Jean-Luc Cornette : "Mes personnages sont souvent un peu étranges et décalés"

28 octobre 2005 0 commentaire
  • {{Jean-Luc Cornette}} signe le scénario de l'un des albums les plus amusants et délirants de la rentrée. Auteur complet à ses heures ({Visite Guidée, Les Enfants Terribles}), il se consacre de plus en plus à l'écriture pour d'autres. À l'occasion de la sortie de {Au Centre du Nowhere}, dessiné par Michel Constant, nous avons rencontré ce sympathique auteur.

Le premier album de votre nouvelle série, Au Centre du Nowhere, n’est-il pas une quête initiatique ?

On peut le percevoir de cette manière. L’Oreille du Saumon, symbolise également le passage entre l’adolescence et l’âge adulte, ainsi que la découverte du monde. Les thèmes abordés et les ambiances varieront beaucoup d’un album à l’autre.

Pourquoi avoir incorporé de la loufoquerie à cette série ?

Mes récits contiennent, d’une manière générale, une dose de fantaisie. Mais aussi de la poésie et du fantastique. Le type de récit n’est finalement pas tellement important. Par contre, la relation entre les personnages, leurs sentiments et les thèmes abordés sont, eux, primordiaux.
J’ai choisi de traiter de ce thème sous la forme d’un western car tout le monde en connaît les codes. C’est agréable de les utiliser voire de les détourner de temps en temps, sans toutefois aller jusqu’à la parodie. J’aime que mes histoires aient un sens et soient profondes.

Jean-Luc Cornette : "Mes personnages sont souvent un peu étranges et décalés"
Ce n’est pas tout les jours qu’un père marie son fils. Cela vaut bien quelques fleurs...

Vous avez discuté de cela avec Michel Constant avant de bâtir le récit ?

Oui, mais un peu moins pour cet album-ci car j’avais écrit une première version du synopsis il y a quelques temps. Il est passé dans les mains de plusieurs dessinateurs, mais ne s’est jamais fait pour différentes raisons. Je l’ai fait lire à Michel Constant lorsque nous travaillions sur le troisième album de Red River Hotel. Il a tout de suite apprécié les ambiances et le ton de ce projet. Il voulait le dessiner.
Notre collaboration est un véritable échange. Nous discutons beaucoup du scénario. Je tiens compte de ses désirs d’ambiance et de dessin.

Qu’a-t-il apporté à ce premier tome de « Au Centre du Nowhere » ?

Surtout des envies graphiques qui entraînent une manière différente de traiter le scénario. Il a donné une physionomie différente à certains personnages. Elmore, par exemple, ne ressemble pas à ce que j’imaginais. Je me suis aligné sur ses modifications, et en ai tenu compte lors du découpage de l’histoire. Sa manière de vivre et de parler est devenue totalement différente.
J’aurais très probablement écrit certaines scènes autrement si nous n’avions pas discuté ensemble du scénario et si je n’avais pas vu ses dessins. Nous avons des discussions quasi quotidiennes, et après coup, il est assez difficile de définir ce qu’a apporté Michel à l’histoire.

Vous utilisez un type d’humour basé sur les dialogues.

Écrire les dialogues est un de mes grands plaisirs ! Lorsque la psychologie et le caractère des personnages sont définis, les dialogues viennent naturellement. J’adore créer des personnages un peu étranges et décalés. Cela introduit des séquences humoristiques car ceux-ci dépassent la normalité.
En fait, je ne saurais pas définir mon humour, d’autant plus que je n’utilise pas les mêmes ingrédients pour faire sourire le lecteur selon les séries. Par exemple, les histoires de Passe-Murailles contiennent de l’humour plus léger.

Recherche pour la couverture du T1.

Pourquoi avoir amené ce côté burlesque au Nowhere : l’âne qui parle, les saumons qui ont des oreilles... Bref toutes ces choses décalées ?

Il y a des choses que je ne m’explique pas moi-même ! Dernièrement, j’ai été étonné d’être invité à un festival axé sur la BD animalière. « Mais pourquoi m’invitent-t-ils ? », me suis-je dit ! Puis j’ai réalisé que j’ai mis en scène un ours bavard dans Central Park (avec Durieux, chez Dupuis). Dans le deuxième tome des Passe-Murailles, il y aura un serpent et un chat.
En fait, ces éléments viennent naturellement lorsque j’écris. Du coup, j’essaie de transformer ma narration pour que ces choses incongrues deviennent normales aux yeux des lecteurs.

