Joe Shuster Awards 2012 : l’année exceptionnelle de la bande dessinée canadienne

17 juillet 2012 7 commentaires
  • Les Joe Shuster Awards, les seuls prix qui soulignent la BD canadienne et québécoise, anglophone et francophone, ne seront remis qu’en septembre prochain, lors de la Comic Con' de Montréal. Cependant, la liste des nominations témoigne déjà d’une cuvée exceptionnelle: Jeff Lemire, Chester Brown, Guy Delisle, Michel Rabagliati, Darwyn Cooke, Ramon Perez et plusieurs autres assurent une compétition des plus relevées.

Comme tous les prix, les Joe Shuster Comic Book Creator Awards – nommés ainsi en l’honneur du co-créateur de Superman, qui était originaire de Toronto – ont connu des années creuses. Cependant, la publication de titres tels que Paul au parc, Chroniques de Jérusalem ou encore Jim Henson’s Tale of Sand permettent cette année de renverser la vapeur grâce à leur rayonnement national et international.

In English…

Darwyn Cooke, un habitué des Shuster, part avec une longueur d’avance puisqu’il vient de remporter deux Eisner Awards. Son livre « The Seventh » / Parker : The Martini Edition (IDW), qui pourrait remporter le Shuster du meilleur scénariste, vient tout juste d’être honoré à la Comic Con’ de San Diego dans les catégories de la meilleure histoire courte et du meilleur graphisme pour une réédition. L’ouvrage est également en nomination aux Harvey Awards dans la catégorie « Special Award in Presentation », qui seront décernés en septembre 2012.

Joe Shuster Awards 2012 : l'année exceptionnelle de la bande dessinée canadienne
« The Seventh » / Parker : The Martini Edition par Darwyn Cooke, IDW
DR.

Tout comme Cooke, Ramon Perez peut être très satisfait de son passage aux Eisner Awards. Son album Jim Henson’s Tale of Sand (Archaia) lui a valu trois Eisner : meilleur graphisme (nouvelle catégorie), meilleur encreur et meilleure maquette et mise en page. L’album est également en lice aux Harvey Awards, notamment dans la catégorie « Best Graphic Album Original », « Best Single Issue or Story » et « Special Award for Excellence in Presentation ». À Montréal, cette année, Perez pourrait également remporter le Shuster du meilleur scénariste.

Si Jeff Lemire est reparti bredouille de San Diego, où il était en lice pour l’Eisner du meilleur scénariste, l’auteur d’Essex County pourra se reprendre aux Harvey Awards, où il est également finaliste pour le prix du meilleur scénario. Du côté des Shuster, Lemire pourrait remporter jusqu’à trois prix : meilleur dessinateur (Jonah Hex 69, DC), meilleur scénariste (Sweet Tooth 17-25, DC/Vertigo) et meilleur créateur de bande dessinée (soit meilleur dessinateur-scénariste, pour Jonah Hex 69 et Sweet Tooth).

Chester Brown, auteur du merveilleux Louis Riel (Drawn and Quarterly, Casterman dans la VF), a effectué un retour attendu dans le monde de la BD canadienne, au printemps 2011, grâce à Paying For It : A Comic Strip Memoir About Being A John (Drawn and Quarterly), son plus récent ouvrage d’autofiction. Cet opus lui vaut une nomination pour le Shuster du meilleur créateur de bande dessinée (meilleur dessinateur-scénariste).

Jim Henson’s Tale of Sand par Ramon Perez, Archaia
DR.

Enfin, plusieurs habitués des Shuster sont de retour cette année, notamment les auteurs de comics Cameron Stewart, Stuart Immonen, et Francis Manapul.

Dans la langue de Molière…

Chez les francophones, Guy Delisle, lauréat du Fauve d’or 2012 (Chroniques de Jérusalem, Delcourt) a continué de surfer sur le succès, remportant au passage le Prix Albéric-Bourgeois (prix du meilleur album de langue française publié par un auteur québécois) au Prix Bédéis Causa 2012 (Festival de la BD francophone de Québec), en plus d’être finaliste au Combat des livres 2012 (une première pour un album de bande dessinée en français !). La publication récente de Jerusalem : Chronicles from the Holy City aux éditions Drawn and Quarterly risque également de séduire la portion anglophone du jury. L’album est en nomination aux Shuster dans la catégorie du meilleur scénariste.

Chroniques de Jérusalem par Guy Delisle, Delcourt
DR.

De même, Michel Rabagliati a connu un beau parcours avec Paul au parc (La Pastèque), malgré le succès un peu plus modeste de cet album, en comparaison avec Paul à Québec, qui lui avait valu le Prix du public d’Angoulême en 2010. Quoi qu’il en soit, après avoir été retenu, cette année, dans la sélection jeunesse d’Angoulême, Paul au parc était finaliste du Grand prix de la ville de Québec (Festival de la BD francophone de Québec) et finaliste du prix Bédélys Québec. Cet excellent album aura peut-être enfin l’occasion de remporter son premier prix, puisqu’il est en lice pour le Shuster du meilleur scénariste.

Fred Jourdain pourrait également repartir avec les mains pleines grâce à son Dragon bleu (Alto). Cette adaptation de la pièce de Robert Lepage, qui a déjà remporté le prix Réal-Fillion (meilleur premier album professionnel) lors des prix Bédéis Causa 2012 et qui était finaliste du prix Bédélys Québec et du prix Bédélys Monde, a déjà permis à son auteur de faire une entrée remarquée sur la scène de la bande dessinée canadienne. Jourdain est en nomination dans la catégorie du meilleur dessinateur, ainsi que dans celle de la meilleure illustration de couverture.

