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Joe Kubert plébiscité à Lire en Fête

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 24 octobre 2007                      Lien  
La salle a été comble toute la journée dimanche dernier à l’auditorium du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à l’occasion de Lire en Fête. Joe Kubert, Ben Katchor, Miryam Katin, Diane Noomin et Aline Kominsky-Crumb ont été les figures de cette journée pas comme les autres.

J’avais commencé par un hommage à Annie Baron-Carvais en présence de son père Charles Baron. Derrière lui, Pascal Ory, qui lui a dédicacé la biographie de René Goscinny. Annie est décédée à New York. Elle qui avait tant fait pour la promotion du comic-book en France, notamment dans les milieux universitaires. Lui dédicacer cette journée, « New York en BD » au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme était dans l’ordre des choses.

Joe Kubert plébiscité à Lire en Fête
Eddy Portnoy et Didier Pasamonik
Photo : L’Agence BD

La journée avait débuté par une intervention de l’historien new-yorkais Eddy Portnoy qui a fait découvrir à l’assistance les bandes dessinées d’une presse yiddish que beaucoup ignoraient.

Ensuite, l’écrivain Martin Winckler est venu nous parler de Superman, de Batman et des 4 Fantastiques avec la passion qui l’avait habitée lorsqu’il a découvert ces lectures à l’adolescence. Il s’est aussi étendu sur les évocations symboliques de la judéïté dans ces œuvres. Avec son intervention dans le documentaire sur Gotlib dont nous parlerons tout à l’heure, il semble que cette journée soit marquée pour lui d’une pierre blanche. Il explique d’ailleurs sur son blog combien cette journée a compté pour lui.

Martin Winckler parle des super-héros et de Joe Kubert
Photo : L’Agence BD

Il s’en suivit un hommage à Will Eisner animé par Benoît Mouchart, le Directeur artistique du Festival d’Angoulême partenaire de la manifestation, où le dessinateur Franck Biancarelli s’est employé à montrer les ficelles de l’art du dessinateur new-yorkais, avec le co-créateur de Métal Hurlant et premier éditeur du Pacte avec Dieu (Delcourt) en France, Jean-Pierre Dionnet et l’historien américain de la BD Maurice Horn, tandis que le dessinateur Jung Hennin (Couleur de peau : Miel) expliquait pourquoi il avait choisi le roman graphique pour exprimer son histoire d’enfant coréen adopté par un couple de parents belges. Intéressant chassé croisé entre Dionnet et Horn, ce dernier s’attribuant la rencontre entre Will Eisner et Art Spiegelman sous les regards incrédules du co-créateur de Métal Hurlant et celui du biographe d’Edgar Pierre Jacobs…

Hommage à Will Eisner : De g. à dr. Didier Pasamonik, Jean-Pierre Dionnet, Benoit Mouchart, Maurice Horn, Jung Henin et Franck Biancarelli
Photo : L’Agence BD

Le moment attendu arrive enfin : Jo Kubert monte sur l’estrade. Bâti comme un chêne, ce fondateur de l’industrie du Comic-Book, présent à l’âge de 12 ans dans l’atelier de Will Eisner à la fin des années 1930, figure du Silver Age, a une silhouette de jeune homme. Humble et professionnel, il évoqua, soumis à la question par Jean-Pierre Dionnet et Martin Winckler, les grands noms de l’histoire du comic-book qu’il a croisés tout au long de sa carrière : Will Eisner, Bob Kane, Jack Kirby, Bob Kanigher, Carmine Infantino… Il parla de sa carrière, des personnages de Hawkman, Enemy Ace et de Sgt Rock, de son école, la Joe Kubert School of Cartoon and Graphic Art, de ses dernières œuvres, Fax From Sarajevo et Yossel, ainsi que ses derniers travaux en cours, Tor, dont il réalise un épisode pour DC Comics en ce moment, et Jew Gangsters, une trilogie dont il entamera le deuxième épisode, une fois Tor achevé. A la fin de la rencontre, Joe Kubert fut assailli par les spectateurs venus faire signer leurs albums alors que rien n’avait été prévu en ce sens. Joe Kubert se retira dans la librairie du musée pour satisfaire ses fans.

Jean-Pierre Dionnet, Joe Kubert et Martin Winckler
Photo : L’Agence BD

La deuxième partie de l’après-midi s’ouvrait par un documentaire de Michel Grosman sur Gotlib dans lequel, interrogé par Martin Winckler, il parla de la profonde influence d’ Harvey Kurtzman et de Mad sur son travail et sur Pilote. Il parla notamment de Goscinny et de ses rapports avec la judéité. « Avec Goscinny, on n’en parlait pas, dit-il. Alors qu’avec Kurtzman, il nous arrivait de glisser l’un ou l’autre mot yiddish. Un montage fait par Michel Grosman sur une séquence de la Rubrique à Brac parlant du déménagement des Halles de Rungis coupa le souffle à l’assistance. «  C’est une préfiguration de « Maus » ! analyse Martin Winckler.

Ben Katchor
Photo : L’Agence BD

La ferveur ne faiblit pas avec l’arrivée, encadré par Jean-Claude Kuperminc et Yvan Alagbé de Ben Katchor qui nous fit une lecture suivi d’un film qui faisait découvrir à l’assistance toute la profondeur du poète visuel new-yorkais. Suit un débat avec Myriam Katin, Diane Noomin et Aline Kominsky-Crumb animé par la commissaire de l’exposition Anne Hélène Hoog. On découvre la jeunesse hongroise de Myriam Katin, auteur du très touchant « Seules contre tous ( au Seuil ) où elle raconte comment elle quitta la Hongrie sous le joug soviétique après avoir survécu à la barbarie nazie. Les deux figures de l’underground que sont Diane Noomin et Aline Kominsky-Crumb évoquèrent avec drôlerie leurs débuts de créatrice dans un monde de dessinateurs macho et de féministes sectaires. La soirée s’est terminée par l’incroyable portrait filmé de Art Spiegelman par Benoît Peeters en présence du réalisateur, aux analyses toujours éclairantes. Une journée chargée, mais ô combien enrichissante.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Code EAN :

L’exposition De Superman au Chat du Rabbin continue jusqu’au 27 janvier 2008.

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