Jean-Louis Thouard : "Cette intégrale grand format rendra vraiment justice à mon travail en couleur directe."

20 mai 2016 0 commentaire
  • Le dessinateur de BD Jean-Louis Thouard, nous a reçu dans son atelier à l’occasion de la sortie d’un nouvelle intégrale de sa série réalisée avec le scénariste {{Roger Seiter}} : {Les Histoires extraordinaires d’Edgar Poe}, publiée aux dynamiques éditions du Long Bec, avec de nombreux bonus à découvrir…

Les albums des Histoires extraordinaires d’Edgar Poe étaient parues chez Casterman entre 2008 et 2010 ?

Oui, cette trilogie commence avec Le Scarabée d’or, une nouvelle de Poe, qui met en scène les deux personnages principaux : William Wilson et Edgar Legrand. Ces deux personnages vont partir sur la trace d’un trésor perdu enfoui sur une île isolée le siècle précédent par le capitaine Kidd, pirate fameux qui écumait les côtes d’Amérique du nord à cette époque-là. La découverte du trésor va permettre à nos deux héros de réaliser leur rêve, à savoir acheter un superbe bateau avec lequel ils vont pouvoir voyager. En allant d’un port à l’autre, ils seront confrontés à chaque fois à des situations un peu étranges et mystérieuses caractéristiques des nouvelles de Poe.

Dans le deuxième tome ils vont se rendre chez Roderick Usher qui habite une maison étrange. Dans la nouvelle d’Edgar Poe, c’est une maison qui respire, au milieu d’un marécage avec une ambiance sinistre. La sœur de Usher s’est endormie un peu comme dans La Belle au bois dormant, et on ne sait pas quand elle va se réveiller, elle est dans une sorte de catalepsie. L’histoire se déroulant à New-York, nos héros vont être confrontés en même temps à des gangs.

Le troisième tome se passe à Charleston, un grand port et une grande ville des États-Unis. L’album est intitulé La Mort rouge, car les héros vont entrer dans une partie interdite de la ville qui est infestée par un virus qui fait de nombreuses victimes. Ils vont se rendre compte qu’il y a dans ce quartier maléfique nommé « la mort rouge », une espèce de secte autour d’un roi presque en décomposition qui survit à cette maladie avec des subterfuges. Avec le scénariste Roger Seiter, on a joué avec les nouvelles de Poe pour les adapter librement tout en gardant le côté étrange et en apportant un style steampunk à la chose.

Jean-Louis Thouard : "Cette intégrale grand format rendra vraiment justice à mon travail en couleur directe."
Couverture de l’intégrale des Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe de Roger Seiter et Jean-Louis Thouard, aux éditions du Long Bec

Comment s’est passé votre collaboration avec Roger Seiter (H.M.S - les vaisseaux de sa majesté, Spécial Branch) ?

Tout au début j’avais croisé Roger sur quelques salons de BD où l’on signait chacun de notre côté. On a sympathisé et quand j’ai eu envie de me lancer dans la bande dessinée, je lui ai proposé de travailler sur Edgar Poe. On a alors eu l’idée d’adapter Le Scarabée d’or.

Donc c’est vous qui avez proposé d’adapter Edgar Poe ?

Oui, c’est un auteur qui a bercé mon enfance, qui m’a plongé dans des cauchemars. C’est un auteur qui m’a beaucoup marqué.

Dans cette trilogie, y a-t-il eu un décor ou un personnage qui vous a plus marqué en tant que dessinateur ?

Au début, je me souviens que j’ai eu des difficultés pour trouver les personnages principaux. Je n’osais pas assez appuyer le trait… Et le scénariste m’a dit quelque chose qui m’a aidé : « Dessine tes personnages principaux un peu comme si c’étaient des mauvais, des méchants ». J’ai donc dessiné des "bad boys", et pour le beau ténébreux de l’histoire, Wilson, je me suis inspiré d’acteurs japonais un peu déjantés, un peu de Johnny Depp aussi. Je suis allée chercher le côté dark et gothique… et là ça allait beaucoup mieux !

Il existe déjà un intégrale chez Casterman, que propose de plus l’intégrale des éditions du Long Bec ?

