Joann Sfar : dessins, pensées et autres

17 janvier 2008 33 commentaires
  • Le jury de présélection du Festival d’Angoulême a retenu cette année le cinquième tome du Chat du Rabbin . C’est un bon choix, mais Klezmer nous semblait mieux refléter l’apport original de Sfar dans le paysage de la BD d’aujourd’hui.

Joann Sfar : dessins, pensées et autres
La Chat du Rabbin T. 5 par Joann Sfar
Ed. Dargaud

Un mot, d’abord. On a souvent montré Sfar du doigt : sa production « pléthorique » ne saurait être un gage de qualité ; son dessin serait « bâclé ». Or, comme conseiller scientifique de l’exposition « De Superman au Chat du Rabbin » (jusqu’27 janvier, plus que quelques jours, ne traînez plus), j’ai pu voir de près un grand nombre des dessins originaux de Sfar qui y sont exposés. En examinant les différents états de l’élaboration de son travail : esquisses, crayonnés, carnets,… on se rend compte de l’intense travail qu’il y a derrière chacun de ses albums. On saisit aussi qu’ils comportent différents niveaux de dessin et d’écriture. Telle série est axée sur un scénario extrêmement charpenté ; telle autre, au contraire, et c’est le cas de ses carnets, sont des idées jetées à la diable sur le papier, informes et parfois maladroites, mais toujours savoureuses. Elles traduisent un état d’esprit plutôt qu’une élaboration maîtrisée. Il y a donc chez Sfar plusieurs niveaux de lecture à la tonalité très différente. J’avoue que je ne me lasse jamais de lire ces travaux en dépit de ces changements de tempo. Peut-être parce que son travail est tellement foisonnant, interpelant, intelligent et pluriel, qu’il suscite la relecture, l’étude et le commentaire et parce que c’est précisément ce que j’aime dans une bande dessinée : qu’elle ne se livre pas entièrement au premier assaut. L’exposition montre aussi ses aquarelles à quelques mètres de celles d’Hugo Pratt. On constate un air de famille chromatique, mais aussi d’attitude face au dessin : un « jeté » maîtrisé, un trait qui se surprend à vagabonder au gré d’un geste improvisé. Que Sfar « bâcle » comme Pratt, et tout ira bien pour lui…

Le Chat du Rabbin au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Un travail très élaboré.
Photo : D. Pasamonik

Lignes de force

Je ne suis jamais pressé non plus d’inscrire Sfar dans une brûlante actualité car, d’une part, celle-ci est très vite rendue obsolète par la publication d’un nouvel opus, mais aussi parce qu’un artiste, quel qu’il soit, surtout quand sa production est généreuse, doit s’apprécier dans la continuité, une grosse partie de son propos se trouvant éclairé dans le contexte de ses apports successifs. Si l’on considère la production du Niçois dans l’année 2007, outre qu’elle est moins importante que les années précédentes (la préparation de l’adaptation au cinéma du Chat du Rabbin doit y être pour quelque chose), on constate qu’elle est mieux calibrée.

Si l’on tente de catégoriser les grandes séries de Sfar, on peut postuler que le Chat du Rabbin (Dargaud) est une réflexion dans son rapport au religieux, Les Olives noires (Dupuis, avec Guibert au dessin), interroge son rapport à Israël, Klezmer (Gallimard) et Pascin (L’Association) celui de son rapport à la création, Petit Vampire, sa relation à l’enfance et Grand Vampire au discours amoureux. Mais comme Joann Sfar est quelqu’un qui n’aime pas qu’on l’encage dans des catégories, attendez-vous à ce que ces thèmes se rebattent les uns, les autres.

Un Chat stupéfait

Même situés dans le passé, ses récits ont un résonance contemporaine. Dans le dernier Chat du Rabbin (Tome 5 : Jérusalem d’Afrique ), il écrit en préface, en écho de l’Affaire des caricatures de Mahomet : « Je trouve très suspect ce problème qu’ont le judaïsme et l’islam avec la représentation de la figure humaine, cet interdit de peindre un visage. C’est louche, non ? » Le racisme, dit-il « c’est voir dans l’autre autre chose que ce qu’il est » tandis que, dans le dessin, un parfait antidote contre cette « passion », « on est forcé de regarder : un nez, une bouche, des yeux. Un semblable. » Remarquable démonstration.

