Jean-Sébastien Bérubé : « J’ai voyagé pendant plusieurs mois pour finalement découvrir d’où je venais. »

9 juin 2010 1 commentaire
  • Jean-Sébastien Bérubé est certainement l’un des auteurs les plus prometteurs de la nouvelle génération québécoise. Après avoir remporté le premier concours de bande dessinée Hachette Canada (2008) avec son récit « Le Trésor du Cap-à-l’Orignal » ([{Contes et légendes du Québec}, collectif, Glénat Québec->http://www.actuabd.com/Contes-et-legendes-du-Quebec]), son album {Radisson t. 1 : « Fils d’Iroquois »} (Glénat Québec), lui a valu le [Prix Réal-Fillion->http://www.actuabd.com/Le-Festival-de-BD-de-Quebec-remet ] de l’auteur québécois « s’étant le plus illustré avec son premier album professionnel » lors de la dernière remise des prix Bédéis Causa, au Festival francophone de la BD de Québec 2010. Entrevue.

Diplomé du baccalauréat en bande dessinée de l’ÉMI (École multidisciplianaire de l’image, Université du Québec en Outaouais) et nouvelle recrue de l’écurie Glénat Québec, Bérubé publiait cet automne un premier album professionnel, Radisson t. 1 : « Fils d’Iroquois », d’après Les extraordinaires aventures d’un coureur des bois (1668-1669), mémoires de Pierre-Esprit Radisson.

Jean-Sébastien Bérubé : « J'ai voyagé pendant plusieurs mois pour finalement découvrir d'où je venais. »
© Bérubé et Glénat Québec

« Fils d’Iroquois » raconte la première époque des aventures du célèbre coureur des bois. En mai 1651, le jeune Radisson et quelques amis s’éloignent du fort de Trois-Rivière, en Nouvelle-France, malgré l’interdiction du Gouverneur. Ils sont alors pris en embuscade par les Iroquois. Alors que ses compagnons son tués, Radisson est enlevé. Par chance, Anowara, une vieille femme wendat (huronne) membre de la tribu, elle-même enlevée dans sa jeunesse, exige qu’on lui livre le prisonnier français, qu’elle veut pour fils. Pierre-Esprit devient ainsi Orimha, membre de la tribu des Hodinossonis (Iroquois), desquels il apprend la langue et les usages. L’album se termine alors que Radisson est appelé à regagner la civilisation européenne. Le jeune homme sera-t-il capable de trahir sa famille adoptive ?

Avec ce premier opus, l’auteur attaque avec succès un sujet ambitieux tout en préparant le lecteur au tome suivant.

Vous avez fait une entrée remarquée sur la scène de la BDQ en remportant le premier concours Hachette Canada, en 2008, puis en remportant un prix Bédéis Causa cette année, au Festival de la BD francophone de Québec. Comment devient-on l’un des plus importants « auteurs de la relève » ? Que signifie ce titre pour vous ?

Eh bien ! Je ne savais pas que j’étais parmi les auteurs les plus importants de la relève ! Oui, j’ai gagné des prix, mais c’était inattendu pour moi. En fait, pour le concours Hachette, je n’espérais pas gagner, mais seulement voir si Glénat Québec pouvait être intéressé par ce que je fais, étant donné qu’ils recrutaient parmi les auteurs participant à ce concours. Et pour le Bédéis Causa, je ne pouvais pas être plus heureux quand j’ai gagné ce prix, parce que j’ai eu beaucoup de difficultés avec mes projets pendant des années. J’ai tenté de publier un album plusieurs fois, mais en vain. Je croirai donc que ce titre représente la persévérance et la détermination. Il y a aussi le talent, bien sûr, mais beaucoup de gens ont du talent. Et puis vient un temps où on se pose la question : « Est-ce que je veux vraiment gagner ma vie avec la bande dessinée ? Si oui, jusqu’où suis-je prêt à aller ? »

Jean-Sébastien Bérubé reçoit son prix Bédéis Causa en compagnie du lauréat 2009, Francis Desharnais.
Photo © Le Bédénaute

On connaît moins bien vos publications antérieures au « Trésor du Cap-à-l’Orignal » et à Radisson. Parlez-nous un peu de votre formation à l’ÉMI et de vos autres travaux.

