre qu’une succession d’exercices de styles destinés à émoustiller la critique bobo et autres(on peut mettre le bibliophile dans autres,et la bibliophilie n’a rien à voir avec l’art de la BD).

              Pour finir qui est supérieur dans la BD au 20 ième siècle à Moebius et qui aura plus innové et inventé que lui dans l-art de la BD ?

              Vous voulez combien de noms ?

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              • Répondu par Charles-Louis Detournay le 13 décembre 2010 à  15:52 :

                Je ne voudrais pas déranger, mais comme c’est proposé si élégamment, je veux bien dix noms, svp.

                Histoire de me donner une autre vision de la bande dessinée ! Merci

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                • Répondu par la plume occulte le 16 décembre 2010 à  19:01 :

                  C’est moi ou entends-je poindre une verte ironie ?
                  Bon allez au débotté sans trop y réfléchir des noms.Mais attention,si on entend le plus grand dessinateur ,effectivement mettre Giraud/Moebius en haut de la liste est concevable.Mais si on parle du meilleur narrateur, du plus innovant,du plus concepteur ect...

                  Alors.

                  Alex Toth.Personne n’a été plus loin que lui dans l’épure et son questionnement son application dans la narration BD.

                  Richard Corben.Pour sa technique de malade(même si rendue obsolète par l’outil informatique),sa recherche ,sa remise en question,et son innovation permanente.Corben le seul à avoir vraiment uni l’underground et le mainstream.

                  Bourgeon.Un VRAI auteur complet.IL a porté l’exigence et l’investissement personnel dans la construction d’une BD à des sommets.Sa narration des plus personnelle est reconnaissable entre toute.C’est un immense conteur.

                  Nœl Sickles.Il a conçu un modèle une appréhension de la BD qui a fait date.Il a inventé quantité de codes visuels très pertinents.

                  Milton Caniff.Il a mis au point toute les solutions graphiques que Sickles n’a pas eut le temps de trouver.Il y a aussi le sérieux,la considération avec lequel il a pris son travail.Entre autres...

                  Mandrafina.Il suffit de lire ses histoires sans paroles.Du très grand art de la BD.

                  Will Eisner.Pour toutes ses innovations de sujets ,formats ,mises en pages etc...Sa réflexion sur son art aussi.

                  Jim Steranko.Pour ses trouvailles visuelles ,et son modernisme très en avance sur son temps.

                  Ozamu Tezuka.Pour sa monumentale œuvre,son influence ,sa variété,sa dimension,et son avance sur son temps.

                  Buishi Terazawa.pour son utilisation des techniques modernes informatiques pour la création la promotions et la diffusion.Et ce bieeeen longtemps avant tout le monde.

                  Bern Krigstein.Parce ce qu’il a essayé quelque chose de nouveau à chaque nouveau travail-visuellement et philosophiquement-.Pour son travail sur la forme et son application concrète.Son histoire "Master Race reste comme un(le ?) monument de l’art de la BD.Son travail est peut être celui qui a le plus suscité de débats,de réflexion.Ses écrits sur l’art de la BD ont fait date et toujours autorité.

                  Franck Miller.Pour ses innovations pour le moins nourrissantes.Pour son travail d’assimilation,de digestion des exemples de Eisner,Krigstein,Neal Adams,et du manga et ce bien avant la mode.

                  Jack Kirby.Un styliste et un concepteur visuel hors normes.Un créateur d’une grande partie du langage narratif des codes qu’utilisent des myriades de dessinateurs de par le monde.Une inventivité peut être sans égal.

                  Neal Adams.Il a engendré un changement radical dans le visuel le style de la BD américaine et par rebond sur celle du monde occidental.Pour beaucoup,dans les comics il y a eut l’époque-l’influence-Kirby et après l’époque Neal Adams.Et puis c’est la plus grande star de la BD du monde.C’est lui qui le dit.
                  Et puis allez.

                  Fred.

                  Andréas.

                  Chéret.

                  Et puis Giorgio Cavazzano.Il a révolutionné "l’inrévolutionnble ".Le style Disney.

                  Mince il y en a plus de dix.Et maintenant que tout le monde se gausse....

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                  • Répondu par Charles-Louis Detournay le 17 décembre 2010 à  05:07 :

                    Une pointe d’ironie ? Sans doute juste pour vous titiller.
                    Se gausser ? Sûrement pas ! Tous les goûts sont dans la nature, le tout étant d’exprimer son point-de-vue en l’argumentant tout en demeurant constructif.

                    C’est effectivement parfois plus simple de sabrer dans le tas que de ’mouiller le maillot’ et y mettre du sien ! Mais je trouve que votre liste est très instructive, et vous avez eu le mérite de la publier.