Klezmer T3 : Tous des voleurs par Joann Sfar
Coll. Bayou - Gallimard

Toujours dans la même préface, il revient sur la nécessité de dénoncer, encore et encore, le racisme. Là aussi, les caricatures de Mahomet alimentent la réflexion (D’ailleurs, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Philippe Val préface cet album) : « Pendant longtemps, j’ai pensé qu’il était superflu de faire un album contre le racisme. Il me semblait que c’était une évidence, qu’il ne fallait pas enfoncer des portes ouvertes. Les temps changent, semble-t-il. Tout a sans doute déjà été dit, mais comme personne n’écoute, il faut recommencer. » Une dispute entre un intégriste islamique et un Russe blanc antisémite aboutit à la mort des deux protagonistes. Le rabbin en réchappe de peu, jusqu’à quand ? Le chat, si raisonneur, si connaisseur de la Torah, en perd la voix, stupéfait. Stupeur de la raison face aux emportements de l’extrémisme.

Michka Yapontchik

On n’a pas fini de lire et de relire Klezmer qui évoque le destin des Juifs de Russie. La « Grande Catherine », l’admiratrice de Voltaire et de Montesquieu, avait créé une « zone de résidence » pour les Juifs interdits de séjour dans la « Sainte-Russie ». Rattrapés par l’impérialisme pan-russe, les cinq millions de Juifs qui vivaient dans la zone située entre la Lituanie et l’Ukraine en passant par la Pologne sont intégrés à cette zone dans laquelle ils sont « ghettoïsés ». À partir de 1881, après l’assassinat du Tsar, des lois sont promulguées qui autorisent les pogroms de façon légale. En dépit de périodes d’assouplissements tout au long du 19ème siècle, le règne de la violence et de l’arbitraire est le lot commun pour tous ces Juifs. C’est dans ce contexte que l’on retrouve le jeune Yaacov jeté sur les routes pour avoir tenté de dérober le manteau de son maître à la Yeshiva et qui retrouve dans un orchestre itinérant une sorte de nouvelle famille. Arrivé à Odessa, la grande ville portuaire de l’Ukraine ouverte sur la Mer noire, notre jeune héros rencontre le fantasque Michka Yapontchik, le terrible « roi des voleurs », qui règne sur le quartier de la Moldavanka, une zone de non-droit où nul cosaque normalement constitué ne se risquerait à s’engager. Mais cet ilôt d’indépendance cache mal la terrible situation des Juifs russes, en permanence agressés par les pogroms et qui vont fournir le gros des troupes du mouvement sioniste, comme de la révolution russe naissante.

Klezmer T3 : Tous des voleurs par Joann Sfar
Coll. Bayou- Gallimard
Les Carnets de Joann Sfar T7 : Maharajah
Coll. Shampooing - Delcourt

Dans cet album, Sfar laisse courir le trait de façon plus relâchée. L’aquarelle se fait souvent monochrome pour mieux mettre en valeur les couleurs complémentaires : tache d’or sur bleu de gris, blanc omniprésent et noir inexistant. Chatoiements de lumières. Le volume achevé, Sfar prolonge sa magie par une espèce de journal de bord. : Carnet d’Odessa. Impressions de sa visite de la ville, il est sous le charme, visiblement. Réflexion sur la création de l’État d’Israël par ces Juifs d’Europe centrale qui n’avaient pas le choix de faire autrement : « C’était ça ou mourir », dit-il. Au passage, avec cette explication, il déconstruit l’opinion commune d’une Palestine qui serait illégitime aux Juifs. Chez Sfar, la pensée, comme le trait, est toujours en mouvement.

"Et je m’y connais !"

On retrouve cette pensée ouverte, fascinante quoique parfois bavarde, dans les Carnets dont le dernier volume, Maharajah ajoute une troisième contribution dans une collection précédemment publiée sous le label de l’Association et qui avait fini par rejoindre celui de Shampooing chez Delcourt. Ce sont cette fois des choses vues de l’Inde qui courent sur quelque 400 pages, parfois sur un mode cynique et blasé. Sfar adore jouer au touriste con. Au détour d’une page, des voyageurs anglais s’inquiètent de savoir qui a gagné les élections présidentielles en France. Ils ne semblent connaître que le candidat Sarkozy. Joann note cette remarque, pas très compréhensible : «  S’ils pouvaient éviter de trop me l’enjuiver, celui-là, j’aimerais autant… ». Plus loin, sa confrontation entre son éducation juive et la pensée indienne est en revanche éminemment fertile.

