Jojolion : nouvelle saison sous le signe de l’ambivalence

22 novembre 2016 0 commentaire
  • Jojo's Bizarre Adventure, l'une des séries les plus longues et icônes du shônen manga, termine un cycle et en débute un nouveau, passant du western au marin « têtu » ! L’univers de Hirohiko Araki continue de se développer de façon exceptionnelle, entre hommage et renouveau.

Nos lecteurs les plus assidus le savent : nous n’avons jamais tari d’éloge sur le travail de Hirohiko Araki, et en particulier sur sa série JoJo’s Bizarre Adventure, débutée en 1986 et toujours en cours, avec 117 tomes, au point de l’envisager comme futur grand prix d’Angoulême.

Ces mois d’octobre et de novembre ont marqué un jalon important de la publication en France de l’œuvre de Hirohiko Araki. D’abord fut publié le vingt-quatrième et dernier tome de Steel Ball Run, septième partie de la saga, suivi quelques semaines après du premier tome de Jojolion, la huitième et dernière partie, toujours en cours au Japon.

Un moment presque historique : en France la publication de JoJo’s Bizarre Adventure a débuté en 2000 chez J’ai Lu pour être reprise en 2007 par Tonkam… et il aura fallu attendre 2016 pour rattraper le Japon et être en phase avec la publication du Soleil Levant.

Une parution de plus de 100 tomes, étalée sur seize ans, aux ventes souvent fragiles mais soutenue par un public fidèle et un éditeur, Tonkam, qui fit souvent des efforts pour que soit publié ce joyaux du manga dans nos contrées.

Steel Ball Run : adieu cowboy

Jojolion : nouvelle saison sous le signe de l'ambivalence

C’est donc tout d’abord Steel Ball Run qui tire sa référence, qui nous a proposé une longue course de chevaux à travers les États-Unis d’Amérique à la fin du XIXe siècle avec comme enjeu la possession d’un Corps de Saint, censé apporter le Bonheur aux individus et à une nation toute entière.

Le dernier tome fut consacré à la fin de cette course, dans les rues de Manhattan et sous les yeux d’une foule en délire, où notre héros, Johnny, poursuit le flamboyant Dio qui s’est emparé du Corps du Saint.

Nous avons eu droit à notre lot de pièges, de tactiques et de moments étranges comme de coutume mais ce qui frappe c’est d’assister à un traitement narratif inversant les rapports habituels héros et vilains, avec une fin de match tout aussi renversante.

Dio face au pouvoir de Johnny
© 2004 Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc.

En effet c’est Johnny qui se trouve doté d’un pouvoir quasiment imbattable, qui peut vaincre son adversaire s’il le touche, tandis que Dio doit redoubler de malice et d’ingéniosité pour contrecarrer ce pouvoir presque trop absolu.

Un renversement de rapport des forces qui apporte une saveur singulière à ce final, en particulier pour le lecteur vétéran de l’œuvre de JoJo’s Bizarre Adventure avec la figure de Dio Brando, vilain historique de la série, utilisée ici de façon très symbolique par le mangaka.

N’oublions pas non plus Valentine, Président des États-Unis, étonnant vilain principal, aux motivations relativement nobles : apporter le Bonheur à son pays grâce au Corps du Saint, qui se distinguait comme vilain simplement par le fait que la fin justifiait les moyens à ses yeux.

Un final qui se joue également de plusieurs attentes : ainsi le destin de l’enfant condamné à mort, que Gyro désirait sauver, prend une tournure aussi inattendue qu’ironique, rappelant le goût d’Araki pour la fatalité et la toute-puissance du destin, où il s’agit de savoir faire preuve de noblesse en son encontre plutôt que le combattre.

Et la contre-attaque de Dio
© 2004 Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc.

Enfin, la dimension gigantesque de cette course se trouve passée presque sous silence, passant les récompenses et les vainqueurs en arrière-plan, pour se centrer sur la petite histoire et le destin personnel de son héros, Johnny.