                    Par après, de gustibus et coloribus non est disputandum comme dirait Gil St-André. Merci en toute cas pour votre peine, cela donne du crédit à vos interventions.

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                    • Répondu par la plume occulte le 17 décembre 2010 à  16:38 :

                      Je tiens à préciser que ce n’est pas MA liste mais une liste.

                      Une liste faîte 10 secondes après la découverte de votre message,et une dure et froide journée. Avec en plus le ventre creux et ça c’est pas rien..

                      De liste j’aurai pu en faire une autre tout à fait différente.Là j’ai mis des noms "bateaux",évidents,mais j’aurai pu fouiller un peu plus tant la BD est riche ,variée et belle.Partout.

                      J’aurai pu mettre plus d’argentins, d’italiens ,d’asiatiques,des philippins,des espagnols, des anglais,des belges-comment oublier Hergé ,la vibration de son trait, sa fabuleuse narration et le reste-

                      Oui,j’aurai pu faire une liste tout à fait différente.Et mieux argumentée .Et plus convaincante.Parce que là je reconnait...

                      Mais bon il aurait fallu un looooong paragraphe pour chacun.Et faute de temps(et une fringale,et quand on veut tutoyer les sommets ça pardonne pas).

                      Avec tout ça,je ne voudrais pas donner l’impression de minimiser la grandeur et la stature colossale de Giraud/ Moebius.Je suis un très grand fan.Mais du point de vue art de la BD dans ce qu’il a de plus strict dans la définition:il a de sacrés concurrents.

                      Pour ce qui est des commentaires instructifs,je ne demande qu’a partager mon plaisir devant cette fabuleuse BD mondiale.

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                      • Répondu par Abdul le 4 janvier 2013 à  19:10 :

                        un post intéressant- de la plume kocculte, en effet Moebius savait ça
                        ,il êtait bien conscient, d’avoir dégagé une ligne, mais
                        Il voyait bien ce qui l’entourait, et précisement, il a vu et bien su en tirer des leçons. Il avait une générosité
                        Et une assiduité sans pareil, au fond il répondait facilement aux questions, toute la difficulté était de lui en poser de bonnes.
                        Il s’est retrouve dans une position particulière
                        Ou il devait aussi assumer une exubérante production, en rester responsable, mais aussi, garder au plus la liberté
                        Face à l’inconnu, et en cela, ce fut notre maître
                        Et cet esprit est en soi peu accessible, et de plus il faut de la technique...

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    • Répondu par Oncle Francois le 6 décembre 2010 à  20:32 :

      Cher ami occulte, vous me pardonnerez si je ne peux m’empècher de réagir à votre phrase "le virtuose qui sait être si cruel avec les autres auteurs."

      En effet, j’ai approché le Maître à de nombreuses reprises depuis trente-cinq ans. Un peu normal, me direz-vous, puisque je suis un lecteur expérimenté en BD, ayant vécu "in real life" comme doivent dire nos amis anglophones, les essors de Pilote (hebdo et mensuel), Métal Hurlant, Aedena et compagnie.

      Laissez moi donc vous préciser que monsieur Moebius ne veut pas être cruel avec les autres dessinateurs. Je l’ai parfois vu cotoyer en séance de dédicaces des auteurs bien moins doués, sans la moindre condescendance. J’ai vu de jeunes auteurs inexpérimentés lui montrer leurs planches, il leur a toujours prodigué ses encouragements admiratifs. Pourquoi à votre avis a t’il travaillé avec Bati ou Marchand ? Parce qu’effectivement, il considère leurs travaux intéressants. Pour Moebius dont je salue l’ouverture d’esprit et la générosité, il n’existe pas de hiérarchie entre les auteurs puisqu’ils sont tous égaux devant la création. Un discours que l’on entend généralement dans la bouche des plus aigris et des moins doués, ce qui est loin d’être son cas, puisqu’il est l’un des meilleurs !

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      • Répondu par Fred Boot le 7 décembre 2010 à  01:35 :

        J’ai rencontré Giraud il y a 17 ans. Sans son conseil, "vivre" et voyager pour nourrir mon art, je pense que je croupirais actuellement dans une agence pour l’emploi normande. Il a eu l’extreme gentillesse et intelligence de dire cela alors que mes dessins n’étaient que passables. Il a pris le temps nécessaire pour cela, il a choisi les mots qu’il fallait. Je ne sais pas s’il est cruel avec d’autres mais pour moi c’est un grand monsieur et un maître spirituel. Je ne l’ai revu qu’une seule fois, près de 10 ans plus tard alors que j’étais graphiste et designer à Paris, pour le remercier. Je ne pense pas que je le reverrai un jour, donc j’aurai eu cette chance.