Les Carnets de Joann Sfar T7 : Maharajah
Coll. Shampooing - Delcourt

Mais Sfar est aussi capable d’être odieux, comme dans cette préface à Critixman de Manu Larcenet. Il y décrit un critique de BD pourfendant de pauvres auteurs sans défense dans « des tribunes non rémunérées sur internet ». Le critique masqué plonge son bras dans le fondement de l’auteur (vous avez bien compris : celui de Joann Sfar) pour constater qu’il y a de la merde, «  …et je m’y connais !  » précise-t-il. Là est la mesure de la portée de la pensée du dessinateur, aussi capable de brillantes envolées que de médiocrité et, comme disait l’autre, « je m’y connais ! ». Dans ces cas-là, on se trouve dans la situation embarrassante de ces banquets collets-montés ou des ces repas de famille où un convive fait un pet sonore et malodorant : vous faites semblant qu’il n’a jamais existé et vous regardez ailleurs.

Critixman, un critique de bande dessinée traîné dans la merde par Larcenet et Sfar.
(C) Sfar et Larcenet - Les rêveurs

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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33 Messages :
  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    18 janvier 2008 14:31, par serpico

    je ne suis pas d’accord avec votre analyse. La comparaison Pratt Sfar est pour moi loin d’être evidente. Les dessins de Pratt ont a mon sens toujours quelques choses de silencieux et de physique liés au temps et au silence, alors que chez Sfar il me semble que le côté physique de son dessin est davantage lié à un regard intellectualisant, à quelque chose de mental,qui ne touche pas à l’absolu que l’on peut ressentir chez Pratt. Malgrés les apparences il me semble que le processus est tres different. et en tant que lecteur je le ressents pleinement

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    • Répondu le 19 janvier 2008 à  22:07 :

      1/
      "Les critiques jugent les oeuvres et ne savent pas qu’ils sont jugés par elles."

      Jean Cocteau

      2/
      Une influence Pratt chez Sfar... moins évidente que l’influence Quentin Blake...

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      • Répondu par Raphael le 20 janvier 2008 à  13:21 :

        Assez de ces icônes peoples intouchables qui veulent maîtriser leur image et contrôler ce que l’on dit d’eux.
        Le dessin de Sfar volontairement maladroit, surfant sur les effets de mode, ne me touche pas. Celui de Larcenet non plus. Mais Ferry, chapeau !
        Comme je suis un béotien inculte qui ne fréquente pas les salons parisiens (j’habite en Isère, ça aide), je reste nostalgique du Robin des Bois de Manu (Larcenet, c’est pour le bisness) ou de son Bill Baroud.
        C’est dire si j’en tiens une sacré couche.

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        • Répondu le 20 janvier 2008 à  16:34 :

          on en apprend tout les jours ici, plus je lis plus je suis abasourdi..

          aurjoud’hui leçon n°4 : Sfar, Larcenet et Ferri ne font que suivre une "mode".

          chapeau.

          "La critique est facile, l’art est difficile"

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      • Répondu par Sergio Salma le 20 janvier 2008 à  16:45 :

        Je ne peux pas m’empêcher de réagir à ce petit mot.
        La citation de Jean Cocteau, ce bavard fameux, est juste mais elle induit aussi une signification que( je crois) le posteur a voulu signaler.

        En gros, il y a un reproche bien net au principe-même de la critique.

        Il n’y a peut-être pas vraiment lieu de s’inquiéter mais il me semble assez cocasse de venir mettre en cause un " métier" dans les colonnes d’un site qui pratique l’exercice .

        Le mot " critique" est intéressant d’ailleurs. Avez-vous remarqué qu’il a un triple-sens ? Le mot "critique" (au féminin) peut déjà lui revêtir deux options. Une critique, littéralement, c’est un commentaire négatif, une remise en question . Il y a aussi (ouf !) la critique positive, celle qui pose un regard favorable. Et puis il y a LE critique qui est si souvent montré du doigt, conspué, dénigré.

        S’il y a dans ce milieu-là comme partout des individus à la vision courte et au nez pas très fin, pourquoi vouloir remettre en question l’ensemble ? Pour peu qu’on ne tombe pas dans le travers de sanctifier cette parole en tant que lecteur et dans le piège du mépris si on est critique, c’est un échange d’informations supplémentaire donc un plus.