Je n’aime pas beaucoup regarder mes autres travaux. On s’améliore toujours et quand je regarde mes anciens travaux, je fais des grimaces. Quant à ma formation à l’ÉMI, elle a été très enrichissante pour moi, mais pas pour tout le monde. En fait, il faut savoir en profiter. Beaucoup d’étudiants ne se contentent que d’aller à leurs cours et de rentrer chez eux après, alors qu’il y avait régulièrement des occasions, en dehors des cours, de s’améliorer et d’apprendre plus comme, par exemple, les rencontres avec les auteurs qui passaient par là : Régis Loisel, François Boucq, Edmond Baudoin, Jean-Louis Tripp et j’en passe. On allait prendre une bière avec eux au café-bar de l’université et alors on entendait toutes sortes d’histoires intéressantes. Les premières galères, les premiers refus d’un éditeur. Cela était très important pour moi, pour ne pas me décourager. Je ne savais pas trop où je m’en allais avec mes projets de l’époque. J’avais des projets de BD humoristiques, philosophiques et d’aventures comme, entre autres, un projet sur le Tibet et les arts martiaux. Mais ça n’a pas marché. J’expérimentais beaucoup et l’université sert à ça aussi. Mais cela demande de l’investissement, car trois ans sont vite passés quand on est passionné.

Qu’est-ce qui vous amené à lire et à adapter les mémoires de Radisson ? Qu’est-ce qui vous inspire chez lui ?

La vie de Radisson en BD est l’idée de mon père. Alors que j’étudiais à l’ÉMI, il insistait beaucoup sur le fait d’adapter cette histoire en BD, parce que Radisson est un aventurier haut en couleurs de la Nouvelle-France et que, selon lui, cela manquait au Québec. Il croyait qu’une bande dessinée de ce genre pouvait attirer un public québécois et français, à cause du côté historique et culturel. Au début je ne voulais pas faire ça, parce que je n’en avais rien à foutre du Québec et de son histoire. Après mes études, je suis allé en Asie pour réaliser mon projet sur le Tibet. J’ai voyagé pendant plusieurs mois pour finalement découvrir d’où je venais. Je suis retourné au Québec et j’ai lu la biographie de Radisson. En la lisant, j’ai été surpris d’apprendre que sa vie n’était pas banale et j’ai même trouvé des points communs entre ce personnage et moi, dont le côté voyageur et aventurier. Alors j’ai commencé le travail d’adaptation qui aura duré deux ans et demi. Puis mon père est décédé subitement avant que je termine l’album.

© Bérubé et Glénat Québec

Si Les extraordinaires aventures d’un coureur des bois constitue un texte très important du patrimoine littéraire de Nouvelle-France, ce document n’est pas nécessairement connu du grand public. Quel type de recherches avez-vous faites pour transposer ce document en BD ?

Tout d’abord, j’ai lu le document que vous venez de mentionner. Ensuite, j’ai lu tous les autres livres que j’ai pu trouver sur Radisson, crédibles ou pas. Mon but était de recueillir un maximum d’informations sur le personnage afin d’avoir une idée générale de ce qui a été dit. Puis j’ai lu des livres qui parlent du Canada au XVIIe siècle, pour connaître les habitudes de vie, les coutumes et le contexte politique et social des habitants de la Nouvelle-France. J’ai dû aussi lire des ouvrages sur la vie des différents peuples du Canada à cette époque : les Iroquois, les Hurons, les Algonquins, etc… Pour le côté visuel, je suis allé chercher des images sur Internet, dans les musées historiques et les trucs reconstitués : anciennes maisons, village huron, outils, armes, costumes… J’ai également consulté des historiens et des autochtones sur le sujet. Afin de pouvoir me consacrer à cette recherche à temps plein, j’ai reçu des subventions du gouvernement. Après un an de recherches, j’ai considéré que j’étais prêt à commencer l’album. J’ai refait trois fois les 12 premières pages, parce que je n’avais pas encore trouvé le style dans lequel j’allais dessiner cette histoire. Donc, voilà pourquoi ce premier album m’a pris deux ans et demi à réaliser. Mais cela ne sera pas le cas pour les autres albums.

Quels sont les défis des jeunes auteurs du Québec ?

Se démarquer et se faire connaître à l’étranger, parce qu’il n’y a pas assez de lecteurs de bande dessinée au Québec pour pouvoir en vivre. C’est un petit milieu comparé au gigantesque marché de l’Europe ou des États-Unis. La bande dessinée québécoise commence à peine à être reconnue sur la scène internationale et même ici au Québec.

© Bérubé et Glénat Québec

À quand le prochain tome de Radisson ? À quoi peut-on s’attendre ?

Ce deuxième album est prévu pour le mois de septembre 2010. Il annonce le retour de Radisson en Nouvelle-France et le fil conducteur de l’histoire portera sur l’évangélisation des Iroquois par les jésuites. Le ton sera moins puéril que dans le premier album et il y aura beaucoup d’action et de drames.

Quels sont vos projets à venir ?

J’ai d’autres albums de Radisson à réaliser. Il y aura peut-être cinq albums en tout, mais pas plus. Puis, pour la suite, je verrai. J’ai un autre projet en tête, mais ça reste à déterminer. J’aimerais innover et me surpasser, mais je ne sais pas encore comment.

Lire notre article : « Le Festival de BD de Québec remet ses prix »

Lire notre article : « Contes et légendes du Québec – Collectif – Glénat Québec »

(par Marianne St-Jacques)

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