Joann Sfar explique son départ de L’Association

16 octobre 2006 5 commentaires
  • Dans une lettre à ActuaBD, Joann Sfar explique les raisons de son départ qui se fait, dit-il « en gardant respect et affection pour tous les salariés et en me souvenant de ce que je dois à Menu, Lewis et David, mes trois parrains en bandes dessinées. »

Lisant notre article sur ce sujet, Joann Sfar nous écrit pour nous apporter quelques précisions, contredisant au passage certains aspects de notre analyse :


LA LETTRE DE JOANN SFAR

Je me dois de rectifier certaines conjectures émises dans [votre] article : je ne suis pas un auteur que l’Association qui aurait été « récupéré » par d’autres structures. Dès le début de mon parcours, j’ai travaillé conjointement pour Delcourt, Dargaud et l’Association. C’est sans doute cette volonté de toujours m’adresser à tous qui est à l’origine de mon départ aujourd’hui. Les explications conjoncturelles ou économiques que [vous produisez] me semblent bien loin de la réalité. L’ASSOCIATION à toujours très bien défendu mon travail et cette structure est parfaitement à même de rétribuer honnêtement ses auteurs et d’assurer la promotion de leurs oeuvres à l’étranger.

Je quitte L’ASSOCIATION en gardant respect et affection pour tous les salariés et en me souvenant de ce que je dois à Menu, Lewis et David, mes trois parrains en bandes dessinées. Je pars pour des raisons très simples : plusieurs courants ont toujours coexisté au sein de cette maison d’édition. Pour ma part, je me suis toujours senti proche de la ligne plus romanesque et moins nihiliste que défendaient David B et Lewis Trondheim. Leur départ signe pour moi la fin d’une pluralité à laquelle j’étais attaché. Comme lecteur, je reste très curieux des choses que peuvent apporter Menu et ses proches. Comme auteur, on voit bien que c’est très loin de ce que j’aime.

J’imagine que pour les esprits politiques qui commentent notre microcosme, il est difficile de croire que des amis de vingt ans se séparent uniquement pour des divergences éditoriales. C’est pourtant le cas en ce qui me concerne. Mes prochains carnets seront publiés dans la collection Shampooing de Lewis Trondheim, tout simplement parce que depuis que je suis à l’Association, Lewis a toujours été l’éditeur le plus proche de mes goûts. Je ne crois pas que cette décision soit de nature à altérer les bonnes relations que j’entretiens avec Menu.

Merci de publier cette explication, dont je rêve qu’elle coupe court a des polémiques stériles (c’est juste un rêve bien entendu).

Joann Sfar


Les propos de Joann Sfar sont très clairs. Ils devraient en effet couper court à toute spéculation en ce qui le concerne.

Quant à notre analyse, elle inclut certes Joann Sfar dans ses exemples, mais elle se développait en termes généraux. Il nous paraît incontestable que le travail que l’auteur du Petit Monde du Golem a produit pour L’Association lui a apporté une dimension supplémentaire qui a contribué à sa notoriété.

En revanche, que des groupes à la dimension plus commerciale comme Delcourt ou Dargaud disposent de davantage de moyens pour assurer le développement commercial d’un auteur qui dispose d’une certaine assise dans le public, cela nous semble une évidence, même si certains le déplorent. David B n’a jamais caché qu’il avait besoin d’être publié chez Dargaud ou Dupuis pour assurer sa pitance.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Joann Sfar. Photo : D. Pasamonik.

 
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5 Messages :
  • > Joann Sfar explique son départ de L’Association
    16 octobre 2006 22:29, par Christian Rosset

    Joann, toi qui a fait de la philosophie, tu devrais savoir ce qu’est le nihilisme et donc te rendre compte qu’il n’y a pas de ligne directrice nihiliste en opposition à une ligne romanesque à l’Association (le romanesque peut être d’ailleurs le fait de personnalités nihilistes comme on l’a vérifié depuis longtemps). Il y a une vraie réussite éditoriale dont l’énigme provient du sentiment d’unité dans un ensemble apparemment contradictoire. C’est mon impression de lecteur. La réduction des expériences récentes (dont L’éprouvette) à de vaines polémiques (qui sont liées à de vieilles affaires mal réglées - et aussi à l’esprit du microcosme, si on peut parler, en ce sens, d’esprit) est vraiment lamentable. En rester à ce niveau, comme je le lis trop souvent ici et là, c’est faire l’économie d’une vraie lecture qui doit demander sans doute trop d’énergie (il est bien sûr préférable de la gaspiller dans l’acrimonie et la production de pathos). Ceci dit, ta mise au point t’honore. Quel que soit le lieu où tu publies, j’irai y voir et faire mon choix. Mais, je n’y peux rien, ce que je préfère de toi, même si je ne me séparerais à aucun prix de dizaines d’autres livres de ta plume dans ma bibliothèque, reste Pascin - c’est grâce à ce genre d’Ovni que je me suis mis à lire les livres de l’Association en me foutant complètement de cette mythologie qui se défait aujourd’hui de manière qui, je l’espère, ne dérivera pas trop dans le grotesque et le pathétique.

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    • Répondu par JnL le 18 octobre 2006 à  23:44 :

      hein ? quoi ? Le vrai Christian Rosset ???

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      • Répondu par OrD le 20 octobre 2006 à  10:29 :

        Christian Rosset écrivant dans l’Eprouvette, pourquoi ne serait-ce pas lui ?

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  • > Joann Sfar explique son départ de L’Association
    22 octobre 2006 21:51, par Montag

    Bonjour,

    Je me permets d’intervenir en tant que 1°) passionné de bande dessinée, 2°) animateur d’une émission sur le sujet sur une radio associative de la région toulonnaise et 3°) pigiste amateur pendant les Rencontres Internationales de BD à Bastia (seul événement à mon sens qui autorise une approche intimiste du genre).

    Ces présentations liminaires faites, je vous communique l’adresse d’un entretien de JC MENU qui y nuance quelque peu ses propos (cliquez ici). Ainsi, une fois la température tombée, la discussion peut reprendre, si tenté que l’on soit de vouloir la reprendre.

    Personne ne peut enlever à l’Association le caractère novateur - et casse-gueule - de sa démarche des années 90. Qui y croyait à l’époque ?

    Ceci dit, les soucis actuels de cette maison d’édition n’ont rien d’exceptionnel : toute structure évolue et l’Association n’échappe pas à la règle.

    Sachons lui savoir gré d’avoir transformé l’image de la bande dessinée : des petits Mickeys d’antan aux livres d’aujourd’hui.

    Cordialement.

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    • Répondu par PPV le 23 octobre 2006 à  16:52 :

      Ahem ! Au delà de tout le respect que j’ai pour les publications de L’Association, il faut remettre un peu les pendules à l’heure : la BD n’a pas attendu JC Menu pour quitter le stade des "petits mickeys", comme vous dites. Vous sembler abonder dans le sens de Marjane Satrapi qui disait à peu de choses près que dans les années 80, la BD se résumait aux comic’s. Toute la génération (A Suivre), considérée comme avant gardiste dans les années ’80 au même titre que L’Asso dans les années ’90 et ’00, a du la trouver bien mauvaise de se voir rabaissée à ce point.

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