        Il est très intéressant de lire le compte-rendu de certaines personnes averties quand celles-ci ont vraiment fait une lecture attentive et qu’elles transmettent leur sentiment, leur appréciation. ça l’est beaucoup moins quand ce lecteur privilégié cible l’auteur plus que l’oeuvre ou se prend à envisager le travail de ses contemporains en distribuant des bons points ou des blâmes.

        Ne devrait-on pas conclure que la critique pour être bonne et juste n’est finalement aussi qu’une affaire de talent ?

        La critique est aisée , l’art est difficile comme disait l’autre signifiant lui aussi que l’art est supérieur. Amener des dimensions conventionnelles sur ce qui est superflu, nécessaire ou indispensable dans le domaine artistique est un exercice périlleux( comme la critique elle-même qui se fait souvent critiquer). Il y a pourtant aussi tout un art de la critique qui peut être un délice (surtout si elle est assassine). Encore une fois, notre monde policé qui craint l’incorrection s’interdit déjà bien souvent ce sport spectaculaire. On ne parlera donc pas d’un livre que l’on n’aime pas pour uniquement privilégier l’exposition d’un livre apprécié. Il y a là un manque manifeste , un déséquilibre.

        En bande dessinée c’est carrément devenu une coutume. On n’imagine plus un texte remettant en cause le talent de tel auteur. Si Untel a fait un livre médiocre ou même nul, on ne le fera pas savoir. Le critique de bande dessinée fait montre là d’un manque de courage et ne participe pas à l’émancipation du genre mais ceci est un autre débat.

        Quant à cette petite comparaison Sfar&Pratt assez intéressante, je me permets d’apporter mon point de vue.

        S’il y a un cousinage avec Quentin Blake il s’agit peut-être d’un superficiel aspect graphique( trait tremblant, indéfinition, couleurs aquarelle...). Le trait de Sfar évidemment n’a rien à voir avec celui de Pratt. On parlait là de l’ aspect narratif. Sfar comme Pratt met en scène un monde culturel. Il s’intéresse comme lui à l’aspect humain de certaines sociétés. Pratt faisait voyager son héros emblématique et l’immergeait . Sfar travaille de l’intérieur et narre( dans certains de ses travaux ) avec gourmandise les aventures, les péripéties de personnages issus de milieux sociaux, politiques historiquement et géographiquement bien situés.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 janvier 2008 à  18:26 :

          Je suis tout à fait d’accord avec ces fines réflexions de Sergio Salma.

          Un point cependant, si la filiation avec Quentin Blake est évidente (elle est même revendiquée par Sfar, je crois), je parlais ici d’un "air de famille chromatique, mais aussi d’attitude face au dessin" que l’on retrouve dans les aquarelles de Pratt. Ce n’est pas la même chose.

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          • Répondu le 20 janvier 2008 à  21:18 :

            1/
            "Je ne peux pas m’empêcher de réagir à ce petit mot. La citation de Jean Cocteau, ce bavard fameux, est juste mais elle induit aussi une signification que( je crois) le posteur a voulu signaler.

            En gros, il y a un reproche bien net au principe-même de la critique."

            En gros, il semble, mais en finesse, beaucoup moins.
            La phrase de Cocteau est à double sens : jugée par l’œuvre, la critique (artistique, littéraire) n’est pas un art si facile.
            Le posteur a aussi voulu signaler cela.

            2/
            L’influence de Quentin Blake (revendiquée par Sfar) ne s’arrête pas à un "superficiel aspect graphique". Il y a aussi des liens évidents dans les thématiques abordées par les deux auteurs.

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            • Répondu par Raphael le 21 janvier 2008 à  09:15 :

              Que de verbiage. Abstrus et amphigourique. L’art contemporain et sa cohorte de bavards n’en finissent pas de faire école. On se regarde créer, on s’écoute parler et on ne se sent plus péter.
              L’art et ses "pratiques dérivées (désolé)" ont réussi leur révolution : revenir au point de départ. A force de discours, de faire "sens", l’artiste, le génie, ont rejoint le débile.
              Hé, ho, tout ça n’est pas sérieux. Ce n’est que de la BD !
              PS : à mon tour de faire une citation de je sais plus qui : "faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux" D’ac ?