Il s’agit d’un grand format (24 x 32 cm) qui rendra justice à mon travail graphique puisque je travaille les originaux sur de grandes planches (environ 50 x 60 cm) donc les voir réduites faisait un peu mal au cœur. Je voyais bien que les lecteurs étaient un peu décontenancés par la taille, qu’ils se rendaient compte qu’il y avait beaucoup de détails qui leur échappaient. Ce grand format rendra vraiment justice au travail de mise en couleurs directes, de peinture que j’ai pu faire. Le travail de recherches historiques aussi. Il y aura une couverture complètement inédite pour cette intégrale, et un épilogue inédit de quatre planches qui donnera des clés suite au dénouement un peu abrupt du tome 3.

De plus, il y aura un cahier graphique d’une trentaine de pages avec des esquisses, des recherches, des crayonnés, des encrages, des essais couleurs… Enfin, un texte du scénariste Roger Seiter traite de la vie d’Edgar Poe et le resitue dans le contexte historique.

Extrait des Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe

Il y a également une préface d’un auteur célèbre de BD...

Oui, c’est vrai, Jean-Claude Mézières m’a fait l’amitié de signer la préface de cette intégrale. Il a accepté en toute simplicité, avec vraiment beaucoup de gentillesse. J’avais eu l’occasion de le rencontrer dans son atelier et de lui montrer mon travail sur Edgar Poe qui, apparemment, ne l’avait pas laissé indifférent. Quand je lui ai proposé de rédiger une préface, il m’a tout de suite dit oui, c’est vraiment quelqu’un d’adorable.

Peut-on également revenir sur votre parcours, comment êtes-vous devenu auteur de BD ?

En fait j’ai toujours aimé dessiner, j’ai toujours voulu faire de la bande dessinée. Au moment où les ados mettent le dessin de côté, j’ai persisté ! Vers l’âge de 16, 17 ans, je me rappelle être monté à Angoulême avec un copain scénariste, on avait une histoire de type « Faust » en BD sur des planches de format assez fou, très grand. C’était notre première confrontation avec le milieu des éditeurs et Angoulême. Et puis après le Bac, j’ai fait les Arts Décoratifs de Strasbourg et j’ai commencé à publier des livres illustrés tout en étant étudiant. Faire ma première BD chez Casterman a pris un peu plus de temps parce que j’étais pris par l’illustration. Et puis c’est en rencontrant Roger Seiter, en ayant eu l’idée de travailler sur Edgar Poe que j’ai commencé en bande dessinée.

Vous avez sorti d’autres BD ?

Oui, après Poe, j’ai sorti il y a déjà trois ans le one shot La Somnambule chez Casterman Rivages/Noir, un polar américain assez psychologique, très différent de Poe puisqu’il met en scène une jeune héroïne amnésique dans les années 1970. Elle est poursuivie par un tueur dans Boston sans savoir pourquoi… On suit l’évolution psychologique de ce personnage. Le puzzle de son passé se remet petit à petit en place à mesure que l’histoire avance... J’ai également sorti un Artbook de cent pages avec des dessins inédits, des esquisses, des idées graphiques, etc.

Vous avez de nouveaux projets BD actuellement ?

Je travaille en particulier sur un projet dont j’écris moi-même le scénario. Il s’agit d’une histoire qui m’a beaucoup touché mais c’est vraiment en développement pour le moment, donc c’est un peu délicat d’en dire plus, si ce n’est que ça se passe en Europe de l’Est au début du XXe siècle.

Il y aura toujours un côté un peu étrange, sombre ?

Oui, chassez le naturel, il revient au galop ! On sera toujours dans des univers borderline.

Vos lecteurs pourront bientôt vous rencontrer aux halles de Dijon ?

Oui. Alors, je ne vais pas devenir vendeur de primeurs (rires). La ville de Dijon a lancé une opération qui s’appelle le Brunch des halles et donc le 29 mai 2016, je serai présent pour la première de cette opération, je serai avec mon éditeur pour dédicacer en avant-première mon intégrale d’Edgar Allan Poe. Je vais découvrir en même temps que les Dijonnais l’intégrale qui viendra d’arriver de chez l’imprimeur !

Jean-Louis Thouard dans son atelier

(par Morgane Aubert)

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