Steel Ball Run aura été une série qui nous aura tenu en haleine et entraîné dans un univers western et fantastique des plus étonnants, porté par un duo de héros, Gyro et Johnny, dont l’amitié aura été l’un des moteurs d’une aventure sur le thème du destin et du bonheur comme seul sait les imaginer Hirohiko Araki.

Jojolion : le marin « têtu » et amnésique

Bienvenue à Morioh, année 2011. Après le tsunami du 11 mars 2011, un immense mur est apparu le long de la côté de la ville mais le plus étrange arrive quelques temps plus tard, lorsque Yasuho, une étudiante, trouve un jeune homme nu, coiffé d’un béret de marin, amnésique et doté de 4 testicules !

La partie huit est donc lancée en France et ce qui retient tout d’abord notre attention, c’est ce premier chapitre sorti en mai 2011 où, de façon aussi sidérante qu’artistique, Hirohiko Araki intègre immédiatement le tsunami de 2011 qui avait frappé à l’époque le Japon, et en particulier la ville de Sendai où réside le mangaka.

Le mur aux yeux qui a surgi après le tsunami
© 1986 by Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc.

Au niveau du récit, ce premier tome joue la carte du mystère et de la connaissance du lecteur des précédentes saisons même si le titre peut se lire sans rien connaître de l’univers de Jojo’s. En effet le côté auto-référence va même bien plus loin que dans Steel Ball Run avec une reprise d’élément structurelle de la partie quatre (Diamond is Unbreakable, 1992 à 1996) : la ville de Morioh et le nom de Yoshikage Kira qui arrive rapidement, comme potentielle identité de notre héros, baptisé pour l’heure Josuke.

Rappelons que les différentes parties de la série se déroulent, pour la première à la sixième, dans le même univers, suivant une famille de génération en génération, et la partie sept dans un univers différent, reprenant des éléments du précédent à titre de clins d’œil ou de références "Méta". La partie huit poursuit l’exploration de ce second univers en usant lui-aussi de références au précédent.

Après la découverte du héros et de son pouvoir, attribut indispensable dans la série, la seconde partie du tome se consacre à savoir si Josuke est bien Kira, avec l’exploration de l’appartement de ce dernier qui recèle une drôle de surprise !

Le pouvoir de notre héros se manifeste sous forme de bulle
© 1986 by Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc.

Dans les autres éléments notables, soulignons la présence d’une héroïne introduite rapidement et qui accompagne, voire ne lâche plus, notre héros. L’ensemble du tome apparaît d’ailleurs plongé dans une ambiance sensuelle, que ce soit via le corps nu du héros, la façon dont se noue son lien avec Yasuho, et l’exploration de l’appartement de Kira. Il est assez rare qu’Araki joue ainsi sur ce genre d’élément de façon aussi nette et assumée.

Sur les thèmes abordés, si Steel Ball Run abordait la question du bonheur, ici il sera question de malédiction, que ce soit à travers l’étrange mur apparu suite au tsunami ou l’état du héros dans lequel Yasuho voit d’emblée une malédiction.

Une nouvelle fois ce premier tome surprend, que ce soit via l’utilisation du tsunami de 2011, de son héros « têtu » et amnésique, ou du choix d’Araki, au contraire de ses habitudes, d’assumer une romance. Jojolion donne ainsi furieusement envie d’en savoir plus sur cet étrange garçon, doté d’une anatomie bien singulière, lié à un puissant destin mais bien énigmatique pour l’heure.

Josuke et Yasuho : début d’une belle amitié et peut-être plus
© 1986 by Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc.

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Steel Ball Run T24. Par Hirohiko Araki. Traduction Shuji Takizawa. Delcourt/Tonkam, Collection "Shônen". Sortie le 5 octobre 2016. 192 pages. 6,99 euros.

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Jojolion T1. Par Hirohiko Araki. Traduction Satoko Fujimoto. Delcourt/Tonkam, Collection "Shônen". Sortie le 9 novembre 2016. 256 pages. 6,99 euros.

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