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              • Répondu par Sergio Salma le 21 janvier 2008 à  12:18 :

                C’est terrible.
                Pourquoi cet énervement ? Que faites-vous sur un site qui donne la parole à des amateurs, des passionnés si c’est pour critiquer le fondement-même de la pratique ?
                Il y a bien entendu un côté ridicule à disserter, bavarder, épiloguer sur des sujets aussi mortellement ennuyeux que le trait de l’un et les récits de l’autre. C’est même fondamentalement inutile. Comme sont inutiles bien des choses qui font partie de notre quotidien et dont nous ne pouvons pourtant pas nous passer (Allez on va vous couper votre ligne Internet zou !)

                Ce n’est pas si anodin que ça. S’écouter parler ou plutôt se regarder écrire( on écrit aussi parfois pour peaufiner ses propres opinions) et lire les autres, c’est échanger des idées. Echanger des idées c’est enrichir son rapport au monde. On peut dire des bêtises c’est inévitable. Mais si dans ces bêtises on sent poindre une réelle envie de communication, pourquoi remettre en cause le principe ?

                Le courrier , les réponses aux courriers puis les réponses aux réponses peuvent vite déraper mais ce dérapage est intéressant. Le dialogue ouvert est aussi inutile et superflu que ne le sont les discussions de bistrot où l’on refait le monde jusqu’à plus d’heure.

                Je n’échangerais contre rien au monde les heures, les nuits que j’ai passées avec des amis ou des connaissances à parler dans le vide et le rien de tout et de n’importe quoi.

                Je ne vois pas ce qu’il y a de débile mais chacun pense ce qu’il veut.

                Si vous êtes allé au bout de ces interventions c’est que vous cherchez tout de même quelque chose, des points de vue, des observations. C’est curieux ce désir d’aller chercher la petite bête hein ?! On peut pas s’empêcher de lire et on prend le risque à chaque fois de s’énerver, se pourrir la vie avec ces micros-conneries.

                Je vous rejoins sur un point que vous n’évoquez qu’à moitié. Tout ça manque un peu d’humour souvent. Mais bon, si on veut formuler soigneusement une idée , on peut quand même quelques instants se concentrer et s’interdire le calembour ou la contrepèterie qui vous auraient déridé sans doute.

                Sinon, il y a plein d’autres façons de faire passer le temps : aller faire un tour en forêt, se balader dans la ville, écouter de la musique.
                N’allez surtout pas retrouver un ami passionné de bande dessinée , vous risqueriez de parler encore d’ActuaBD et de son paquet d’interventions amphigouriques.

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  • Petit rappel sur la loi...
    18 janvier 2008 18:15

    Bonjour.

    Comme vous le savez sans doute, il ne suffit pas d’affubler une image illustrant un article d’un copyright, et d’en citer la source, pour pouvoir l’utiliser.

    Pour reprendre les termes facilement trouvables sur ce bel ouvrage de vulgarisation que peut être wikipedia, article "propriété intellectuelle", "le copyright donne à l’auteur le choix exclusif des modalités de publications".

    Je serai curieux de savoir si vous avez, dans le cadre de cet article assez critique sur Sfar, eu l’autorisation d’utiliser ces illustrations.
    Vous me direz sans doute, reprenant Pierre Dac, "qu’on en dise du bien, qu’on en dise du mal, pourvu qu’on en parle", que l’infraction au copyright est tolérée dans le cadre de la critique, dont la limite avec la promotion est toujours floue... tout de même...

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    • Répondu par Pierre DJ le 19 janvier 2008 à  17:00 :