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      • Répondu par la plume occulte le 7 décembre 2010 à  09:55 :

        Mon cher oncle-que certains se plaisent à qualifier de führ-oncle(hé ho pas de vexation hein , fuhr ça veut dire guide ,mentor !).Mon cher oncle donc,je ne veut pas polémiquer avec ça,mais c’est un fait.Dénigrer ses confrères du haut de son intouchable piédestal est un Menu plaisir dont ne sait pas se priver Jean Giraud/Moebius. Il suffit de lire le dernier Casemate pour s’en convaincre.Et que dire sur ce qui se dit lors de la sélection d’auteurs pour le grand prix d’Angoulême.Et je pourrai rajouter d’autres exemples encore moins reluisants.

        Un héritage de son mentor Jijé ?

        Jijé dont le plus grand jeu consistait-en présence de Giraud-à dézinguer tout les dessinateurs- oui tous - du journal Spirou avec le dernier numéro en main avec force rires et remarques du genre:untel dessine toujours les mains de ses personnages sur la braguette des autres...

        Un Jijé(jaloux ?)qui avait dit de son élève Giraud qui commençait à prendre de l’ampleur et lui faire de l’ombre :"qu’il n’était qu’un singe savant,reprenant des solutions graphiques inventées par les autres".

        Vexé comme un pou en l’apprenant, Jean Giraud a décidé alors de se détacher de son maître en choisissant la voie de la surinformation graphique qui a donné les planches luxuriantes de détails des ses Blueberry suivants.

        Le style Gir donc.

        Un style Gir qui par opposition-négation ?-à amené à Moebius.

        Merci Jijé donc !

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        • Répondu par Oncle Francois le 7 décembre 2010 à  18:56 :

          Alors là...s’il est vrai que Jijé n’hésitait pas à se montrer critique (voire très critique), j’ignore à qui vous faites allusion avec votre "untel dessine toujours les mains de ses personnages sur la braguette des autres...". Il faudrait que je ressorte mes vieux Spirou des années soixante. Plutôt que de faire des jeux de mots vaseux à la Vermot avec Oncle, si vous pouviez avoir l’obligeance de me donner quelques pistes, cela m’épargnerait quelques nuits blanches. Cordialement !

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    • Répondu par Fred Poullet le 7 décembre 2010 à  14:08 :

      Je suis tout à fait d’accord avec Plume, belle analyse, je pousserais même le bouchon en parlant de condescendance de la part de Moebius, vis à vis des autres dessinateurs, il peut tout à loisir s’intéresser aux autres du moment qu’il se sait le plus grand...

      Et pour parler virtuosité, je trouve que celle de Moebius (pas celle de Giraud) l’handicape, car on se retrouve bien souvent devant des travaux manquant d’élégance, un peu "bourrin" en somme, son aisance ne laisse pas de place à l’intelligence, tout tombe si facilement pour lui, que nul besoin de réfléchir à ses compositions... à l’opposé du sous-estimé Rossi, moins grand dessinateur que Moebius, mais plus fin, plus justement élégant, on se trouve souvent avec Rossi happé par l’intelligence de son dessin, et je ne parle pas d’intellect, mais de celle qu’il y a dans l’acte de dessiner. Chez Rossi son trait ne flatte pas ce qu’il y a de plus vil en nous, mais le contraire. Car la virtuosité ne flatte que les adolescents que nous sommes souvent restés, qui ont besoin de la monstration du talent, de choses faciles à appréhender...

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  • Moebius a un style de tueur.
    Logique,rationnel, dans la grande tradition du dessin civilisé. Il peut parler de sauvagerie autant qu’il le souhaite, son traitement lui, est bien celui d’un petit soldat du mental.

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  • C’est clair, Jean Giraud ne laisse personne indifférent. Il agace parfois un peu. Il fascine toujours. Sa technique du dessin ne peut que rendre admiratif... GIR en dessinant Blueberry est devenu le plus grand dessinateur réaliste européen. Moebius est un immense créateur d’univers. Il a grandement contribué à faire sortir la BD de papa de son carcan. Cela fait beaucoup pour une seule et même personne !
    Une chose et sure, depuis la disparition des Hergé, Pratt ou Franquin, il est le dernier géant de la BD européenne encore en activité. Hergé, Pratt, Franquin et Giraud, mes quatre mousquetaires ! Ceux qui ont inventé et développé ce média pour l’amener à ce qu’il est aujourd’hui : le 9ème Art.
    N’en doutons pas, Moebius dessinera jusqu’à son dernier souffle. Souhaitons lui longue vie encore !

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    • Répondu par Oncle Francois le 6 décembre 2010 à  20:14 :

      Bien d’accord avec vous. Cordialement !

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