Joann Sfar en balade sur la Croisette

30 avril 2008 3 commentaires
  • Sur la Croisette à Cannes, le Niçois Joann Sfar est quasi comme chez lui. Invité par le Festival, il en fait la chronique dans Croisette, le dernier volume de ses Carnets (Ed. Delcourt, coll. Shampooing), tout en faisant le kéké, car quand même, être invité au Festival de Cannes, ça le fait !

Ce carnet de Joann Sfar est bien entendu, entre deux évocations attendrissantes de sa vie familiale, la chronique de sa route vers le cinéma. On sait que le dessinateur est sur une adaptation en dessins animé du Chat du Rabbin. Il évoque dans ce volume le visionnage des premières minutes en compagnie de l’équipe de Dargaud. On sait aussi qu’il s’apprête à réaliser une biographie live de Serge Gainsbourg. On apprend d’ailleurs que le rôle-titre serait confié Éric Elmosnino dont L’Express publie un étonnant portrait confondant de ressemblance.

En reporter appliqué, Joann assiste aux conférences, visionne des films (même des films de cul, juré !) et fréquente les stars, en particulier les jolies femmes. C’est glamour à souhait, on rêverait d’être à sa place.

Mais le morceau de bravoure de ce livre est quand même sa rencontre avec l’avocat de Klaus Barbie et du terroriste Carlos, Jacques Vergès. Un documentaire de Barbet Shroeder, L’Avocat de la terreur, programmé par le Festival en fait la vedette. L’avocat d’un nazi et d’un terroriste antisémite attire immanquablement Sfar, ne fut-ce que parce que le père du dessinateur était également avocat. C’est une rencontre fascinée avec un vieux manipulateur qui a réponse à tout. Cela a été le rôle de sa vie que de fréquenter les malfrats et la fascination qu’a Sfar pour le ténor du barreau doit ressembler à celle que Vergès a lui-même pour les monstres qu’il côtoie. Sfar est troublé et en va même, pour s’en disculper, jusqu’à consulter son directeur de conscience Philippe Val, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Val était présent lors du procès Barbie (il est visible dans son intégralité au Musée de la Résistance à Lyon, on en a froid dans le dos). Il rappelle le cynisme du bourreau face à ses victimes encore traumatisées bien des années après par l’inhumanité de ses actes. Vergès en rigolait.

On aime ces saynètes que Sfar nous propose, bien qu’on ne croit plus depuis longtemps à son ingénuité simulée. Il nous la joue « Petit Prince » (un ouvrage d’ Antoine de Saint-Exupéry qu’il est en train d’adapter en BD et dont il parle également dans ce livre) avec ses questions d’une naïveté cristalline qui nous interpellent, car elles renvoient à nos propres questionnements. Mais elles restent sans réponse –en dépit d’un Vergès pétri de certitudes- car on sait depuis la Genèse que le mensonge est attirant comme un chant de sirène. Il nous étonnerait que Joann l’ignore.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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