      En lisant l’article, je m’attendais à ce qu’il y ait des réactions, mais elles sont quand même parvenues à me surprendre. Immédiatement, semble-t-il, quelqu’un a décidé d’inviter le droit dans la discussion. En parlant de copyright et pas de droit d’auteur, c’est le droit anglo-saxon qu’on fait venir à la barre. Un droit qui reconnaît l’existence du « fair use », plus ou moins l’équivalent de notre droit de citation. Il est, théoriquement, encore plus large que le droit de citation, d’ailleurs, puisque ce dernier peut être limité par le droit moral d’un auteur, notion relativement étrangère au copyright, mais qui, quand on parle de droit d’auteur, peut éventuellement primer sur le droit de citation (et non, ça ne s’appliquerait certainement pas ici). Toujours est-il que ces exceptions, fair use ou droit de citation, existent bel et bien. Il ne saurait être question, je cite, d’une « infraction au copyright » et ce vocabulaire policier n’a rien à faire là. Ces exceptions sont là pour rendre possibles différents exercices indispensables, sans lesquels la liberté d’expression n’existerait pas, tels que la critique, l’analyse, la polémique, la parodie. Sans ces exceptions, Larcenet n’aurait pu publier « La loi des séries », par exemple. Généralement, ceux qui militent contre ces exceptions (et tentent, par exemple, d’en exclure le champs de l’image) ne se comptent que dans les rangs des gros bras de l’industrie culturelle. On en trouve aussi parfois chez les gens les plus procéduriers, quand ils n’ont plus d’arbres à faire abattre chez leurs voisins. On peut ne pas être d’accord avec monsieur Pasamonik. D’ailleurs, ça m’arrive souvent. Mais ce qu’il a fait ici n’est ni malhonnête, ni illégal. Il est même peut-être carrément élégant d’accompagner sa réactions négatives à quelques cases de Sfar de ce qui ressemble bien à une défense face à ceux qui prétendent que celui-ci dessine n’importe comment.

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    • Répondu par Sergio Salma le 19 janvier 2008 à  19:10 :

      hahaha ! il y a peu , beaucoup étaient outrés devant l’attitude de Nick Rodwell quant au contrôle et à l’utilisation des images ! Je vois qu’il a fait des émules. OK il y a le droit d’auteur mais on doit aussi accepter si on décide de publier ( revues, albums, internet) que ces images nous échappent un peu.

      L’auteur doit protéger à mon avis tout autre chose, son intégrité, son cheminement , son parcours. Et non pas jouer de son statut de créateur pour accorder ou non le droit de.

      C’est paradoxal ce besoin de s’exposer et cette crainte de se voir spolié ! ça me fait penser aux stars et à leurs lunettes noires ; celui ou celle qui en a bavé pour en arriver là et qui met en avant la notion de vie privée une fois sous le feu des projecteurs.

      L’oeuvre de l’auteur est photocopiée, reproduite, distribuée, multipliée et il le sait.
      Cette multiplication et ces reproductions font partie du jeu. Surtout si bien entendu il n’y a pas d’intention mercantile.

      C’est très rigolo mais un peu inquiétant aussi de constater comment , au lieu de voir à quel point la circulation de ces images est une bénédiction, l’humeur générale actuelle est en train de se recroqueviller sur l’appartenance, le droit, toutes ces notions juridiques tristounettes.

      On dégaine les termes "procès, avocat, législation" à tout-va. On épie les faits et gestes, on surveille exagérément .
      Cette tendance qui fait installer des caméras de surveillance partout, qui instaure des fiches, délivre des permis, des certificats , c’est moche. Flics et avocats. Les séries télé font de tristes dégâts.

      Et on peut encore une fois observer comment un site dédié à la passion d’un métier peut faire naître des colères et de la méchanceté . Je suis effrayé de la dureté des propos des uns et des autres ; territoires protégés, chasse gardée, propriété.
      Pax les amis. On vient tous de ces émotions simples et des mêmes lectures d’enfant. Puis on a grandi , nos choix se sont affinés. Excusez ma naïveté mais terminer en bagarre rangée à propos de tout et n’importe quoi c’est catastrophique.

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      • Répondu par François Boudet le 20 janvier 2008 à  09:13 :

        Excusez ma naïveté mais terminer en bagarre rangée à propos de tout et n’importe quoi c’est catastrophique.

        Ca, c’est sans doute l’influence des lectures d’"Astérix"... "Il est pas frais mon poisson ??" (Copyright Goscinny/ Uderzo/ Dargaud).

        Ceci étant dit, et plus sérieusement, je trouve les propos de M.Larcenet très agressifs et outranciers. Je dois être idiot, mais perso il m’a plutôt semblé que D.Pasamonik dans l’article ci-dessus faisait un éloge de l’oeuvre de Sfar plutôt que l’inverse...