Comment est née votre collaboration avec Michel Constant ?

Nous avons travaillé pour le même éditeur à une certaine époque. On se voyait donc régulièrement dans les cocktails et les dédicaces. Une amitié est née et perdure depuis une dizaine d’années... Alors que je ressentais de plus en plus l’envie d’écrire pour les autres, je lui proposé de dessiner un de mes scénarios. Il sentait que Bitume (avec Vandam, chez Casterman) allait sans doute s’arrêter. On est parti de l’une de mes idées, une série dont le thème central serait un hôtel, et on a créé Red River Hotel au fil de nos discussions.

Son style semi-réaliste ne colle-t-il pas mieux à ce western fantaisiste qu’à un polar ?

La question devrait être posée autrement. Le dessin de Michel Constant évolue. Il avait un style semi-réaliste, plutôt humoristique, lorsqu’il dessinait Mauro Caldi. Puis, il est passé à Bitume. Son scénariste, Michel Vandam, écrivait des récits de plus en plus proches de la réalité. Le style de Michel s’est adapté au scénario, devenant ainsi plus réaliste.

Vous êtes également dessinateur. Êtes-vous dirigiste avec vos collaborateurs ?

Oui et non ! Je ne travaille qu’avec des amis, et ai donc une entière confiance en eux. J’admire leur travail. Mais mon scénario est écrit et très détaillé. D’une manière générale, je leur laisse le choix du cadrage sauf si je considère que cela a une influence primordiale dans une suite de cases. Ils sont tous d’excellents metteurs en scène, alors pourquoi interviendrai-je dans le dessin ?
La plupart de mes collaborateurs m’envoient leurs crayonnés. Je les observe. Je leur téléphone ensuite pour en parler. Il est rare que je leur fasse faire des modifications.

Pourquoi vous tournez-vous de plus en plus vers le scénario ?

J’aime de plus en plus écrire, et j’ai l’impression d’avoir de plus en plus de choses à raconter. Les idées viennent vite. Écrire pour d’autres me permet de leur donner vie plus rapidement que si je les dessinais.
Parallèlement à cela, je ressens une souffrance à dessiner depuis quelque temps. Je ne suis pas à même de juger si mes scénarios sont bons, mais je ne leur vois pas de défauts. Lorsque je relis un des albums que j’ai réalisés en solo, je suis frappé par mes erreurs graphiques. En fait, je ne suis jamais satisfait de mon dessin. Si bien que je suis devenu très difficile envers moi-même lorsque je travaille sur une planche.

Vous travaillez sur un récit à paraître dans la collection Carrément BD de Glénat. Pourriez-vous nous dévoiler la trame ?

La Nuit du Papillon raconte la journée d’un homme, Élias, qui se réveille dans un autre univers. Il a la taille d’un insecte, et va rencontrer, Bambi, une femme-papillon. Cette dernière ne va vivre qu’une seule journée. Elias va passer cette journée avec elle. Il va la voir naître, c’est-à-dire sortir de son cocon, à l’aube. Vers midi, lorsque cette femme-papillon sera adulte, il va tomber amoureux d’elle. Et le soir, Bambi mourra. Ce récit mettra en parallèle deux temporalités : un homme qui peut vivre quatre-vingt ans, et une femme qui ne vivra qu’une journée.

Vous avez également un projet aux éditions Carabas .

En effet. J’ai écris un scénario pour une jeune dessinatrice, Karo. Elle vient d’ailleurs de signer une histoire courte écrite par Eric Corbeyran pour Paroles de Sourds, à paraître aux éditions Delcourt. Au travers de Câlinée sous X, nous raconterons la vie quotidienne et sentimentale d’une jeune fille, Kyra, à deux époques de sa vie. Le premier album s’intitulera : « Tout sauf des bébés ».
J’écris également les deuxièmes albums de Passe-Murailles et Au Centre du Nowhere. Je m’interdis tout nouveau projet tant que je n’aurai pas terminé les cinquante-quatre planches de mon album en solo.

(par Nicolas Anspach)

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illustrations (c) Constant, Cornette & Le Lombard

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