Jeunesse Bafouée, Une Dictature au Fil des Jours - Par Ribera - Bamboo, collection Angle de Vue

20 février 2005 0 commentaire
  • Après un magnifique hommage à sa sœur décédée durant la guerre civile d'Espagne ("Montserrat"), Julio Ribera continue à explorer les souvenirs de sa jeunesse et les raconte dans "Jeunesse Bafouée, une Dictature au Fil des Jours". L'auteur y dévoile son apprentissage de la vie durant les années 40.

Jeune adulte, Julio s’inscrit dans des cours pour devenir ingénieur. Il satisfait ainsi les souhaits de son père. Mais il se passionne de plus en plus pour le dessin et le jazz. Avec des amis, il crée même un petit dessin animé, avec des moyens limités, qui rafla un prix lors d’un festival de cinéma amateur. Cela permettra à Julio d’acquérir un peu plus d’assurance et d’abandonner ses études pour se consacrer au dessin. Il devint également batteur dans un quartette. Tout au long de l’album, Ribera se penche sur ses préoccupations d’alors, ses rencontres et autres événements souvent cocasses... Il s’y livre sans fausse pudeur, et n’hésite pas à nous conter ses visites rocambolesques à des prostituées (sans tomber dans le graveleux) ou l’achat de préservatifs d’occasion.

La dimension politique et morale dans laquelle baignait l’Espagne Franciste est présente dans cet album, et est même parfois pesante. Ribera nous raconte, par exemple, les humiliations dont certains soldats ont été victimes durant leur service militaire, allant même jusqu’à la mort de l’un d’entre eux ! Ribera a également appris à « rire de l’intérieur » (à ne pas montrer ses moqueries) lorsqu’il était obligé d’assister aux discours pudibonds d’un curé. Ribera a dû supporter, durant son enfance, d’entendre que : « Les filles sont des envoyées du diable qui ont pour mission de faire tomber les garçons dans le péché mortel. Et une fois possédées par le diable, leurs âmes brûleront dans le feu de l’enfer éternellement ».

Le graphisme de Ribera est plus réaliste que dans ses précédentes séries (Le Vagabond des limbes ou Le Grand scandale). Il est rehaussé par des couleurs aux teintes monotones, sans doute pour mieux refléter les ambiances de cette jeunesse bafouée.

On ne peut qu’espérer que Ribera vivra centenaire, le temps de nous raconter ses autres souvenirs de jeunesse, tellement ceux-ci sont riches et captivants. Un très bel album, tout simplement.

(par Nicolas Anspach)

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