        Maintenant, si l’on n’a plus le droit de penser qu’un auteur (que l’on vénère) puisse dire également qques conneries de temps à autre... cela devient grave. Sfar est possiblement un génie, mais il n’est pas un dieu tout de même dont la parole serait sacrée. Il ne faut pas exagérer.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    18 janvier 2008 18:47, par Mixabébé

    Dans une saillie drôlatique dont il a le secret, le polémiste Larcenet, Léon Bloy du XXIème siècle, s’insurge de l’utilisation par ActuaBD d’une image extraite de l’un de ses chef-d’oeuvre : Critixman. Notre geignard préféré s’emporte sur son blog : "Ce dernier n’a pas jugé bon de demander une quelconque autorisation aux Rêveurs, avant de la publier."

    Aaaaah, quel bonheur voir piétiner par les (ex ?) gauchistes, tellement prompts à dénoncer les infamies de ce monde ("parceque tu’ois c’est pas cool") l’un des principe élémentaire de l’exception au droit d’auteur : le droit de citation. Et ceci au prétexte que l’article ne lui sied pas. Et vive la liberté d’expression !

    Lorsque l’on connaît la propension du malandrin à ne pas citer ses sources ! Cela s’appelle tendre le bâton pour se faire battre.

    ps : Il va de soi que tous les ayant-droits des musiciens dont Manu Larcenet diffuse les oeuvres sur son blog ont du être contactés.

    Voir en ligne : Communication breakdown, c’est toujours les mêmes

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    • Répondu par supragloves le 19 janvier 2008 à  13:09 :

      A ce que je sache, ce dernier ne les mets pas en ligne pour leur chier sur la gueule, mais pour permettre aux visiteurs de partager ses passions. C’est nettement plus noble, et certainement plus profitable aux interessés.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    18 janvier 2008 21:12, par Jak

    Monsieur Pasamonik, vous n’êtes pas non plus exempt de travers critiquables. Par exemple, il me semble que vous n’avez pas l’autorisation d’utiliser ce dessin tiré de la préface de Critixman. Pourtant vous l’utilisez. Quelle belle raison allez-vous invoquer ? La liberté de la critique ? Le droit à vivre sur le travail des autres ?

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  • C’est vrai que vous utilisez des images sans autorisation et même contre le bon vouloir de leur propriétaire ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 19 janvier 2008 à  11:39 :

      Puisque Manu Larcenet nous met en cause publiquement sur son blog, nous lui répondrons publiquement.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    18 janvier 2008 23:50, par jon33210

    Tiens...seriez-vous un tantinet susceptible ?
    Moi je l’ai trouvé trés drôle sa préface... mais je ne suis pas critique, c’est vrai. Voir remuer la merde des autres est toujouyrs drôle, moins quand il s’agit de la sienne.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    19 janvier 2008 02:55, par Denis

    C’est marrant comme on peut rire de tout sauf de soi-même...

    Je suis sûr que tu trouves Reiser très drôle, parce que c’est cool d’aimer Reiser, tu ne vois rien de mal de rire des choses horribles qu’il raconte, c’est tellement second degré !! Que tu pardonnes à Pratt ses amitiés fascistes parce que bon, c’est quand même un génie. Mais que Larcenet ou Sfar ose faire une pauvre blague sur un "critique", et là, pif paf pouf, que c’est mal de dire du mal des gentils critiques qui font rien qu’éclairer le lecteur inculte.
    Bref, tu devrais peut-être te détendre un peu et ne pas céder à la nouvelle mode qui consiste à détester Larcenet et tout ce qu’il peut bien faire quand on est connaisseur.
    Et accepte qu’on puisse rire de toi, même quand ça n’est pas forcement très fin.

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    • Répondu par Carla t’es foutue le 20 janvier 2008 à  15:39 :

      "amitiés fascistes de Pratt" ?! Pouvez - vous en dire plus en justifiant vos propos ?

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    19 janvier 2008 03:56, par thomas

    Facile de se sentir outré par l’oeuvre de Larcenet "Critixman", quand on se sent directement visé...

    Difficile par contre de se remettre en question, tres, tres difficile.

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    • Répondu par cassus le 19 janvier 2008 à  14:21 :

      en dehors de la polemique du moment je me permets de dire que pour ma part critixman n’est pas une "oeuvre" ,une petite bd drole et sympa surement,mais une oeuvre...comme vous y allez !!

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    19 janvier 2008 08:35, par julien

    sfar est un bon dessinateur , pratt était un maitre .