Delaf et Dubuc, finalistes du Prix Albéric-Bourgeois (Bédéis Causa), sont en nomination dans deux catégories aux Shuster Awards pour Les Nombrils T 5 : « Un couple d’enfer » (Dupuis) : meilleur dessin (Marc Delaf) et meilleur scénario (Maryse Dubuc).

Paul au parc par Michel Rabagliati, La Pastèque
DR.

Enfin, mentionnons Chroniques sauvages (Glénat Québec) de François Lapierre, le gagnant du prix Bédélys Québec, qui pourrait bien remporter le Shuster du meilleur scénario et celui de la meilleure illustration de couverture.

Sur le web

Dans la catégorie webcomic et bande dessinée en ligne, les organisateurs semblent avoir enfin découvert l’existence de la BD québécoise ! En effet, depuis la création de cette catégorie, en 2007, la BD francophone n’avait récolté qu’une seule nomination, celle de Troglodyte de Paul Bordeleau, en 2007. Une situation que nous avions d’ailleurs déplorée en 2010, et qui, pourtant, ne s’était toujours pas améliorée en 2011, alors que les blogs francophones brillaient encore une fois par leur absence.

Les organisateurs semblent enfin avoir réajusté le tir en retenant, cette année, L’Ostie d’chat, blog-feuilleton d’Iris et Zviane, dont nous avons maintes fois parlé et dont les aventures en lignes se sont conclues à l’automne 2011, après deux ans d’activité. Le premier tome de la version « papier » était d’ailleurs finaliste du prix Albéric-Bourgeois 2012 (prix Bédéis Causa). Jasmin, Jean-Sébastien et Legolas réussiront-ils à se démarquer ? À suivre…

DR.

Enfin, la cérémonie des Joe Shuster Awards sera également l’occasion d’introniser de nouveaux artistes au Temple de la renommée des créateurs canadiens de bande dessinée (Canadian Comic Book Creator Hall of Fame). Les candidats à l’intronisation seront annoncés sous peu.

Les 8e Joe Shuster Canadian Comics Creator Awards seront décernés le samedi 15 septembre 2012, lors de la Comic Con’ de Montréal.

(par Marianne St-Jacques)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
7 Messages :
  • Bonjour,
    Francis "Manapul", merci pour lui !

    Répondre à ce message

  • J’ai du mal à comprendre comment vous pouvez vous tromper 2 fois sur le nom de Ramón K. Pérez alors qu’il est inscrit sur la couverture de Tale Of Sand dont vous publiez d’ailleurs la couverture, ou il est écrit de manière très distincte ?

    Par ailleurs, il est inexact ou incomplet de lui attribuer l’Eisner du "Meilleur Encreur", puisqu’il s’agit de l’award du "Best Penciller/Inker" récompensant un dessinateur "complet" effectuant l’ensemble des tâches du dessin (crayonné et encrage) ou le meilleur "couple" dessinateur/encreur.

    En l’occurrence, Ramón K. Pérez dessine et encre Tale of Sand, il serait donc plus exact du lui attribuer l’Eisner du "Meilleur Dessinateur" si l’on souhaite traduire l’intitulé afin de le rendre plus clair pour le public francophone.

    De même, l’intitulé "Best Graphic Album" n’est pas une récompense pour le "meilleur graphisme". Il s’agit d’une distinction pour les oeuvres anglophones sortant directement sous format d’album ou de "graphic novel" sans passer par une publication en kiosque comme c’est souvent le cas pour les comics comme Batman, Superman, X-Men, etc.

    On pourrait donc intituler en français cette catégorie sous la dénomination "Meilleur Nouvel Album" par exemple. Correction qui pourrait également être apportée à l’article dédié aux Eisner.

    Par ailleurs, il est intéressant de noter que Ramón K. Pérez était seul aux commande de Tale Of Sand pour adapter, dessiner et encrer un scénario oublié de Jim Henson, le père des Muppets, pour ne citer qu’eux. Les couleurs étant l’oeuvre de Ian Herring, qui effectue un travail somptueux ce qui mérite amplement d’être le grand vainqueur des Eisner Awards et qu’un éditeur français serait bien avisé de sortir sous nos latitudes...

    Répondre à ce message

    • Répondu par Marianne le 17 juillet 2012 à  16:53 :

      "J’ai du mal à comprendre comment vous pouvez vous tromper 2 fois sur le nom de Ramón K. Pérez"

      Lapsus étonnant de ma part, je m’en excuse (où avais-je la tête ?).

      Je profite pour faire corriger également le nom de Francis Manapul. Merci de me le signaler.

      Répondre à ce message

    • Répondu le 24 septembre 2012 à  19:20 :

      Parution au mois de novembre chez Paquet.

      Répondre à ce message

  • Arrêtez donc un peu avec Sviane & Iris, leur boulot est vraiment à chier. Vraiment ! Il y a des tas de bons auteurs au Québec, mais ces deux-là n’en font pas partie.

    Répondre à ce message

  • Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas signaler que les Parker de Stark-Westalke/Cooke sont publiés en Français, chez Dargaud, traduits par Benacquista et Headline ?

    Répondre à ce message

    • Répondu le 18 juillet 2012 à  19:47 :

      Et ajouter également que Louis Riel vient d’être réédité en français aux Editions de la Pastèque !

      Répondre à ce message