Jean-Luc Cornette : "La manière la plus juste pour parler d’érotisme est de mettre en scène un couple !"

26 mars 2009 0 commentaire
  • Après « {Câlinée Sous X} », {{Jean-Luc Cornette}} et {{Karo}} signent une succession d’histoires érotiques reprises dans l’album « {Arthur et Janet - À fleur de peaux} ». Les auteurs évitent la vulgarité en axant leur propos sur la relation complice et amoureuse entre les personnages.

Arthur et Janet s’aiment et font l’amour. Ils adorent le sexe sous toutes ses formes et essaient de temps à autre des pratiques. Ils font l’amour à deux, à trois, avec une autre femme ou un autre garçon. Ils essaient des sex-toys et d’autres objets pour se donner du plaisir. Les histoires de Jean-Luc Cornette et de Karo ne choquent car elles sont délicieusement amenées par la connivence et la tendresse qu’ont les personnages entre eux. Jean-Luc Cornette, le scénariste de ces saynètes érotiques nous présente cet ouvrage coquin.


Jean-Luc Cornette : "La manière la plus juste pour parler d'érotisme est de mettre en scène un couple !"Pourquoi avoir inventé ces récits humoristiques traitant de la sexualité dans un couple ?

Lorsque j’évoque la bande dessinée érotique dans mes conversations avec d’autres auteurs, nous nous rendons bien vite compte qu’il y a très peu de livres qui nous plaisent. Karo et moi-même avions tous les deux envie de traiter ce sujet. Lorsque nous appris que l’Écho des Savanes renaissait de ses cendres, nous avons envoyé un projet à Didier Tronchet, son rédacteur en chef. Il ne l’a pas accepté. Cela ne correspondait pas à ce qu’il souhaitait pour ce mensuel. Après avoir lu notre album précédent, Câlinée sous X, il nous a proposé de créer des histoires érotiques, tout en respectant un certain canevas : il nous fallait être mignon, et éviter la vulgarité. … L’idée nous plaisait et nous avions les mêmes objectifs !

Les histoires tiennent sur un format assez court. Est-ce que parce que peu d’auteurs arrivent à tenir la longueur en parlant d’érotisme ?

Non. Il fallait que nous pensions à la publication dans le mensuel. Ce format est le plus difficile pour moi. J’avais déjà réalisé des histoires courtes pour les Passe-Murailles. Et encore, certaines histoires faisaient jusqu’à dix-huit planches. Mais en tant que scénariste, j’aime avoir plus d’espace. Dans un album qui ne contient que des histoires courtes, il faut avoir autant d’idées fortes que d’histoires, au lieu d’une, dans un 46 planches, autour de laquelle on peut enrober différentes sous-idées. Mais c’est un exercice que j’aime car il me force à me remettre en question.

Extrait de "Arthur et Janet - À fleur de peaux"
(c) Karo, Cornette & Drugstore

Est-ce vous qui ameniez les sujets traités ?

Oui. Mais nous en parlions énormément que cela soit avec Karo, Didier Tronchet ou Cédric Illand, notre directeur éditorial chez Drugstore. Nous avons eu de nombreuses conversations avant de trouver la manière la plus juste pour aborder ce genre ! L’angle était simple : parler d’un couple. Habituellement, dans les bandes dessinées de « cul », on retrouve souvent une héroïne seule. Elle est soit sadique (et dominatrice), soit soumise. Nous souhaitions partager un certain respect pour les femmes et donc, nous n’avions ni envie de les représenter avec des cravaches, ni se faisant violer ! Nous voulions parler d’une histoire d’amour sous un certain angle : Un couple qui fait l’amour. Arthur et Janet sont assez libres, et le font beaucoup. Mais ils sont amoureux et se respectent.

Au travers des sentiments de vos personnages, vous instaurez un climat de confiance …

Oui. C’était l’objectif. Nous n’avions pas peur de mettre des scènes trash ou des gros plans sur le sexe des personnages, mais il fallait avant tout raconter des tranches de vie. Tout en gardant de l’humour, et en montrant le respect et la complicité entre les deux personnages. On ne s’est rien interdit dans les scènes de sexe.

Vraiment rien ?

On peut toujours aller plus loin, mais cela ne nous intéresse pas ! C’est un travail d’équilibre, de jonglerie qui peut déplaire à certaines personnes. Nos limites ne sont pas forcément les mêmes que nos lecteurs. Cela rejoint le débat sur l’érotisme et la pornographie. Je me souviens avoir lu une phrase qui disait en substance : « la pornographie est l’érotisme des autres ».