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 19 janvier 2008 à  11:34 :

      Nous nous contentons d’établir une filiation entre Sfar et Pratt. En l’occurence, Pratt est le maître, Sfar l’élève. Je ne pense pas qu’il le contesterait.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    19 janvier 2008 10:09, par Pacôme

    "dans les Carnets dont le dernier volume, Maharadjah quitte le label de l’Association pour rejoindre celui de Shampooing chez Delcourt"

    Maharajah (et non Maharadjah, voir couverture du livre), est déjà le troisième carnet de Sfar à être publié chez Delcourt. Les deux premiers étants Greffier et Missionnaire.

    Petite faute sur le nom de Jérusalem dans votre article : "Dans le dernier Chat du Rabbin (Tome 5 : Jérusalemn d’Afrique )"

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 19 janvier 2008 à  11:31 :

      Merci pour ces remarques. Nous avons corrigé ces erreurs et imprécisions.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    19 janvier 2008 14:12, par Pioup

    Oulà là !

    Faut se détendre la dedans ! Si on ne peut plus rigoler ! Je pense que vous manquez cruellement de second dégré cher Monsieur Pasamonik ! Vous n’avez toujours pas compris le sens profond de l’ironie, du cynisme, de la mauvaise fois très assumée et tout simplement de l’humour potache qui se dégagent de Critixman... C’est dommage, parce que quand on y arrive, qu’est-ce qu’on se marre !
    P.S. : Woody Allen disait si bien (à peu près, si ma mémoire est bonne) : "On a jamais entendu un enfant dire "quand je serai grand, je serai critique"" ... A méditer..

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    • Répondu le 20 janvier 2008 à  14:17 :

      Mon Pioup, ça veut surtout dire que W. Allen n’est jamais devenu adulte. On peut jouer Peter Pan toute sa vie mais en vrai c’est d’un luxe absolu... C’est pour ça que seuls des grandes personnes deviennent critiques et se tapent la confection des biberons pour les enfants qui braillent.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    21 janvier 2008 10:49, par wilfried

    pardon mais n’est ce pas Stanislas lui même qui un jour dans Bodoï a declaré qu’une bonne partie de la production de sfar etait tres...moyenne ?
    Si un critique aujourd hui se risque a dire cela , il va s’en prendre plein la figure, alors que beaucoup le pense !! même les amis dessinateur de m. sfar.
    heureusement que le critique existe, non pas pour precher mais pour soulever des questions.

    autre chose, en termes de cinema les critiques de telerama sont parfois tres tranchantes, mais en Bd elles sont souvent inexistantes ou d un concensus ecoeurant quant à la nouvelle Bd... c est peut etre ce genre de critique que Sfar et Larcenet aimerait pouvoir lire en permanence !!

    pour finir dans la posture du type intouchable que l on doit venerer, il n’y aurait pas une posture commune entre M.sarkozy et M.sfar ?
    c est une question...

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    21 janvier 2008 11:52, par anAmnésie

    liberté de l’image, liberté des idées, mort à la représentation de l artiste, aux épiciers du dessin, aux fonctionnaires de la BD ! Copyleft pour tous ! et que crève cette représentation de l auteur !

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    21 janvier 2008 21:20, par rhizome

    ce qui est gênant avec Sfar, pour moi, c’est plutôt quand il tente de parler politique...
    Oser montrer Philippe Val en antiraciste donneur de leçons, c’est déjà digne du prix Sarkozy 2008, et en + dans une BD qui se prétend antiraciste et qui fait dans le simplisme à outrance, alors que l’auteur lui-même dit que le racisme « c’est voir dans l’autre autre chose que ce qu’il est », et passons sur les saillies télévisuelles sur "les barbus", avec force généralisations hâtives et préjugés...

    Dernière chose : le pire, c’est de faire de Jérusalem d’Afrique, ensuite, un livre "primable", étant données les éléments peu oecuméniques ou irénistes qu’il contient...

    Merci à Larcenet pour avoir signalé cet article, très juste.

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  • Joann Sfar : dessins, pensées et autres
    23 janvier 2008 23:04, par Clément

    Eh bien en tout cas c’est cool de voir que vous prenez tant de plaisir avec la BD !! PLAISIR PLAISIR PLAISIR PLAISIR, tout cela transpire le plaisir... J’adore !

    Et avec ça je vous sers quoi ? Un peu de recul ?

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