Jhen, T11 : La Sérénissime - Par Pleyers, Payen & Martin - Casterman

1er octobre 2009 4
  • Entre les complots politiques et la vie sociale qui la caractérisent, Jhen découvre la mythique cité de Venise, dans une aventure qui ne manque pas de panache. Basée encore une fois sur une note de Jacques Martin, ce onzième tome salue surtout le retour de Jean Pleyers !

1436, après le rigoureux hiver pendant lequel les Sorcières jouèrent un grand rôle, Jhen arrive à Milan où l’attend une nouvelle mission de Gilles de Rais : accompagné de l’abbé Francesco Prelati, il doit retrouver à Venise un mystérieux codex alchimique.

Mais le duché de Milan est en guerre avec la Sérénissime. Heureusement, la rencontre du propre fils du doge leur permet d’entrer sans encombre dans la ville qui domine sans partage les mers et océans. Malgré cela, Venise ne se démasque pas facilement, car l’agitation nocturne qui y règne est propice à tous les traquenards.

Jhen, T11 : La Sérénissime - Par Pleyers, Payen & Martin - Casterman

Comme pour le récit précédent, les Sorcières, illustré par Thierry Cayman, c’est une note de Jaques Martin qui sert de base au scénario d’Hughes Payen. On reconnaît les thèmes chers au maître de la bande dessinée historique : la découverte de lieux emblématiques, et l’utilisation de femmes à fort caractère, dans une société où elles étaient habituellement reléguées à des rôles insignifiants.

Hughes Payen est parvenu à tisser une intrigue intéressante, à défaut d’être palpitante, et dont le point d’orgue réside dans la description des différents niveaux de pouvoirs de l’époque, que cela soit à Venise, ou dans le duché milanais. Si le découpage souffre de quelques approximations, l’attrait de Venise prend le pas pour passionner le lecteur.

Jean Pleyers réussit effectivement un splendide travail de reconstitution. Ses quelques postures ratées sont vite oubliées lorsqu’on profite des vues des cités moyenâgeuses, et surtout lorsqu’il nous entraîne au cœur de Venise : de la place St Marc enluminée aux sombres ruelles de la cité débouchant sur de petites places désertes, de l’impressionnant Arsenal jusqu’aux belles particularités de Murano, les amoureux de Venise et les fans de Jhen seront ravis de se rejoindre pour profiter du spectacle. On se divertira d’ailleurs à retrouver les différents lieux touristiques répartis tout au long de l’album.

Néanmoins, on demeure parfois étonné de la tournure moderne que prend notre jeune architecte. Si ce scénario s’intègre parfaitement avec les aventures précédentes, reprenant Gilles de Rais et le sombre Prelati découvert dans l’Alchimiste, Jhen semble se dévergonder au fil de temps, passant sans sourciller de sa ‘sorcière’ à une dogaresse libidineuse. Bien entendu, on a souvent reproché aux récits de Martin de mettre de côté les affaires du cœur, mais dans ce cas-ci, le contrepied est marqué.

Ce onzième tome de Jhen n’en reste pas moins une belle aventure, respectant globalement les repères de la série, de façon à ne pas trop ébranler les fans de la première heure, tout en tentant de recruter de nouveaux émules. En principe, Thierry Cayman a déjà bien entamé le douzième tome, Le grand duc d’Occident situé à Bruxelles, cette alternance des dessinateurs nous promettant un rythme de parution plus régulier.

(par Charles-Louis Detournay)

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4 Messages :
  • Je suis dégoüté de voir comment on profite que Martin est moins capable de surveiller ce qu’on fait pour sortir ce genre de trucs qu’il n’aurait jamais laisser faire, ça je suis certain. C’est pas avec des beaux desseins qu’on fabrique une bonne bd, Pleyers avant était guidé par Martin et là on lui laisse libre cours avec un mauvais scénario en plus.
    Résultat : avec le nombre de BDs qui paraissent chaque mois, c’est du suicide, voilà !

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 2 octobre 2009 à  18:55 :

      Bonjour Dominique,

      Jacques Martin a eu l’extrême obligeance de nous recevoir il y a quelques mois, et de nous consacrer une interview-fleuve. Vos propos me donnent le courage de m’y attaquer, pour vous faire profiter prochainement de son avis face à ces justes ’interrogations’.

      Néanmoins, ces propos traduisent deux grandes directions, en lien avec votre réaction :
      - Jacques Martin avait lancé bien des projets, qui ne se concrétisent parfois que des années plus tard. Bien entendu, le concept de continuer à travailler avec Jean Pleyers lui appartient, même s’il a toujours voulu diriger ce tandem à sa façon.
      - Si vous évoquez "les voyages de ..." dans cette abondance de sorties, Jacques Martin est aussi moteur de ces albums-documentaires, initiés à la demande du public, et produits souvent à l’initiative-même de Jacques Martin.

      Bien entendu, la machine peut sembler s’emballer sans l’omniprésence de son constructeur, mais il ne faut pas cacher que cette première volonté est de son fait. Faut-il y voir une volonté de faire perdurer les héros créés ? Le public tranchera ...

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    • Répondu par Alexis le 4 octobre 2009 à  15:00 :

      C’est étrange, je me faisais la réflexion exactement inverse. Je trouve que les albums sont nettement meilleurs depuis que Martin ne semble y apposer que sa signature sans toucher au scénario et/ou au dessin et sans imposer de dessinateurs qu’il a "formé".
      Les Alix sont nettement meilleurs sous le dessin de Simon et les scénarios de Weber sont loin d’être fameux mais sont quand même éloignés de naufrages récents comme "Le fleuve de Jade".
      Les Lefranc sont des réussites. Très bonne idée de revenir aux années 50, comme pour les Blake et Mortimer. Le prochain a l’air très fidèle à l’époque Martin - De Moor (même si elle n’a duré alors que le temps d’un album).
      Et ce Jhen est nettement au-dessus du précédent - le dessin de Pleyers, un des auteurs de la série originale, tout de même, étant vraiment irréprochable.

      Et puis, comment peut-on être "certain" de ce qu’aurait fait tel ou tel auteur ? Comment prévoir une évolution artistique ? Bien malin qui se perdrait au jeu des paris. Pour ma part, je suis redevenu lecteur et acheteur de ces albums.

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  • Si cela vous interesse, j’ai réalisé une interview de Jean Pleyers
    http://alixmag.canalblog.com/archives/2009/08/26/14856914.html#comments

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