Le style graphique « mignon » de Karo n’aide-t-il pas à faire passer les choses…

Je ne sais pas ! Mais le côté mignon des personnages fait que nous n’avons pas l’impression de voir des « morceaux de viande » s’accouplant ! Je ne sais pas si le dessin adoucit notre propos, mais il adoucit l’image…

Extrait de "Arthur et Janet - À fleur de peaux"
(c) Karo, Cornette & Drugstore

Dans la dernière histoire, vous rendez hommage à Manara et à Anaïs Nin. Pourquoi eux, et pas Crepax par exemple ?

Je n’ai pas une grande culture en bande dessinée érotique. Mais il fallait que nous choisissions une bande dessinée tout public. Je suis persuadé que 95% de nos lecteurs ne connaissent pas Georges Pichard. Certains connaissent peut-être Crepax, mais pas la majorité d’entre eux. Alors, autant parler de Milo Manara que j’aime beaucoup. J’ai pris des passages d’un livre d’Anaïs Nin que je possédais. J’ai relu certains livres de Henry Miller ou de Charles Bukowski dont certains passages étaient également fort évocateurs.

Et concernant le choix de la couverture ?

Nous ne mentons pas sur le contenu du livre. On comprend en voyant la couverture qu’il s’agit d’une série sur l’intimité de deux personnes. L’éditeur a apposé un auto-collant : « Pour Public Averti ». Cela ne nous dérange pas. Nous ne tenons pas à ce que les gamins tombent dessus. Le dessin de couverture est une idée de Karo. Elle a réussi à faire passer l’érotisme et la tendresse qui unit les personnages. Par contre, nous avons beaucoup chipoté sur les motifs du mur du fond.

En tant qu’auteur, comment analysez-vous le retour de la bande dessinée érotique ?

Je ne parlerais pas d’un retour. Il y a eu la bande dessinée « Premières Fois », une aventure collective joliment scénarisée par Sybilline. Les éditions Delcourt ont opéré de bons choix éditoriaux éditant ce livre sous une forme classieuse. Ils vont d’ailleurs lancer une collection de livres sur ce thème, dirigée par Vincent Bernière. Mais, d’après ce que j’ai compris, ils éditeront principalement des traductions de BD étrangères. On ne peut donc pas parler publications de créations. Les éditions Musardine et Tabou ont une démarche éditoriale plus radicale, plus hard. Il n’y a donc qu’une poignée d’albums de création chez les éditeurs. Ce n’est donc pas un grand retour. Mais je serais heureux si ces livres ouvrent une brèche. Tant mieux si les auteurs ont la liberté de s’exprimer dans différents genres, y compris l’érotisme. Malgré la surproduction et la crise économique, les éditeurs s’ouvrent à d’autres genres graphiques et scénaristiques. Les auteurs ont plus de choix, même si les éditeurs sont plus regardant sur la qualité et le type de livres qu’ils publient.

Avez-vous eu des retours surprenant avec cet album ?

Oui. Deux jeunes femmes, propriétaire d’un « Love Shop » nous ont appelé pour dédicacer chez elles le 18 avril prochain. C’est à la fois surprenant et amusant de tenter cette expérience, et d’aller vers un autre type de public. Nous dédicacerons donc chez « Côté Coeur » à Louvain-la-Neuve …

Extraits des Gens Urbains - La Montre
(c) Cornette, Millecamps et Quadrants

« La Nuit du Papillon », votre dernière BD en tant qu’auteur complet date de 2006. À quand votre retour au dessin ?

J’en ai envie, même si le dessin n’est pas une nécessité. Mais j’ai de trop nombreux projets de scénarios à confier à d’autres pour m’y atteler… Ce n’est donc pas d’actualité.

Justement, quels sont vos projets ?

Une série avec Michel Constant, mettant en scène un justicier au 19e siècle, qui s’intitulera Le Pygargue. Cette série aura pour cadre les États-Unis et devrait sortir chez Quadrants. Le premier tome devrait paraître en 2010. Pour le même éditeur, je prépare les Gens Urbains qui sera dessiné par Maud Millecamps. Il s’agira d’un recueil de tranches de vies mettant en scène des personnages qui pourront s’entrecroiser. Cela se rapprochera des Passe-Murailles, sans le côté fantastique. Et puis, je peaufine un scénario pour Stéphane Oiry, qui paraîtra aux éditions Futuropolis.

(par Nicolas Anspach)

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Lire d’autres interview de l’auteur :
- "Avec ’La Nuit du Papillon’, je voulais m’intéresser à la temporalité" (11/2006)
- "Jean-Luc Cornette : "Mes personnages sont souvent un peu étranges et décalés" (10/2005)

Lire les chroniques de :
- Au Centre du Nowhere T3
- Les Passe-Murailles T2

Photo : (c) Nicolas Anspach

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